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perez pas la polenee. De vous ou de moi, qui donc mérite la mort ?
Que vous importe, à vous qui partez |><>ur l'échafaud, de recevoir une aouvelle el légère éclaboussure ? Gela ne compte guère après toutes les infamies don! votre caractère <i>l déjà souillé. Mais moi, l'aman! pur el sans tache de la vérité, moi qui n'ai jamais manqué, (comme je vous l'ai dit, p. 8), aux lois << du haul courage H de l'incorruptible honneur », — (en aparté) ce n'esl pas comme ce publicain, — croyez-vous que je vais vous laisser
vous retirer sain cl sauf à ma place ? Non ! no-
blesse oblige. Allez, vieillard, allez dans le royaume desombres, el soyez fier qu'Achille vous y envoie ! »
Un autre mol classique nous revient sur les levies, à mesure que nous lisons et relisons celle terrible invective. Liltera scripta manet : le génie seul a de ces paroles immortelles.
Comment résister à une riposte aussi véhémente, où l'agresseur se sentait blessé a mort par «les armes qu'il avail lui-même forgi s propres phrases,
mots empennés qui se retournaient contrelui comme au la ni «le flèches barbelées ? Mais ce n'était pas lout. S'appuyanl sur trois ou quatre ■< per œconomiam dicta », autant dire sur trois ou quatre équivoques qu'il s'imaginait avoirrelevées dans le titre el dans
le dialogue final de la brochure de Newman, Kingsley avail fondu sur lui, le traitant de digne frère des « moralistes romains », et prenait plaisir à « le plonger et à le faire tournoyer dans l'abîme où sont châtiés les ergoteurs fameux, les hypocrites et les fourbes ». C'est alors que, par un procédé assez fréquent en Angleterre dans la controverse avec les catholiques, l'accusateur commit son dernier et impardonnable crime, celui « d'empoisonner les sources ».
Ce n'étaitpas à la légère que dans une de ses lettres Newman avait fait allusion à Titus Oates. « La foule, dit Macaulay, à propos du prétendu complot papiste, applaudit Oates et ses complices, conspua et maltraita les témoins qui vinrent déposer en faveur des accusés, et accueillit par des exclamations de joie le verdict de culpabilité. En vain les condamnés invoquèrent-ils l'honorabilité de leur vie passée ; l'esprit public ne voulait pas démordre de cette croyance que plus un papiste était honnête, plus il y avait apparence qu'il dût chercher à conspirer contre un gouvernement protestant. En vain, au moment de descendre de la fatale charrette, affirmèrent-ils énergiquement leur innocence; l'opinion générale était qu'un bon papiste considérait non seulement comme excusable, mais même comme
méritoire, fcoul mensonge profitable à son Bglis
Charles Kingsley n'eût jamais fail, même pour sauver sa vie, la moindre action que sa oonscienoe e€ri réputée basse ou cruelle : c'est pourtanl à cette croyance qu'il en appelai! maintenant. S'il avail visé tout autre catholique que Newman, on peut dire sans exagération que la victime aurait succombé sous la fureur de ses coups. Mais ici, l'agresseur se méprenait sur son homme. Il n'avait affaire ni à un Italien, ni à un jésuite de la faction espagnole, ni à un professeur du Collège Romain, facile à attaquer à quatre cents lieues de distance. Eb face de lui, il avait un homme dont les antécéilenls faisaient partie de la chose publique, un Oxfordrmm depuis sa première jeunesse, un homme qui n'avail rien enseigné en secret, qui était connu du pays tout entier e( possédait à un de presque unique le don de toucher les cœurs par le moindre mot tombé de ses lèvres ou de sa plume. Le témoignage de Thomas Mo/.lev aurait été répété, s'il avail élé nécessaire, d'une extrémité de l'Angleterre à l'autre. « Pendant toute la durée de ma liaison personnelle el de mes rapports avec Newman, nous dit-il, il ne m'es! jamais venu à la pensée de le regarder autrement que comme un homme profondément sérieux, entièrement
convaincu de la vérité de ce qu'il disait, le plus sérieux des hommes qu'il m'ait été donné de renconlrcr jusqu'ici ». Anthony Froude, de sou côté, ne se borne pas à disculper simplement le maître qu'il ne se décida pas à suivre jusqu'au bout. « La vie de Newman, dit-il, n'a été tout entière qu'une lutte incessante pour la vérité ». — « Il avait fait le sacrifice de ses intérêts personnels ; pas un instant, il n'y avait pensé. Il avait mis toutes les ressources de l'intelligence la plus puissante et la plus déliée au service des convictions d'une conscience délicate jusqu'au scrupule ». — « Je ne crois, disait Pascal, que les histoires dont les témoins se feraient égorger». Newman était un martyr vivant ; pour vaincre, il n'avait qu'à se faire écouter.
