‹ Newman [microforme]Chapitre 2 sur 5 · NEWMAN · texte numérisé non relu

NEWMAN

M YANT choisi de traiter de John-Henry i\| Newman, nous voudrions que notre étude eût un caractère Purement objectif, s’inspirât uniquement des faits, et miît en lumière une âme supérieure, sans trop laisser deviner de nos sentiments personnels à l'égard de la crise qui a orienté définitivement sa vie dans le sens que vous savez !,

1. Ce travail sur Newman a été Préparé pour le « Salon fran- Sais » de Boston. L'auditoire que nous avons rencontré là se Composait surtout de personnes appartenant à diverses confessions religieuses. 11 y avait bien quelques catholiques, mais la grande majorité était protestante, avec toutes les nuances que comporte ce mot. Nous savions à l'avance à qui nous devions nous adresser, et nous avons mis cette phrase pour ne pas effaroucher certaines susceptibilités, Ce n'était pas le lieu d’ailleurs de donner à notre étude une tournure apologétique. Aux Etats- Unis, la classe cultivée est prête à tout entendre et À accueillir les expressions d'opinions les plus opposées à ses propres idées, Pourvu qu'on ne la heurte pas de front. Les circonstances nous faisaient donc un devoir d'user de cette précaution oratoire avant d'aborder la question délicate qui allait se poser,

C'est à peine même si nous Pourrons le suivre jusqu’au bout de l’évolution qui l’a fait passer successivement, de l'anglicanisme le plus absolu jusqu’à une sorte de compromis entre la confession anglicane et la religion romaine, pour le jeter enfin dans le sein du catholicisme. Car sa conversion s'opéra avec une lenteur infinie !, Et la route qu'il a par- Courue pour y arriver est semée de tant d'incidents, les états intérieurs par lesquels il a passé alors sont tellement riches en matière psychologique, qu'il est

1. C'est le 9 octobre 1845 qu'il se fit catholique, par les soins du Père Dominique, un Passionniste italien. Plusieurs de ses disciples et amis l'avaient déjà précédé dans la vraie Eglise. Par ses exemples de piété, par ses discours et ses écrits, il avait été pour eux l'instrument de la grâce divine avant de se rendre lui-même entièrement à son suprême appel. — Trois jours auparavant, le 6 octobre 1845, Ernest Renan avait descendu les escaliers du séminaire de Saint-Sulpice pour ne jamais les remonter. Cette coïncidence a été signalée plusieurs fois. La conversion de Newman apparaît comme une compensation que la Providence accordait à son Eglise en retour d’une défection qui devait lui causer tant de mal,

Voir Zettres intimes de Ernest et Henriette Renan. Lettre XXIV, datée de Paris, 13 oct. 1845. 3° édit. p 311 ez seg. Calmann Lévy, édit.—Voir J. H. Newman, Letters and Correspondence. Vol. II, pp. 418-419 ez a1. de l'édit. de 1911. Surtout le billet à sa sœur Jemima, daté de Littlemore, le 8 oct. 1845 : « 1 must tell you what will pain you greatly, but I will make it as short as you would wish me to do. This night Father Dominic, the Passionist, sleeps here. He does not know of my intention, but I shall ask him to receive me into what I believe to be the one fold of the Redeemer. This will not go till all is over. »

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assez difficile de faire tenir tout cela dans le cadre d'une simple conférence.

Quelles que soient nos convictions à chacun, il est un point sur lequel nous sommes sûrs de nous rencontrer et de nous entendre : celui d'une commune admiration pour la parfaite sincérité de Newman, son désintéressement et sa droiture. A quelque croyance que l'on appartienne, la seule équité oblige à rendre hommage à un homme dont l'existence fut tout idéale, et qui, en toutes choses, n'a cessé d'écouter les inspirations de sa conscience et de se laisser guider par ce qu'il pensait être la vraie lumière, Et quand un pareil Personnage se trouve en outre avoir du génie, de merveilleux dons d'orateur et d'écrivain, au point que la littérature anglaise ne compte pas de Prosateur aussi purement classique, et qu'elle met ses poésies au nombre de ses chefs-d'œuvre lyriques, il ne peut y avoir que charme et profit à l’observer, à prendre contact avec lui'. Mettons donc en scène

1. Ce serait un beau sujet à traiter que celui de Newman écrivain. Nous ne sachons Pas que personne l’ait encore abordé ex professo. En passant, ses divers biographes et critiques nous parlent bien de son style, de sa manière, de ses procédés de travail, mais aucun n'a consacré de thèse proprement dite au côté littéraire de son œuvre immense. Il est inconcevable que Taine, qui a poussé l'Ærstoire de la littérature anglaise jusque très près de nous, n'ait même pas mentionné le nom de Newman. Est-ce à cause du caractère religieux de la plupart de ses ouvrages ? Mais qui oserait omettre Bossuet d'une Histoire de la littérature française sous prétexte que le génie de Bossuet

John-Henry Newman, et accompagnons-le aussi loin

que possible dans la première phase si dramatique de sa longue carrière.

Né et élevé dans l’anglicanisme, Newraan était persuadé que son église était catholique et apostotolique'. Du protestantisme, il a toujours repoussé

fut purement religieux ? J'ai beau chercher, je ne vois pas de raison qui excuse Taine d’avoir oublié un auteur aussi remarquable ; et cet oubli crée une lacune considérable dans son beau travail. C'est une opinion très répandue que Newman est le plus classique et le plus pur des Prosateurs anglais. Son goût de l'analyse psychologique le rapproche peut-être de Bourdaloue andis que l'élégance de sa forme et son onction font penser à Fénelon.

