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PREMIÈRE PARTIE LA VIE

La plupart de ces études ont été écrites avant la publication du beau livre de M. Thureau-Dangin : la Renaissance du catholicisme en Angleterre : Newmanet le mouvement a" Oxford. La haute compétence de l'historien lui permet d'embrasser un vaste plan : c'est une tâche plus modeste que se propose l'auteur de ces pages : celle d'étudier moins le mouvement d'Oxford que la physionomie intime de Newman ; moins son rôle extérieur

1. La Renaissance catholique en Angleterre : Newman et le mouvement d'Oxford, par M. Tuureai-Dangin (Plox, 1899) ; Newman e religione cattolica in Inghilterra overro l'Oratorio inglese, par S. Em. Alfonse, cardinal Capecelatro (Tipografia liturgica de S. Giovanni, Desclee Lefebvre et G'* ; Roma et Tournai) ; Card. Newman, story of his life, by H.-J. Jennlngs (Birmingham, Houghtox and C" ; London, Simpkix Marshall and C°) ; Letjers and Correspondence of Newman during his life in the English Church with a brief autobiography, edited by Anne Mozlky (Longmans and G", London) ; Réminiscences of Oriel Collège, by Rev. T. Mozley (Longmans and G°, London) ; Apologia pro vita sua, par J.-II., card. Newman; Œuvres complètes du card. Newman (Longmans and G", London).

que son histoire intérieure et la prise que peuvent avoir sur les âmes de tous temps, sa vie, ses pensées et ses œuvres.

Si quelqu'un, en se rappelant un des enseignements de Newman que nous nous sommes efforcé de recueillir, se trouvait, selon les expressions de Mrs Jemima Newman parlant des sermons de son fils, « illuminé, consolé, soutenu, fortifié », pour une tâche modeste la récompense serait grande, et l'auteur estime qu'il n'est pas indifférent, aux heures de souffrance, d'évoquer le souvenir des âmes généreuses et de se dire à soimême : « De tels êtres ont réellement vécu sur notre terre ; dans l'Invisible, ils vivent toujours. »

Si quelque chose est propre à exalter en nous le sentiment de la vie, n'est-ce pas le contact des âmes royales de l'humanité, n'est-ce pas la vision de ce qu'une telle âme peut faire de cette vie en la mettant au-dessus des plus beaux rêves ? Une existence est manifestée au monde par le rayon de génie qui l'a touchée, mais des multitudes d'êtres obscurs ont eu leurs heures de poème, de roman et de drame; ils ont eu leurs chutes et leurs victoires ; dans l'ignorance des hommes, les anges les ont enregistrées.

Le passant qui, sur La route de Golone, eût rencontré Œdipe et Antigone n'eût discerné qu'un mendiant aveugle conduit par une pauvre fille. Il fallait soit une pénétration supérieure, soit une information spéciale pour deviner le cortège de noblesses et de douleurs s'attachant à leur destinée. Ayons-en la certitude, toute destinée humaine a son cortège de noblesses et de douleurs, et nous saurons trouver en elle un enseignement plus haut que la fiction créée par les poètes. On se scandalise souvent de l'intimité de certaines publications. Je comprends qu'il y ait matière à scandale dans la peinture complaisante de quelques misères et de quelques faiblesses, mais, dès qu'il s'agit d'un élan sincère ou d'un aveu spontané, dès qu'une âme s'interroge anxieusement ou qu'elle répand de sa plénitude, son œuvre est trop humaine pour ne pas appartenir au patrimoine humain, à l'humanité fraternelle et solidaire. Autrement, nous n'aurions pas les Pensées de Marc-Aurèle, ni les Confessions de saint Augustin, ni le Château intérieur de sainte Thérèse, ni Y Apologia et la Correspondance de Newmann. Ce dernier avoue lui même que, prenant le parti de publier l'histoire intime de ses opinions et de ses croyances, il eut à subir une dure épreuve : « Mon secret est à moi »,

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se disait-il en vain pour répondre à la voix qui le pressait d'écrire. Il comprenait que son secret était à Dieu, c'est-à-dire aux âmes, et que, si l'on ne doit pas, de plein gré, jeter aux profanes les perles de la vie intérieure, on peut risquer de leur en voir ramasser quelques-unes, alors que, par un même geste, on augmente le trésor de l'humanité. Monique et Augustin, penchés à la fenêtre d'Ostie; Pascal, sanglotant dans la nuit de feu et de joie, nous émeuvent plus à travers les siècles que tous les puissants empereurs et tous les conquérants fameux.

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