L'histoire qu'il avait à raconter, c'était celle d'une conversion, d'un changement d'esprit, d'un « repentir», au sens littéral du mot. Conversion aussi digne de retenir l'attention du psychologue que celle de Luther, mais dans un sens tout opposé ; aussi profonde que celle de S. Augustin, à laquelle il l'a lui-même comparée. Conversion qui, selon toute vraisemblance, aura dans le monde où Shakespeare est roi, si l'Eglise catholique y doit étendre ses conquêtes, des résultats aussi durables que l'influence exercée par l'illustre Africain sur l'es-
prit du moyen âge formé à l'école «le son puissanl génie. La prévision peu! sembler exagérée : dous apporterons en temps voulu les raisons qui nous inclinent à croire, au contraire, que loin de pécher par excès, nous l'enfermons plutôt dans des limites trop restreintes.
De pins, les circonstances faisaient de ce drame intime une tragédie d'un Intérêt universel, jouée sur la scene d'Oxford, avec S'-Mary's à l'arrière- plan, comme pour nous rappeler le temple qui si souvent figure dans le théâtre de Sophocle, majestueux et solennel comme la religion elle-même. Eléments sublimes ou touchants que les années mettronl mieux en valeur, en leur donnant tout le recul el tonte la perspective nécessaires, à mesure que le mouvement ira se développant et que la littérature anglaise continuera de se répandre dans le monde. Car la prose de Newman ne saurait vieillir; elle durera par sa propre force, immuablement fixée sur son centre. Grâce à son austère et tendre sagesse, grâce à l'émotion dont la pénètre tout ce qui palpite d'éternel au fond du cœur humain, elle ne tombera jamais dans l'oubli.
Mais la tûche de Newman était bien faite pour décourager les plus intrépides. 11 connaissait ses
impatriotes. Bien que leur littérature ne I»' cède
NEWMA \
à aucune autre au point de vue de la subtilité et de la profondeur des sentiments, les Anglais ne peuvent supporter des explications dépassant la
banalité courante: on dirait que pour eux IJamlel n'a jamais été écrit. Deux fois l'auteur incriminé avait abandonné une position pour passer à l'extrême opposé. D'evangelieal qu'il avait élé tout d'abord, avec une légère teinte du libéralisme de Whately, il était devenu un adepte de Laud, une sorte de Non-jureur né hors saison, faisant revivre des doctrines et remettant en honneur des hommes pour lesquels la moderne Angleterre, comme Ten avertissait avec colère le Dr Arnold, n'était pas mieux disposée que Cromwell pour les « Cavaliers ». Sa marche le long de la Voie moyenne L'avait enveloppé dans la bataille des deux côtés à la fois. Mais comme il se refusait à faire la moindre concession soit au progrès, soit à la réforme, c'est vers le camp romain que chaque jour il courait à grands pas. A la fin, il y entra en transfuge, implorant son pardon à deux genoux. Les pires pressentiments, les jugements les plus sévères se trouvaient ainsi justifiés. Et il le sentait bien. « Comment, disait-il maintenant, en songeant à ce qu'était alors l'opinion, comment ai-je pu avoir le courage et le front, en face des avertissements qui m'étaient
prodigués, des prédictions que l'on me faisait, des accusations que l'on portail contre moi, de persévérer dans une voie qui me conduisait Rapidement, qui «levail me faire aboutir à la religion de Rome ? Kl quelle confiance puis-je inspirer aujourd'hui, après avoir trahi celle qu'il y a longtemps déji m'avait accordée ? »
Si l'on veul bien comprendre toulr l'audace de son entreprise, qu'on imagine, non pas an seul, mais une foule de Kingsley dans toutes les classes delà société, prévenus contre Newman et convaincus que de bonne heure, on ne savait trop à quelle dale, il avail formé le dessein de saper les fondements de PEglise d'Angleterre el d\>n ouvrir tes portes à l'ennemi. Même aujourd'hui, celle idée trouve encore des partisans ; on- in his-
toires secrètes - du mouvement d't totford où on l'appuie d'extraits et de membres de phi empruntés à sa i ip on dance el à ses \i\ res. Le Tract d'isaac Williams sur la n Rés jouait, dans c accu-
sations, un rôle d'un s^ véritablement co-
mique. Alors que les Remains d'Hurrell Froude, 011 la franchise est poussée jusqu'à l'indiscrétion, étaient un témoignage permanent du contraire, ces innocents Fellows d'Oriel apparaissaient vaguement dans le lointain comme des pirateurs munis
de lanternes sourdes, lout entiers occupés à allumer une conflagration universelle. De fait, ils obéissaient a une puissance mystérieuse et marchaient
sous son influence. Mais ils eussent été bien en peine, Newman tout le premier, d'expliquer la vaste croisade romantique qui s'agitait alors par toute l'Europe, sans direction officielle ni chef reconnu, réaction ou, tout au moins, effort du christianisme historique pour se défendre contre l'incrédulité menaçante.