1. Pour se faire une idée juste de la manière de penser de Newman, à ce sujet, l'on peut consulter ses principaux historiens, Wi'frid Ward, Georges Grappe, William Barry, Henri Brémond, etc. ; mais je crois que le mieux est de recourir à ses Propres ouvrages, entr'autres l'Apo/ogia Dro vifâ suâ, qui est plus que l'histoire de ses opinions religieuses, — un livre de confessions que la littérature psychologique réclame comme l'un de ses chefs-d'œuvre. «That the Church of England was a part of the catholic Church had zen maintained by the great Anglican divines of the sixteenth and seventeenth centuries, but their view had fallen into comparative disrepute in the cighteenth. The writers of the Tracts were bent on restoring

its predominance. » W. WaRD, Life of cardinal Newman. Vol. I, c. IL, p. 56.

le mot et la chose’. Pour lui, la religion anglicane était l'un des rameaux de ce tronc puissant qui s’appelle l'Eglise universelle. La véritable Eglise s'était manifestée sous trois formes dont l'essence était la même, surnaturelle et divine, mais que séparaient des divergences malheureuses créées par les hommes : c'était l'Eglise orientale, l'Eglise romaine et l'Eglise anglicane. L'Eglise romaine, entr'autres, avait au cours des âges laissé s'altérer sa pureté. Si dégénérée qu'elle fût, elle n'en descendait pas moins du Christ et des apôtres. Hélas! son intolérance avait gre di avec les Superstitions, et, comme il disait, les «mômeries » dont elle s'était chargée. Et il comprenait d'autant moins qu’elle ne voulût pas reconnaître la légitimité de l'Eglise d'Angleterre qu'elle avait davantage besoin elle-même d'indulgence et de pardon. Il écrira un jour :

« Rome est la cruelle Eglise qui nous demande des choses impossibles, qui nous excommunie à cause de notre désobéissance; et maintenant elle nous surveille et elle exulte en voyant s'approcher le moment où elle nous jettera par-dessus bord 2. »

Des trois, l'Eglise anglicane était la plus parfaite,

1. A preuve, son attitude dans la question de l'évèché de Jérusalem, et sa dénonciation d'une alliance qu'il considérait comme sacrilège entre l’Eglise d'Angleterre et le luthéranisme.

2. Lettres et Correspondance. Tome 1, p. 338. Lettre à sa sœur Jemima, datée de Naples, le 11 avril 1833. « She (Rome)

celle dans laquelle le christianisme primitif s'était le mieux conservé. Grâce à une réaction salutaire qui s'était opérée dans son sein, elle s'était dégagée des influences qui avaient plus ou moins corrompu les

autres et avait gardé intactes la foi et la morale antiques !,

Voilà, aussi bien que nous pouvons la définir, quelle fut à l'origine et pendant bien des années la mentalité de Newman. Il en changera. Par l'effet d'un lent travail intérieur, à force de réflexions profondes, d'études impartiales qui le feront remonter

is the cruel Church asking of us impossibilities, excommunicating us for disobedience, and now w

atching and exulting over our approaching overthrow., »

1. Cependant, il considérait qu'elle avait besoin d'une régénération. Et le mouvement d'Oxford est né précisément d’un désir sincère d'insuffler 4 l'Eglise établie une nouvelle vie religieuse. L'occasion de ce mouvement fut la suppression par l'Etat de dix évêchés en Irlande. Newman et ses amis s’en indignèrent comme d'un attentat aux droits sacrés de l'Eglise. Ce fut alors que Keble Prononça, le 14 juillet 1833, son fameux sé non sur « l'apostasie nationale », où était dénoncée teusement cette ingérence de l'Etat dans les affaires ecc tiques et l'incurie des évêques qui laissaient spolier leur inal nable domaine. La bataille commençait.

années. Les « Zracts Sor the times »

épisodes. C'est du mouvement d'Oxford que date la renaissance catholique en Angleterre, Et nous devons ajouter que l’anglicanisme même lui doit un regain de vie, et que c'est à partir de ce moment que l'Eglise d'Angleterre a commencé à

copier les cérémonies de notre culte et à imiter nos formes extérieures,

Elle dura plusieurs en furent les principaux

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aux sources, il en arrivera à une conviction toute contraire. Et alors commencera de se produire cette sécession qui finalement l'amènera vers Rome et dans Rome. Il n'en reste pas moins qu'il s'est cru catholique longtemps avant de faire la démarche suprême qui devait briser toutes ses attaches avec son Eglise. Aussi les œuvres qu'il a composées durant sa carrière anglicane sont curieuses, et, par bien des côtés, se rattachent à celles qui sont nées par la suite. Leur orthodoxie à peu près rigoureuse nous permet de les utiliser avec fruit. L'auteur n'a eu que peu de retouches à leur faire subir, qu'à en retrancher çà et là certaines expressions inspirées par les préjugés de son éducation première, pour les rendre dignes de figurer parmi les plus belles créations de notre littérature religieuse. C'est là un phénomène extraordinaire et peut-être unique dans l'histoire, que cet homme ait pu passer du plus pur anglicanisme au catholicisme intégral sans avoir à désavouer dans leur ensemble les écrits qu'il avait conçus alors qu'il semblait si éloigné de nos formes de vie et de pensée. Son œuvre a ainsi un caractère d'unité qui est tout à fait singulier. Témoignage d'une âme naturellement catholique ! dirons-nous pour rappeler le mot célèbre de Tertullien.

Il ne faudrait cependant pas se figurer que cette transition s'est effectuée sans secousses et sans déchirements.

À partir du moment où Newman sentit s'éveiller €n son esprit les premiers doutes concernant la succession apostolique dans son Eglise jusqu'à celui où, vaincu par la lumière, il s'en sépara à jamais, son âme fut troublée, inquiète d'abord, et finalement en proie à une véritable agonie. Selon qu'il l'a écrit admirablement :

« J'avais vu l'ombre d'une main sur le mur. Celui

qui a vu un esprit ne Peut plus être comme auparavant!, »

Et encore: « Vers la fin de 1841, j'étais sur mon

lit de mort, comme membre de l'Eglise d'Angle-

terre »*, et le pauvre agonisant n'avait même pas la

consolation de « mourir en paix ».

Il avait vu « l'ombre d'une main

sur le mur », Instant fatal !

