Réminiscences of Oriel Collège
rée au couvent de la Visitation d'Autun, adressait au cardinal Newman, pour l'anniversaire de cette mort, une lettre toute palpitante d'émotions renouvelées. En plusieurs traits elle nous dépeint un intérieur subitement plongé dans le deuil; elle évoque l'austère et douce figure de John-Henry Newman, si pâle et si triste ! Puis elle rappelle un signe de bonté : au milieu de son chagrin, il s'intéresse au mal de dents dont souffre cette amie, et tous semblent oublier leur épreuve pour la soigner et la soulager. Elle repasse, dit-elle, ces détails dans le cœur de son cœur. Il faut, en outre, retenir cette phrase : «J'étais profondément touchée, et j'appris une leçon que j'ai toujours essayé de suivre, si je ne l'ai pas mise en pratique comme j'aurais dû le faire : ne pas me laisser absorber par mes propres sentiments au point de ne pouvoir partager ceux des autres. » Et Son Eminence le cardinal Newman, à la fin de sa longue vie pleine d'œuvres et de pensées, repasse aussi les mômes détails dans le cœur de son cœur, puisque cette lettre pathétique est une réponse. « Vous sou venez- vous que vous et moi nous sommes les seuls survivants parmi les acteurs de cette scène? » demandait Maria Giberne.
Newman reprit sa vie d'Oriel, rêvant toujours
à Mary; cette douce mémoire le suivait dans ses promenades, dans ses études, et la beauté de la nature lui faisait songer que ce monde des sens n'est qu'un voile posé sur l'invisible où était désormais sa sœur. Quand il retrouvait, parmi ses papiers, l'écriture de l'exquise enfant, — elle mourut à seize ans, — il se sentait tout bouleversé. « Je commençais à préférer l'excellence intellectuelle à l'excellence morale, écrit Newman, mais je fus rudement éveillé de mon rêve à la fin de 1827 par deux grands coups : la maladie et le chagrin1. »