Des complices, oui, sans doute, Newman en avait. Mais ce n'étaient pas « les moralistes romains » qu'il n'avait jamais lus. C'étaient Chateaubriand, de Maistre, Stolberg, Tieck, Arnim, Brentano, Frédéric Schlegel et Novalis, — pour ne mentionner que ceux-là, — dont les œuvres jettent une si abondante lumière sur V Apologia . Il nous faut même remonter plus loin en arrière. Les premières années de Goethe marquent la date, et la flèche de la cathédrale de Strasbourg le lieu d'origine du mouvement romantique.
On peut rattacher Goethe à Walter Scott, Johnson et Burke à Coleridge ; à son tour, Coleridge est disciple de Schelling, et Schelling, à l'époque la plus brillante de Newman à Oxford, était luimême l'oracle de Munich. N'oublions pas non plus
le pieux et docte Southey, auteur de purines épiques, ni Wordsworth, le plus spiritualiste <l<i Ions les poètes anglais: ils contribuèrent l'un H l'autre à la grande restauration, ils en furent les hérauts.
Quant à ceux « } h i ne peuvenl « compulser des bibliothèques entières », peut-être leur suffi ra-t il de jeter les yeux sur l'étonnant Essai, Le Christianisme en Europe, trouvé dans la succession de Novalis et publié par Tieck, s'ils veulent comprendre comment l'espril planait alors sur les eaux et en tirait une création nouvelle. « Luther, dit ce remarquable pionnier, mort en 1801, traita la religion chrétienne au gré de sa fantaisie, se méprit sur son génie et introduisit une doctrine absolument nouvelle, celle de l'autorité souveraine de la l > i 1 » 1 e . . . C'était rendre inutile le pouvoir inspirateur et révélateur de l'Esprit-Saint. . . Dès lors, ce qui avait commencé par être simplement haine de l'Église catholique, devint pen à peu haine de. la Bible, de la foi chrétienne et de toute religion. Quedis-je?On alla même pins loin ; la haine de la religion engendra la haine de tout enthousiasme. Elle dénonça l'imagination et le sentiment, la moralité et l'amour de l'art, le pass.' et l'avenir. C'est tout juste si elle reconnaissait dans l'homme le roi «les animaux ; elle réduisait l'harmonie créatrice «le l'universau bour-
donnement monotone d'un énorme moulin mû par le courant du hasard ».
Les lecteurs de Sartor resartus croiront entendre l'exclamation de Carlyle : « Oh ! le sombre Golgotha, le noir Moulin de la Mort ! » 11 n'en est rien cependant : ces grandes et décisives protestations trouvent en lui leur écho, non leur point de départ. Néanmoins, des pages comme celles-là nous permettent de distinguer ce qu'il y avait de commun entre Carlyle et Newman : sur ce terrain, le mystique puritain peut embrasser son frère catholique.
Novalis n'était pas précisément orthodoxe. Mais ses écarts d'imagination et les sentiments qui s'y rattachent entretenaient du moins un enthousiasme qui ne pouvait se confiner plus longtemps dans les limites étroites de la lettre de la Bible ou des formulaires : il soupirait après les « sources d'eau vive ». Un autre représentant de la même école, Eichendorff, définit ainsi admirablement le romantisme : « C'est la nostalgie, le désir de la patrie perdue de l'universel, l'Eglise catholique ».