Ses jours ct ses nuits en seront comme hantés. Son intelligence ne pouvait plus croire déjà son cœur y était vidence qui le détachait

Newman a eu son chemin

à la vérité de l'anglicanisme que encore fidèle et repoussait l'é de tout ce qu'il avait aimé.

1. Apologia, c&. II, P. 118: « I had seen the shadow of à hand upon the wall. It was clear that I had a good deal to learn on the question of the churches, and that perhaps some new light was coming upon me; He who has seen à ghost, cannot be as if he had never seen it. »

2. « From the end of 1841, É my membership with the anglican Church, though at the time 1 became aware of it only by degrees »... «I was not allowed to die in peace ».…. Apolog., c. IV, p. 147.

l'was on my death-bed, as regards

de Damas, long et épineux. Ce n'est pas d'un seul coup qu'il a été terrassé et transformé, ainsi que Saul. Ïl a fallu pour cela des années pendant lesquelles des forces opposées tiraillaient son âme en tous sens et l'écartelaient. Quelqu'un a dit que son existence alors fut un drame de Shakespeare en action. Et nous croyons qu'il a souffert en effet autant que l'on peut souffrir sans mourir. Il a tout fait pour empêcher ou pour retarder le dénouement qu'il voyait s'approcher avec une sorte de fatalité ; il a essayé de tous les compromis. Sa Via media, qui a d'ailleurs fait banqueroute*, n'était-elle pas comme un effort désespéré pour combiner, pour concilier des doctrines adverses? Ne s'imaginait-il pas que ce nouveau système allait lui permettre de garder l'équilibre entre l'anglicanisme et le catholicisme, et de satisfaire ses convictions secrètes sans avoir à renier son passé ? L'on se souvient des pages pénétrantes où M. Maurice Barrès analyse avec tant d'acuité et d'émotion ce qu'il appelle « l'angoisse de Pascal »% Le grand

1. « Peu de conversions ont été plus lentes, embarrassées de plus de scrupules et de délicatesses. Peu d'entres elles, sous une apparence plus unie et plus calme, nous ont laissé deviner plus de déchirements intimes. » J.-H. Newman, par Georges GRAPPE, c. IV, P. 105. Paris, Libr. P, J. Béduchaud, édit. 1907.

2. «... The theory of the Via Media was absolutely pulverized. » Apologia, c. III, pate

3. C'est une conférence donnée à Paris, à l'Université des Annales, en l'année 1909, je crois. Elle a été publiée d'abord

penseur Pascal a conçu des doutes sur la certitude de son salut, et il a eu pour les exprimer de ces mots à lui que M. Emile Faguet nomme si bien des « mots d'éternité » ; il a exhalé ses terreurs en des paroles comme saignantes de l'agonie qu'il en éprouvait, Mais l'angoisse de Pascal avait quelque chose de maladif et de chimérique. Quand on va au fond, l'on s'aperçoit qu'elle résulte un peu de l'ébranlement cérébral auquel cet « effrayant génie », ainsi que l'appelait Chateaubriand 3 était sujet depuis l'accident qui avait mis sa vie en danger ; elle porte aussi la

dans le Journal de l'Université des Annales, où nous l'avons lue, et depuis il en a été fait un tirage À part, à petit nombre. De quelques paroles de Pascal, M. Barrès a tiré un effet extrê. mement dramatique en en faisant bien ressortir toute /'âme.

1. Génie du christianisme, 1II° partie, ch. VI. Moralistes, p. 213 de l'édit. Garnier :

« Il y avait un homme qui à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui à seize avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eû qui à dix-neuf réduisit en machine une

entière dans l'entendement ÿ qui à vingt-trois ans démontra les

Phénomènes de la pesanteur de l'air, et détruisit une des grandes erreurs de l'ancienne physique ; qui, à cet âge où les autres aître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s'aperçut de leur néant, et tourna ses pensées vers la religion ; jusqu'à sa mort, arrivée dans sa trente

infirme et souffrant, fixa la langue que parlérent Bossuet et

Racine, donna le modèle de la plus parfaite Plaisanterie comme

du raisonnement le plus fort ; enfin, qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut

Par abstraction un des plus hauts

Suite des

qui depuis ce moment -neuvième année, toujours

re laine à,

marque de l'idée redoutable et exagérée que l'école de Port-Royal se faisait de la justice de Dieu !, Tandis que l'esprit “+ Newman était l'un des mieux pondérés et des plus .icides qui aient jamais existé, Et son angoisse n'avait rien du délire mystique ; elle n'était pas le fruit d'une imagination en désarroi. Elle reposait sur des causes solides. C'était le produit d'investigations sincères qui lui montraient toujours plus clairement que l'édifice sur lequel il avait pensé appuyer son élan vers l'infini n'avait qu'un fondement d'argile. Plus tard, bien plu: tard, quand ce cher grand homme sera parvenu à « la bienheureuse vision de paix»? il tâchera de décrire pour la postérité l'état tragique duquel il n'était sorti qu'après en avoir épuisé toute l'amertume. Si vivantes que soient ses évocations, si douloureuses que soient

problèmes de géométrie, et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l'homme : cet effrayant génie s'appelait Blaise Pascal, »

1. «Le Dieu de Port-Royal a le visage dur et fermé de l'antique Destin. » «...Ces messieurs de Port-Royal ne pensaient au jugement de Dieu qu'avec tremblement. » Louis BERTRAND, Saint Augustin, Revue des Deux mondes du 1° avril 1913, p. 500 et du 15 mai 1913, p. 268.

2. « Such were the thoughts concerning the « Blessed Vision of Peace », of une whose long-continued petition had been that the Most Merciful would not despise the work of His own Hands, nor leave him to himself... »

Ces mots se trouvent dans le Dost-scriptum que Newman ajouta à son ouvrage Development of Christian Doctrine. L'on

ses analyses, il n'a pu rendre toute l'horreur du drame qu'il avait vécu, en dévoiler tous les sombres aspects, les multiples péripéties ; il a dû en emporter avec lui le mystère, Parce que la langue humaine, pour souple, et subtile, et savante qu'elle soit, se refuse à

peindre, dans toute leur vérité profonde, certain ordre de sentiments.

