‹ Newton ForsterChapitre 35 sur 37 · II. TROIS. ÉDIT · texte numérisé non relu

II. TROIS. ÉDIT

mour est ami du repos et de l'oisiveté. M. Forster, après cette conversation, montra à Newton la même afFection et la même cordialité qu'auparavant, et il ne lui parla plus de cette affaire. Cependant, sa résolution était bien prise; il avait dit à son neveu qu'il changerait son testament si, après y avoir mûrement réfléchi, il ne se rendait pas à ses désirs, et il était décidé à le faire.

Newton voyait Isabelle presque tous les jours, et il ne lui cacha point ce qui s'était passé entre lui et son oncle. — -> Je ne nierai pas que je ne sois fâchée de la détermination de votre oncle, lui dit Isabelle; je ne vous dirai pas que je n'entrerai jamais dans sa famille sans son consentement, ce serait parler en prude, et dire plus qu'il ne m'est possible de penser; mais je dois dire que je ne vous épouserai ainsi qu'avec regret. Il faut donc temporiser, ce dont la mort de ma pauvre mère m'impose d'ailleurs le devoir, et j'espère que nous finirons par être heureux. Newton, plus raisonnable que bien des jeunes gens, peut-être moins épris que lui, reconnut la prudence du conseil d'Isabelle, et comptant réciproquement sur leur constance, ils résolurent de ne pas précipiter leur union.

On peut se rappeler que Newton était convaincu que la malle qu'il avait retirée de la mer quand il servait à bord d'un bâtiment côtier, appartenait au marquis de Fontanges, ainsi que tout ce qu'elle contenait. Pendant leur voyage à bord du Château de Windsor, il en avait de nouveau parlé à M. de Fontanges; et celui-ci, d'après la description que Newton lui fit, de mémoire, des bijoux, partagea la même opinion. Quelque temps après leur arrivée à Londres, Newton, désirant restituer ces objets à celui qui en était ou du moins qui en paraissait être le propriétaire, pria ]VL de Fontanges d'informer son frère de l'événement qui les avait mis en sa possession, et de le prier de fixer un jour pour venir les reconnaître. Le marquis, qui avait ignoré jusqu'alors qu'on eût recouvré quelques objets ayant appartenu à sa malheureuse femme, fut très surpris, et soupira profondément au souvenir de celle qu'il avait tant aimée , et qui avait été ensevelie dans cette vaste tombe qui usurpe si souvent les droits légitimes de la terre. Il consentit à ce que son frère lui proposait, et fixa le lendemain pour aller voir M. JohnForster. M.deFon. tanges en informa Newton, et il arriva le lende-

main à midi avec son frère et madame de Fontanges chez le vieux procureur, qu'ils trouvèrent dans son salon, ayant placé sur une table le paquet de bijoux, enveloppé d'un mouchoir, que Newton lui avait remis, et qui depuis ce temps était toujours resté dans son cabinet, dans une des grandes caisses de fer dont il a déjà été parlé.

— Je viens, monsieur, dit le marquis à M. John Forster, vous donner de l'embarras assez inutilement; car si les objets qui vous ont été remis m'appartiennent, la vue n'en peut servir qu'à renouveler mes douleurs.

— Monsieur, répondit le procureur, ces effets n'appartiennent pas à mon neveu, et il a dû les garder jusqu'à ce qu'il en découvrît le propriétaire légitime. Si vous les reconnaissez pour être à vous, nous allons les remettre entre vos mains. En voici un inventaire, continua-t-il en mettantses lunettes. N° icr: une bague enrichie de diamants. Mais je ferai mieux d'ouvrir d'abord le paquet.

— Voulez-vous me permettre de voir cette bague , monsieur ? dit M. de Fontanges.

— La voici , monsieur.

— C'est bien celle de ma pauvre belle-sœur,

dit M. de Fontanges en la montrant au marquis ; c'est la bague de Louise, mon frère !

- Je la reconnais, dit le marquis avec une vive émotion ; elle faisait partie de sa corbeille de mariage. Hélas ! où est la main qui lui donnait du prix? Et s' asseyant sur le sofa, il se couvrit le visage des deux mains.

— Il est inutile de pousser l'examen plus loin, dit M. John Forster ; mais voici une malle qu'il faut ouvrir. Mon neveu l'avait laissée en province; mais avant de faire son premier voyage dans l'Inde , il avait donné ordre qu'on me l'envoyât. Ces bijoux s'y sont trouvés. Du reste vous voyez qu'elle ne contient que du linge. Mais j'ai remarqué que tout le linge ne porte pas la même marque ; celui à l'usage d'une femme est marqué L. M.; celui à l'usage d'un enfant, J. F.