Mais c'était aussi, — on peut l'accorder au Dr Brandes qui le regarde comme une sorte de décadence, — la « révolte de l'individu » contre une conception étroitement prosaïque de la réalité visible et invisible. Carlyle, qui en est le Titan, ex-
APOLOGIA PnO V/TA SUA '•'•'
plique Le monde par le nds hommes ou les
« hères ». Newman en trouve la clef dans la personnalité : c'est toujours la même Idée exprimée,
te l'«>is, sous un-' forme académiqu
Mais le g-énie solitaire qui lutte pour échapper à ce terrible dissolvant qu'est la science iinpersonnelle ; qui voudrait s'élever des lots à des forces vivantes, des abstractions aux réalités concrètes de l'histoire, ne peu! pas ne point remarquer l'Église qui lui ouvre un refuge. Qu'il accepte ou refuse, l'opposition entre « Passé et Présent » frappera son (prit et fera naître en lui, sinon la nostalgie d'Eichendorff, du moins les fa [-ouches regrets de Caris le. Nous aboutissons ainsi à une philosophie qui regardant l'individu, le Moi, comme la première et la dernière des réalités, salue arec joie ane >on< des Ames, une Église, la plus concrète qu'il soit possible d'imaginer. Bl pourquoi? Parce qu'elle trouve en elle un précieux auxiliaire pou:- sa prop défense, à l'heure où t'algèbre a mie lin en écowmique, en morale, en politique et surtout en religion, à boute faculté de se déterminer soi-méu librement el avec conscience. A Inacceptation par Newman de l'autorité de l'Eglise, correspond exactement, ehe/ Garlyle, la soumission a 1.» discipline l'Etat absolu. L'inflexible policeman » el le
IbO NEWMAN
prédicateur réagissent à l'envi, l'un et l'autre, contre l'anarchie, pour s'élever à un ordre de choses supérieur, parce qu'il est organique, offrant plus (Je stabilité, parce qu'il recèle un principe de droit divin transcendant, à quelque catégorie qu'il appartienne.
Se développer soi-même largement à l'aide des institutions, — l'Université, l'Eglise ou l'Etat, — c'était une idée bien conforme au tempérament de Newman. D'après la manière dont il envisageait la vie, tel était aussi pour lui le problème de la religion et de la civilisation. « Le monde moral et social, dit dans Loss and Gain un personnage qui exprime les sentiments personnels de l'auteur, n'est pas un pays inexploré ; on en a déjà fait le relevé, la carte en est tracée, il est sillonné de routes... Les formes que revêt la religion sont des faits ; chacune a son histoire. Elles existaient avant votre naissance, elles vous survivront. Entre ces faits, choisissez ; vous ne sauriez les créer ». Et Charles Reding répond, en acquiesçant de tout point : « Je vous assure que si l'Eglise de Rome présente le même caractère ambigu que notre Église, je finirai par tomber dans le scepticisme, précisément parce que je n'aurai aucune autorité compétente pour me dire ce qu'il faut croire ». — « Mais alors, que n'usez-
vous de votre jugement privé? C'esl la réponse qu'auraient provoquée chez beaucoup l'orgueil <l<i la liberté et l'amour de l'indépendance. Mais le Tractarien avail rejeté cette alternative où il oe voyait qu'une misérable défaite. « Ce n'est pas par la raison, disail-il à Lord Brougham, qu'on atteini le cœur, mais par l'imagination, par des Impressions directes, par le témoignage de faits ei d'événements, par l'histoire, par l'image. Les personnes nous influencent, les voix nous émeuvent, les regards nous subjuguent, les actions dous enflamment. Beaucoup vivronl el mourront pourun dogme; jamais (•(inclusion ne suscitera de martyrs ».
El il enfonce l'argument en faisant appel à l'expérience : " Ni la physique ni la philosophie n'onl jamais constitué une religion. Religion a toujours été synonyme de Révélation. La Religion n'a jamais été une simple déduction *\r ce que nous savons ; «die a toujours été l'affirmation de cr que nous devons croire... un me . une lii>l<>iiv ou une \ision ». Kl, pour toul résumer : « I /ad ion ne découle pas de conclusions, mais d'impressions ; elle ne
prend pas sa source dans des raisonnements, mais
dans la Poi ».