John-Henry Newman est né à Londres le 21 février 180!. Des biographes ont voulu qu'il fût, par son père, de descendance juive', Je crois que l’£ncyclo-

édie britannique a été la remière à émettre, sans C4 P Preuve, cette opinion. M. William Barry, dns son

gros ouvrage sur Newman, s'est empressé de l'adop-

ter et d'échafauder là-dessus tout un système extra-

sait que ce livre, le plus «travaillé » de tous ses écrits, est le dernier qu'il ait fait avant sa Conversion. Il se termine par une série de points de suspension... La plume tomba des mains de l'auteur avant qu'il fût allé jusqu'au bout de tous ses raisonnements. À quoi ben continuer ? La grâce était la plus forte ; il avait la foi.

1. « The writer was at Pains to ascertain the evidence for the alleged Jewish descent of the Newman family, and it proved to be a curious instance of how stories grow out of nothing. It is stated definitely in Dr. Barry's Cardinal Newrran « that its «“ real descent was Hebrew ». Dr. Barry, in a...wer to my inquiries, referred me to the article on J.-H. Newman in the Encyclopedia Britannica as his authority, and undoubtedly that article first broached the Suggestion. 1 happened to know Personally the writer ir, the Encyclopedia Britannica and communicated withhim. {a reply he pointed out that he had in his

article never alleged Jewish descent as a fact, but only suggested

= été

Mach}

ordinairement fantaisiste : le caractère de son héros, les particularités, les nuances de son esprit, s'expliquent à ses yeux par l'hérédité israélite, Ces déductions étranges ont le tort de reposer sur une erreur. Il est aujourd'hui hors de doute que le père de Newman était de souche Purement anglaise, M.

Barry lui-même en a convenu d'ailleurs, M. Wilfrid Ward, à qui nous devons une histoire absolument définitive du grand cardinal, écrivit à l'auteur de

its possibility. « There is no evidence for it », he added, « except « the nose and the name». For those, then, who agree with the present writer that the nose was Roman rather than Jewish, the evidence remains simply that the name « Newman » betokens Hebrew origin — a bold experiment in the higher criticism. I may add that in a more recent correspordence Dr. Barry agrees with me that no satisfactory evidence on the subject has been adduced, » — Wilfrid War. Life of Care, al Newman. Voi. I, c. Il, ad calcem, p. 27.

1. Voir à l'article Newman, au tome X* de la Cafholic Encyclopedia, page 794, col, 2°

L'auteur, William Barry, après avoir dit : « It is stated that the name was at one time spelt Newmann ; it is certain that many Jews, english or foreign, have borne it ; and the suggestion has been thrown out that to his Hebrew affinities the cardinal owed, not only his cast of features, but some of his decided characteristics, —e, g. his remarkable skill in music and mathematics, his dislike of metaphysical speculations, his grasp of the concrete, and his nervous temperament »,— ajoute : « But no documentary evidence has been found to confirm the suggestion. »

Par le fait même s'écroule donc tout le magnifique échafaudage d'hypothèses servant d'appui au Wewman de M, le Dr. William Barry.

l’article paru dans l'Encyclopédie britannique pour lui demander quelles raisons il avait eues de soutenir sa première théorie. Et celui-ci de répondre : « Deux choses m'ont influencé : ce nom de Newman, lequel devait s'écrire autrefois avec deux », ce qui est un nom bien juif, et son nez. » Il faut avouer que ces arguments n'ont rien de bien sérieux, et qu'ils ne suffisent pas à déterminer avec certitude une origine.

Newman avait des traits fortement accentués, un nez très prononcé qui donnait à l'ensemble de la figure beaucoup de caractère. I] n'y a cependant là aucun de ces indices infaillibles qui dénotent le sémite. Newman avait l’une des plus belles têtes de penseur qui se puisse voir, un masque sculptural!, Et quand l'étude, les méditations silencieuses, la souffrance et les années eurent achevé de le modeler, il prit une noblesse presque surhumaine. Le P. Pope qui nous a laissé le récit de la remise de la barrette cardinalice à Newman, ajoute: «II y avait là des dames romaines qui ne purent s'empêcher de s'écrier en le voyant: « Quel beau vieillard ! quelle figure !

1. Voici comment l’un de ses contemporains nous le dépeint : James Anthony Froude, in an article în Good Words for 1881, says: «MY present letter will be given to a single figure. When I entered Oxford, John Henry Newman was beginning to be famous. His appearance was striking. He was above the middle height, slight, and spare. His head was large, his face remarkably like that of Julius Cæsar. The forehead, the shape of the ears and nose, were almost the same, I have

«oui, pâle, mais superbe ! — Che bel vecchio! che « figura ! pallido si, ma bellissimo !\»

S'il faut renoncer à trouver à Newman des attaches israélites, en revanche il avait du sang latin par sa mère, Jemima Fourdrinier, dont la famille avait émigré de France en Angleterre après la révocation de l'édit de Nantes. Et l'on peut se demander si ce goût pour les idées générales qui le distinguait, la netteté de sa vision, la tournure si classique de son intelligence, bien des traits de sa physionomie spirituelle, n'ont pas eu leur source dans l'âme maternelle,

Chose étrange chez un homme que l'idée religieuse devait passionner toute sa vie, sa première enfance fut plutôt froide, indifférente à cet égard. Jeune, il lisait la Bible, mais le plaisir qu'il y trouvait était plutôt de nature esthétique. Jusqu'à l'âge de quinze ans, il n'eut pas de convictions ni de croyances nettement définies. Il savait son catéchisme à la lettre, sans voir dans ses formules autre chose que des mots. La foi calviniste de sa mère n'avait pas de prise sur son âme.

often thought of the resemblance, and believed that it extended to the temperament... » Cité dans Vexman— An Appreciation par Alexander WnyTE. (Longmans, Green & Co., New York, 1902, p. 41.)

