Dante, Paradis, chaut xxuii
Dans son livre De la Certitude morale, M. Ollé- Laprune continue en quelque sorte l'œuvre de Newman, et de l'assentiment il passe au consentement; l'assentiment voit et le consentement regarde ; on est libre de regarder ou de ne pas regarder. Pour adhérer au bien commun comme on le doit, il faut, en quelque sorte, faire la vérité, c'està-dire obéir à ses préceptes. Il faut agir et peut-être souffrir pour cette vérité. « Si, dit M. Fonsegiïve, l'éternelle Psyché accomplit parfois avec des soupirs et des gémissements les rites du sacrifice, elle goûte cependant à les accomplir des joies intérieures, c'est qu'elle entend en elle l'appel mystérieux et que, sous la frôle enveloppe qui la gêne, elle sent frémir des ailes. »
Une lumière plus grande suit notre docilité. Fac et videbis, reprend le P. Laberthonnière, citant un mot de l'Évangile.
M. Ollé-Laprune distingue avec bonheur les éléments de croyance que renferme toute connaissance et les éléments de connaissance que renferme toute croyance. Ce qui est suggère l'idée de ce qui doit être, et ce qui doit être est. « Il faut répondre à la vérité par l'amour, enseigne M. Ollé-Laprune. » Elle poursuit en nous son œuvre. « Quand nous creusons en elle pour la
pénétrer, dit encore Maine de Biran, elle creuse aussi en nous pour entrer dans la substance de notre àme. » Et Bossuet s'était écrié : « Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne pas à aimer! »
« Dieu a voulu, songe Pascal, que les vérités divines entrent du cœur dans l'esprit, et non pas de l'esprit dans le cœur. Et de là vient qu'au lieu qu'en parlant des choses humaines on dit qu'il faut les connaître avant que de les aimer, ce qui a passé en proverbe, les saints disent au contraire, en parlant des choses divines, qu'il faut les aimer pour les connaître et qu'on entre dans la vérité par la charité. »
Sainte Catherine de Sienne, conciliant Pascal et Bossuet dans une seule petite phrase, avait écrit : « Plus on connaît, plus on aime : plus on aime, plus on reçoit » ; tant il est vrai qu'une lumière éclatante jaillit des vérités divines sur l'intelligence humaine, alors que le cœur sait les aimer.
VEssai sur le développement et la Grammaire de V assentiment sont sans doute d'éloquents et admirables traités d'apologétique religieuse, mais ni moins éloquente, ni moins admirable n'est VApologia pro vita sua; ce dernier livre a l'avantage de mêler aux idées l'essence intime d'une vie
qui est en elle-même, — sinon la plus belle, — une des plus belles œuvres d'apologétique léguées aux temps futurs par le siècle dont la dernière heure va sonner.