C'esl sur celle loi inductive, suivant la méthode
de Bacon, que Newman entreprend de fonder la iv-
ligion : c'était la nuée lumineuse qui L'avait guidé lui-même autrefois. UApologia, nous ne L'avons pas perdu de vue un instant, est L'histoire d'impressions conduisant à des actes, l'histoire d'une foi confirmée par les œuvres.
On a parfois représenté Newman comme « fuyant toujours devant le spectre du scepticisme ».
Il n'avait pas à s'en défendre. La foi est un acte et la récompense d'actes. Autrement, elle serait aussi peu méritoire et héroïque que le mécanisme des battements du cœur; à ce degré, la foi ne serait plus humaine. Dans une page du plus haut intérêt, Thomas Mozley dit que « Newman remplissait tout son temps, employait toute sa force, et occupait tout son avenir. . . Quant à regarder en arrière, il ne le faisait que dans une mesure très restreinte, et pour ne s'arrêter qu'un instant à quelques aspects des choses : des fleurs sur un talus ou sur un mur, un parfum ou un son... Autant qu'il le pouvait, il ne se promenait jamais seul... A moins d'être absorbé par l'étude, la composition ou la prière, Newman ne voulait pas rester seul, livré à ses propres pensées ».
Ces quelques lignes nous expliquent pourquoi Newman, en fait d'amitié, dépendait si étrangement des autres, et non pas les autres de lui, si
grandes que fussent entre eux les différences, à ne tenir compte que de la seule valeur intellectuelle. Johnson, lui aussi, préférait la visile du premier venu à sa propre compagnie. D'ailleurs, ce n'était là chez lui qu'une affaire de tempérament, encore quîil n'aimât pas qu'on lui en désaccord avec ses opinions, sous prétexte qm1 leur certitude en état! ébranlée. Mais Newman n'était pas porté à la mélancolie. Bien qu'il n'y eut pas « un grain de gaii dans sa nature, il était pourtant d'humeur enjouée ; il lui fallait des disciples, des amis vivant à ses côtés sous le même toit, des compagnons pour ses promenades quotidienne
Nous avons vu l'intimité «le ses relations avec llurrell Froude,, l'appui qu'il trouvait dans ce beau caractère. D'Ambroise Saint-John il écrivait a1 plus d'énergie encore: « Il fut ma vie, après Dieu, pendant trente-deux ans ». Pour Newman, la foi résida toujours dans l'harmonieuse union dv> âmes, et nous revenons ainsi à Xovalis qui faisait de cet accord fraternel une sorte de sacrement de la croyance.
Ne soyons pas surpris si le ressort de l'action, chez nous, ce n'est pas la pensée pure, dissociée de tout autre élément, mais un ensemble «dimpn sions», des « voix », une histoire et une « vision
Carlyle inscrit en note dans son Journal: « La religion, dans Ja pensée de Novalis, est chose sociale. Sans Eglise, peu ou point de religion. L'action dun esprit sur un autre est mystique, infinie. Sans celte aide, le culte et l'adoration ne se soutiendront qu'à grand peine, peut-être même pas du tout ». Ainsi, l'enthousiasme est bien, comme disent les Allemands, schwarmerei, l'ardeur fiévreuse des abeilles sociales se formant en essaims. Pour parler un langage plus relevé, la foi n'est guère possible que là où il existe une « Communion des saints ». On peut même aller plus loin, et conclure que tel est aussi le but et l'essence de la « charité » de S. Paul, c'est-à-dire de l'amour fraternel. La fraternité est donc la condition de la foi ; l'hérésie apparaît dès que l'amour se refroidit ; pour finir sur un mot de Pascal, « le cœur a ses raisons ».
C'est ainsi que VApolorjia prend la valeur d'un livre d'amitiés. « A mie or um Liber ». Quand il prenait pour modèle Luther ou Moïse, le grand homme solitaire, Newman se trouve être chef de parti, maître en Israël, et s'avance au milieu du tumulte et des clameurs de bataille, parmi la confusion qui accompagne toujours le mouvement des foules. Mais au-dessus de la mêlée plane aussi une nuée invisible de témoins dont l'influence, à la fin, décide
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CARDINA1 N F. W MAN, Menu peint en lS ,. A