1. The life of Cardinal Newman, by Wilfrid War, Vol, II, c. XXXIII, p. 463.

Ce qui nous frappe le plus en lui, dès les premières années, c'est une tendance singulière à la rêverie : « Je pensais que la vie était Peut-être un rêve, et le monde extérieur une apparence seulement. ! » Déjà, pour lui, les vraies réalités sont les imaginations, les pensées. Cette indication, qu'il a consignée à la Première page de son Apologie, est très précieuse comme donnée psychologique. L'avenir ne fera que développer cette disposition initiale. En mai 1828, il écrira en effet : « Je ne sens jamais si fortement la nature transitoire de ce monde que quand je suis le plus charmé par ses Paysages... quel voile, quel rideau est vraiment ce monde ! un beau voile, sans doute, mais un voile. ! , Newman vivra toujours plus pour la pensée que pour l'action. Toutes ses

1. « I thought life might be a dream, or I this world a deception, my fellow angels by a playful device concealing themselves from me, and deceaving me with the semblance of a material world. » Apol., c. 1, p. 2,

an angel, and all

2, To his sister Jemima.

Oriel College, May 10, 1828, «... Itis so great a gain to throw of Oxeri for a few

hours, so completely as one does in dining out, thai it is

almost sure to do me good. The Country, too, is beautifui :

; the fresh leaves, the scents, the varied landscape. Yet I never felt so

intensely the transitorÿy nature of this world delighted with these Sountry scenes. .. What a veil and curtain this world of sense is ! beautiful, but still a veil lo — Letters and Correspondence. Vol, 1, p. 161.

as when most

Le

énergies seront en quelque sorte tournées en dedans et consacrées à la culture intensive de l'être intérieur.

Ce doux rêveur exercera cependant sur ses contemporains une influence qu'aucune autre ne saura contrebalancer. Du fond de ses retraites studieuses, il lancera des idées qui mettront les âmes en mouvement et transformeront la face de l'Angleterre moderne.

C'est dans l'automne de 1816 que se produisit chez lui ce qu'il a appelé d'un mot grave: sa « conversion », et qui fut plutôt le premier éveil de sa Conscience aux choses de l'au delà!, L’adolescent reçoit comme une illumination surnaturelle. L'ordre divin se manifeste à son âme avec précision. Dieu n'est plus pour lui un être abstrait et lointain : il I: sent, il le touche. Tout s’efface à ses yeux Pour ne plus laisser en présence que ces deux termes : son Créateur et lui. Et

1. « When I was fifteen, (in the autumn of 1816), a great change of thought took place in me. I fell under the influence of a definite creed, and received into my intellect impressions of dogma, which, through God’s mercy, have never been effaced or obscured... I believed that the inward conversion of which 1 was conscious, (and of which I still am more certain than that l'have hands and feet) would last into the next life, and that I was elected to eternal glory. I have no consciousness that this belief had any tendency whatever to lead me to be careless about pleasing God... I believe that it had some influence on my opinions, in the direction of these childish imaginations

son cœur se fond sous une ardeur inconnue ; il aime à prier, il trouve une saveur à la dévotion. Et en même icmps cette idée s'empare de son imagination avec force, que c’est la volonté de Dieu qu'il vive toujours seul ; il a comme le pressentiment d'une vocation supérieure à remplir, d'une œuvre missionnaire, qui implique le sacrifice du célibat, le renoncement à tout amour humain. Et sur c« point son esprit n'éprouvera jamais de fluctuations. A travers toutes les circonstances, toutes les luttes de sa carrière anglicane, quand il sera las, découragé, quand il passera par ces crises d'abattement où les plus forts sentent si vivement le besoin d'une affection intime et délicate qui les console et les soutienne, Newman ne doutera cependant jamais de son appel à une existence solitaire. Lorsqu'il aura été fait ministre d’une église où le mariage est de règle, jamais il ne penséera aux douceurs d’un foyer. 11 demeurera inébranlable dans sa résolution et sa persuasion. En revêtant plus tard la majesté du sacerdoce catholique, il comprendra sans doute le sens et le pourquoi de de cet appel à la virginité qui avait retenti dans son

which I have already mentioned, viz, in isolating me from the objects which surrounded me, in confirming me in my mistrust of the reality of material phenomena, and making me rest in the thought of two and two only absolute and luminously selfevident beings, myself and my Creator...» — Apologia, ch. 1, p. 4.

cœur de bonne heure, et il y verra la récompense de sa fidélité à cultiver cet idéal surhumain 1,

À seize ans, Newman entre à Oxford. II y fait des études brillantes et solides. Mais, le 20 novembre 1820, alors que tous escomptaient son succès, il échoue à l'examen pour !e titre de bachelier de Trinity College. Un incident quelconque avait mis en émoi sa timidité naturelle, et l'avait empêché de donner sa mesure *, Cet échec aura un bon effet. Le candidat malheureux annonce à ses amis qu'il concourra à la

1. « 1 am obliged to mention, though I do it with great reluctance, another deep imagination, which at this time, the autumn of 1816, took possession of me, — there can be no mistake about the fact ; viz, that it would be the will of God that 1 should lead a single life, This anticipation which has held its ground almost continuously ever since, — with the break of a month now and a month then, up to 1829, and, after that date, without any break at all, — in my mind ith the notion, that my Calling in life would require such a sacrifice as celibacy involved ; as, for instance, missionary work among the heathen, to which I had a great drawing for some years. It also strengthened my feeling of separation from the visible world, of which 1 have spoken above, » — Apologia, ct. 1, p. 7.

2. À propos de ce fait, le Dr. Barr indiquer la source. ... Mais, « convoqué un jour plus tôt qu'il ne s’y attendait, il perdit la tête, fut tout décontenancé, et n'eut plus qu’à se retirer. »—Voir Newman, par W. Barry, traduct, Albert Clémen ch. 1, p. 23, Paris, P. Lethielleux,

M. Wilfrid War, lui, dit ceci :

schools, in 1820, from exhaustion produced a disappointment which no

Was more or less connected

y fait une citation, sans en

« Newman's failure in the brought on by overwork, subsequent success effaced

prochaine saison pour un grade supérieur : le Æc//owship d'Oriel. Cette amL.tion semble bien hardie ; l'on n'ose y croire. Et Pourtant, le 18 avril 1822, après des études acharnées, — Newman se montrera toujours un travailleur infatigable, il écrira jusqu'à quatorze heures par jour, debout à son bureau, ainsi que faisait Victor Hugo, et déploiera toute sa vie une activité intellectuelle Prodigieuse, — donc, le 18 avril 1822, il sera élu au poste éminent qu'il convoitait; et cet honneur le mettra du coup sur un pied d'égalité avec les plus célèbres professeurs de la grande Université.

Ayant renoncé à la carrière du droit à laquelle il semble que sa famille l'avait d'abo: d destiné, Newman entre dans les ordres en 1824, et devient tour à

from bis mind. » — Life of Cardinal Newman. Vol. I, ch. I, p. 54.

La :itation faite par M. Barry est tirée de Autobiographical Memoir. Voici ce que j'y trouve à ce sujet : « He had over-read himself, and being suddenly called a day sooner than he expected, he lost his head, utterly broke down, and, after vain attempts for several days, had to retire. » Newman ra écrivait à son père, le 1° déc. 1820 : « : my nerves quite forsook me, and I failed. » — Voir Zefters and Corresp. Vol. I, ch. I'of the Autoë. Mem., p. 40,

1: Victor Hugo faisait, bon an mal an, ses quatre-vingts vers par jour. Je me rappelle un joli mot qu'a dit à son propos Alexanüre Dumas, je crois, dans un discours Prononcé à l’'Académie Française : « A vingt ans, Victor Hugo monta dans son Serveau et n'en redescendit plus. »

tour vicaire de Saint-Clément, vice-principal de St. Alban's Hall, « Tutor » d'Oriel, et enfin, en 1828, curé de Sainte-Marie d'Oxford, la paroisse de l’Université. Il occupera cette charge jusqu'en 1843, où il donnera sa démission après un sermon d'adieux qui est resté dans toutes les mémoires comme l'une des expressions les plus achevées de la parole humaine !.

1. En voici la péroraison : « O ma mère, d'où vient donc que tant de belles choses furent répandues sur toi sans que tu saches les conserver ? D'où vient que tu portes tes enfants et que cependant tu les renies ? Comment ne sais-tu pas utiliser leur zèle et n'as-tu pas l'âme de prendre de la joie à leur amour ? Pourquoi tout ce qu'il y a de noble dans la parole, d'attendri et de subtil dans la dévotion, tes fleurs et tes espérances, se détache-t-il de ton sein sans trouver un refuge entre tes bras ? qui t'a marquée de ce destin d'avoir « des entrailles qui avortent «et des mamelles desséchées ? » Qui t'a fait l'étrangère même de ton sang ? qui u rendu ton regard cruel à tes petits? Tes enfants, le fruit de tes entrailles, qui t'aiment, qui voudraient se sacrifier pour toi, tu les regardes toute tremblante, comme de mauvais présages, tu les tiens en aversion comme s'ils t'offensaient, ou au mieux tu ne fais que les supporter comme s'ils n'avaient droit qu'à ta patience. Tout le jour, tu les fais venir oisifs : tu les Supportes uniquement ainsi. Ou bien encore, tu les presses d'aller où ils seront mieux reçus ; tu les vends pour un rien à l'étranger de Passage... à quoi donc veuxtu finalement en venir? Et vous, Ô mes frères, bons cœurs pleins de tendresse, amis fidèles et très affectueux, si vous connaissez quelqu'un qui par la plume, ou par la parole, vous ait aidés un peu à bien agir, s'il vous a jamais révélé de vous-mêmes ce que vous saviez et ce que vous ignoriez, si dans vos âmes il a lu vos besoins, deviné vos sentiments et s’il vous a fait du

C'est dans la chaire de Sainte-Marie que Newman a prononcé cette série de sermons qui ont rendu son nom à jamais célèbre et ont fait de lui le premier personnage de l'Angleterre.

Chaque dimanche, vers les quatre heures, la fleur d'Oxford se portait dans le vieux temple gothique Pour y assister à un office religieux qui consistait surtoui en une homélie ou un discours donné par le jeune ministre. La curiosité d'abord l'y avait attirée. L'on avait voulu voir si Je prédicateur soutiendrait ce renom de talent original qu'il s'était fait pendant ses études universitaires. Et voici que la réalité dépassa toute attente. D'’année en année, l'on se pressait plus nombreux aux Picus de sa chaire, Sa parole était un événement. Un frisson sacré parcourait l'assemblée distinguée et recueillie quand on le voyait paraître dans le chœur, grand et mince, avec un visage pâle, des traits creusés par la inéditation, un front tout plein de pensées, une attitude où tout annonçait la conscience d’un rôle surnaturel à rem- Plir. Quel était donc le caractère de son éloquence ? Chaque peuple a peut-être un genre d'éloquence à lui. Pour ce qui est des anglo-saxons, il ne semble

bien ainsi... celui-là, gardez son souvenir dans les temps futurs, lorsque vous n’entendrez plus sa voix, et priez qu'en toutes rencontres, il reconnaisse la volonté de Dieu et soit prêt à l'accomplir ! » — (Ce sermon fut prononcé le 25 septembre 1843, dans la chapelle de Littlemore.)

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pas qu'ils se fassent de l'orateur le même idéal que nous. Nous, ce que nous demandons à la parole, c'est la vie, le mouvement, les envolées magnifiques. Nous ne sommes pas toujours très sévères pour les idées, et nous passons à la forme des défaillances, pourvu que l'orateur nous fasse vibrer, nous soulève et nous emporte. Il y a cependant un genre, cultivé dans les académies, et qui diffère beaucoup, par la noblesse constante des idées, l'élégance et même la recherche du style, du ton ordinaire des discours. Les sermons de Newman pourraient se rapprocher de notre éloquence académique s'il était permis de dire que l’orateur avait, en les préparant, visé à l'effet littéraire. Peut-être est-il plus simple d'admettre qu'ils ne sont pareils à rien de ce que nous avons chez nous, dans le genre sacré ou profane, et qu'ils portent la marque d’une originalité profonde qui n’est semblable qu’à elle-même.

Ces sermons étaient écrits d'un bout à l'autre. L'orateur ne se contentait pas d'en élaborer avec soin la substance ; il les rédigeait et leur donnait une forme définitive. Ils se distinguaient par une grande pénétration psychologique. L'on s'étonnait que cet homme qui vivait assez à l'écart, qui se plaisait dans la solitude, pût connaître si bien le monde, analyser avec tant de sûreté et de finesse les contradictions et les subtilités de la nature humaine. Comme s’il fallait absolument se mêler à la société

Pour en comprendre Ja v comme si le pius sûr moye autres n'était pas de se r Parcourir les détours les plus fuyants de son être !

Quant à la forme, elle était aussi Près que possible de la perfection. De tous les classiques anciens,

Cicéron est celui que Newman étudia le Plus. Il Chérissait le prince des Orateurs antiques pour l'élévation de sa Philosophie, et Pour la beauté du moule

dans lequel il avait coulé ses pensées. Son style se

ressent de ce commerce : style à la fois fi où il n'y a Pas un mot, soit au service de l'idée,

ie ondoyante et diverse !

n d'arriver à connaître les eplier sur soi-même et de

uide et précis PaS Une expression qui ne style qui se déroule en périodes admirablement Cadencées, styie plutôt harmo-

nieux que Plastique, moins coloré que sonore. Et à

travers tout cela courait un souffle de piété naïve et

vent prophétique, qui n verbe intérieur tout em-

tendre, un accent religieux sou

semblait comme l'écho d'u

brasé de foi et d'amour.

L'action oratoire était nulle

» J'entends que l'orateur ne faisait aucun geste,

n'avait recours à aucun de ces moyens qui nous paraissent Pourtant d’un si puissant effet. Il lisait son discours : chaque phrase était débitée avec une certaine rapidité, puis il y avait une Pause, et ainsi jusqu’à la fin. Mais sa voix était si extraordinairement musicale, d’un timbre si doux, si

clair, si argentin, si Pur, que c'était un enchantement

Pour l'oreille. Et Ja Passion voilée, concentrée, qui

dé lisse va un ve

l'animait, se communiquait à tous, et le rendait irrésistible. Newman a été le plus grand orateur sacré de l'anglicanisme. C'est par son éloquence, faite d'âme et de génie, nourrie de la moelle des Ecritures, traversée d'éclairs infinis, qu'il est devenu l'homme le plus marquant de son église, et qu'il a été porté à la tête d'un mouvement qui devait avoir Pour son avenir personnel et pour celui de milliers d'âmes des conséquences si imprévues !,

1. C'est dans l'ouvrage intitulé : Verwman — An appreciation, par Alexander Wuyre, (Longmans, Green, and Co. 1902, p. 38 et seq.), que nous avons puisé le plus de renseignements concernant son talent oratoire. En voici quelques extraits :

« It was from the pulpit of St. Mary's that he (Newman) began to conquer and to rule the world... Principal Shairp, for one, has a most admirable picture of Newman in the pulpit. He begins by telling us how simple and unostentatious the service in St. Mary's was when Newman was the preacher. « No pump, no ritualism », are Sh dirp's words, « nothing but the silver intonation of Newman's magic voice. Newman's delivery had this peculiarity. Each sentence was spoken rapidly, but with great clearness of intonation, and then, at the close of every sentence, there was a pause that lasted for several seconds. Then another rapidly but clearly spoken sentence, followed by an other pause, till a wonderful spell took hold of the hearer. The look and the bearing of the preacher were as of one who dwelt apart, and who, though he knew his age well, did not live in his age... The subtlest of truths were dropped out as by the way in a sentence or two of the most transparent Saxon... and the tone of voice in which all this was spoken sounded to you like a fine strain of unearthly music. »

L'auteur cite encore un passage d'un article paru il y a plus

Avant de s'engager d

ans cette période troublante, Newm

an va cependant visiter un milieu qui nel sera pas d'influer sur l'évolutio lité. Il n'est Pas encore sorti d Pas fait ce traditionnei tour de France qui semble obligatoire pour les fils de l'aristocratie anglaise. Sa Connaissance du monde extérieur est toute livresque, Or, l'occasion va lui être offerte de prendre contact avec de très vieilles civilisations et non plus à travers moins déformantes,

aisn future de sa mentae son île ; il n'a même

de les observer, le prisme des histoires plus ou mais de ses Propres yeux.

de quarante ans dans la auteur Dean Caurcu :

«“ Dr, Newman's sermons ste by th English literature : jt might even be Senerally.., We have le one of those who h language, of such a re

Saturday Review et qui avait pour ermselves in modern said, in English literature arned to look upon Dr. Newman as ave left their mark very deep on the English Little, assuredly, as their writer originally thought sult, the sermons have Proved à permanent gift to our literature, of the purest English, full of spring, clearness and force. Such English, graceful with the grace of nerve,

flexibility, and r2Wer, must always have attracted attention ;

but his English had also an ethical element which was almost

inseparable from its literary characteristics, »

Et Wuvre ajoute : « It is Froude’s description of Newman in the pulpit 1 am specially in quest of», Cette description se trouve dans la Revue Good Words, pour 1881 :

« No one who heard his sermons in those forget them... à sermon from Newman was a distinct idea, fascinating by its subtle welcome ! — from its sincerity even to those who were

days can ever 4 poem, formed of ty, welcome — how » interesting from its originality ; careless of religion, and to those who

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Son ami de cœur, Hurrell Froude, est très souffrant de la poitrine. C'est le mal romantique. Son père, qui occupe une haute situation dans l'église officielle, décide de le conduire dans un climat plus doux, et il invite Newman à les accompagner ', Etles

wished to be religious, it was like the springing of a fountain out of a rock. »

Et enfin, il y a ce témoignage tombé d'une plume anonyme :

«“ Action in the common sense there was none. His hands were literally not seen from the beginning to the end. The sermon began in a calm, musical voice, the key slightly rising as it went on ; by and by the preacher warmed with his subject, till it seemed as if his very soul and body glowed with suppressed emotion. The very tones of his voice seemed as if they were something more than his own. The great church, the congregatic: all breathless with expectant attention... »

Voir aussi Newman, var William Barry, traduct. Clément, (Paris, Lethielleux), p. 61 et seq.

1. Hurrell Froude mourut le 28 février 1836, chez son père, au presbytère de Darlington. « Au printemps de 1838, parut la première partie de ses Remains, et en 1839, la seconde. C'est le journal intime de ses crises d'âme, s4 correspondance, quelques sermons, et des fragments d'études diverses... Les deux premiers volumes, publiés en 1838, contenaient les documents les plus significatifs, entr'autres le journal intime et la correspondance. Là, presque à chaque page, se rencontraient des propositions hardiment catholiques, des condamnations prononcées d'un ton tranchant et méprisant contre le protestantisme, des hommages rendus à l'Eglise de Rome, et surtout des malédictions irritées contre les Reformers anglais du XVI° siècle, Dans le monde protestant, l'émoi fut grand et pritle .rctère d’un scandale. » — Voir La Renaïssance catholique en Angleterre au XJIX* siècle, par Paul THUREAU-DANGIX, [° Partie, ch. IN, P-+ 145-146, (Paris, Plon, 1908).

voilà qui partent Pour les p

aYS « où fleurit l’oranger ».

Le but du voy.

age est une croisière dans la Méditernée, avec escale à ses Principaux ports.

décembre 1832, tous trois s'embarquent à Falmouth Sur un paquebot de Ja Compagnie de Malte, l'Æcrmès, nom bien choisi POur un navire destiné à sillonner une mer gréco-latine. A ce moment, l'esprit du jeune pasteur de Sainte-Marie n'a encore été affleuré Par aucun doute concernant Ja légitimité de l'angli- Canisme ; il se croit bien en possession de la vérité religieuse. I] sera donc très curieux de noter son attitude à l'égard des Pays vers lesquels il s'achemine, de ces Populations du Midi sur lesquelles la ‘Superstition romaine » exerce tout son empire. Sous forme de lettres qu'il envoie à sa famille et à ses

amis, c'est un véritable journal de route qu'il tient. Préparé comme il l'est par s

cette croisière vers le bercea

Le onze

a forte culture classique,

u du monde moderne lui apporte des impressions rares, de vives jouissances

intellectuelles. I] Jui semble qu’il reconnaît les monuments de l'art antique, les sites immortalisés par ses auteurs familiers, A chaque instant jaillissent SOUS Sa plume des citations d'Homère, de Virgile, d'Horace, de Juvénal. Ses Yeux s'ouvrent tout grands, et l’on sent qu'il compare la vision Purement idéale qu'il avait de ces choses et de ces formes de vie avec leur essence véritable, jeurs Contours réels, et

qu’il s'en étonne ou s'en amuse, Jn Newman tout

1ger », éditer- > onze nouth Très, onner it du feuré ngliérité son ches Ja ous ses ent.

ue, lui ces no- Dar

neureau nous ipparaît dans ces pages. Jusqu'ici, par devoir proiessionnel, il s'est surtout occupé de spéculations morales, il a appliqué ses rares facultés de perception aux problèmes de l'ordre psychologique.

Voici maintenant qu'il s'éveille au monde extérieur.

Ses dons d'observation ont pour objet la nature, les ruines fameuses, le grouillement des foules dans les ports étrangers.

Il cherche à pénétrer la mentalité religieuse spéciale de ces peuples latins ; plus d'une fois il est surpris de leur trouver des vertus, quand leurs croyances ont Pourtant défiguré dans leur âme le christianisme essentiel,

Quiconque n’a pas vu le midi ne soupçonne pas, dit-on, ce que c’est que la lumière.

Les premières impressions de notre voyageur lui viennent précisément des ardentes fééries que le soleil joue le long des falaises du Portugal et sur la mer :

« Ne suis-je vraiment qu’à cinq jours de l'Angleterre ? N'ai-je pas plutôt quitté l'Europe ? Comment se fait-il que, si près de mon Pays, ce que je vois en soit si différent? Ah! quel abîme sépare le nord du midi! Quelle richesse de coloris ! Un rouge mêlé de vert tendre, qu'aucune parole ne saurait décrire,

mais tel que j'en ai vu dans des paysages de l'Inde, une coule extrêmement Pure et diaphane !, »

Tout au long de ce journal, Comme un admirable descriptif. Les fines aquarelles qu'il dessine et qu'il enlève en quelques touches ont d'autant plus de charme qu'elles ne sont pas d’un homme du « métier, » qu'elles ne trahissent aucunement le procédé littéraire, cet art de peindre avec des mots, que certaine école pousse si loin.

Point de vue, ce journ Mais ce n'est pas par € Un amateur d'âmes », M. Maurice Barrès donn

Newman se révèle

A ce seul al est donc fort intéressant.

là qu'il est le plus curieux.

Pour rappeler le titre que

e à l’un de ses héros Lt cueille des renseignements précieux : on y voit de

quelle manière ce pasteur anglican se laisse affecter par les manifestations de la foi catholique. Voici

Par exemple ce qu'il écrit de Rome à la date du 5 avril 1833, jour du Vendredi Saint :

« Pour ce qui est du système catholique romain, je

l'ai toujours eu tellement en horreur que ce n’est pas

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