— Ce linge appartient à la marquise de Fontanges et à sa fille, dit M. de Fontanges. Le linge de la mère avait été fait avant son mariage et. marqué des initiales de ses noms de fille, Louise de Montmorency; celui de l'enfant est marqué des initiales de son nom de baptême et de celui de son père, Julie de Fontanges.

— Humph ! dit le vieux procureur. J'avais

mes raisons pour faire cette observation. — Newton, prenez cette clef, courez à mon cabinet, ouvrez la caisse de fer qui est à droite de la cheminée, et apportez-nous un petit paquet de linge que vous y trouverez. Un instant! Ayez soin de souffler dans le trou de la clef pour en faire sortir la poussière avant de la mettre dans la serrure , et tournez-la avec précaution de peur d'en forcer les gardes. Du reste, faites toute la diligence qu'il vous plaira. — Newton partit sur-le-champ — Monsieur le marquis, permettez-moi de vous offrir quelques rafraîchissements. Un verre de vin vous fera du bien. • — - Frère Nicolas , appelez Ambre, s'il vous plaît.

Nicolas sortit pour s'acquitter de sa mission, et un moment après Ambre arriva.

— Avez-vous besoin de moi, papa?

— Oui, ma chère; voici la clef du buffet; apportez-nous du vin , j'ai des raisons pour ne pas appeler un domestique en ce moment.

Ambre disparut, et ne tarda pas à revenir, apportant un plateau sur lequel était une carafe de cristal pleine de vin, et quelques verres. Elle s'adressa d'abord au marquis :

rs" Papa vous prie de prendre un verre de

vin, monsieur, permettez- moi de vous le verser.

Le marquis tressaillit en entendant le son de sa voix. Il se leva, la regarda avec attention, prit le verre, le vida, et le remit sur le plateau, et après avoir salué Ambre, il retomba sur le sofa, la tête appuyée sur ses mains, et ne faisant aucune attention à ce qui se passait autour de lui.

Quelques instants après on frappa à la porte. John Forster devina que c'était son neveju qui revenait, il fit signe à M. de Fontanges de le suivre, et le fit descendre dans la salle à manger, ainsi que Newton, qu'ils rencontrèrent sur l'escalier.

— Je vous ai prié de descendre, monsieur, dit le procureur, pour ne pas donner à votre frère des espérances qui , si elles ne se réalisaient pas, deviendraient pour lui une nouvelle source de chagrin. J'ai remarqué les initiales qui se trouvent sur le linge à usage d'enfant contenu dans la malle que nous venons d'ouvrir, et si ma mémoire, qui est assez bonne, ne me trompe pas, le linge qui se trouve dans ce paquet est marqué de même.

Le paquet fut ouvert, et l'on vit du linge à usage|d'enfant marqué J. F.

— Vous avez raison, dit M. de Fontanges, et ce linge fait nécessairement partie du trousseau que nous venons de voir, et qui a été retiré de la mer.

— Oui , il a été retiré de la mer, mais non au même endroit, ni par la même personne. Mon neveu a trouvé le linge qui est dans la malle; celui-ci a été recueilli par un de mes frères qui n'existe plus; et il était alors porté par un enfant âgé seulement de quelques mois, — un enfant du sexe féminin.

— C'était donc la fille de mon frère ! s'écria M. de Fontanges. Où l'a-t-on enterrée?

— Elle a été rappelée à la vie; elle vit encore.

— -Serait-ce donc la jeune personne que je viens de voir, et qui vous a appelé son père? Sa ressemblance avec la marquise est surprenante.

— Précisément, monsieur. Mon frère, ancien marin, l'avait en quelque sorte adoptée. Il m'en a chargé en mourant, et j'ose dire que j'ai répondu à sa confiance, et que je n'ai rien épargné pour son éducation. Quoiqu'elle me soit étrangère par le sang, elle m'est aussi chère que si elle était ma propre fdle, et quoique

jaie... continua le vieux procureur en hésitant, quoique j'aie la satisfaction de la remettre entre les bras d'un père , ce sera pour moi un coup difficile à supporter. Quand mon frère m'en parla pour la première fois, je lui dis que c'était bien assez d'avoir à nourrir ses propres enfants; je ne me doutais guère alors que je trouverais si dur de m'en séparer. — A présent, monsieur, faites-moi le plaisir de regarder le tableau suspendu à la muraille au-dessus du buffet. Il vient de mon frère. — Qu'en pensezvous ?

— C'est Triton! s'écria M. de Fontanges; c'est un chien que j'avais donné à ma pauvre belle-sœur !

— C'est à lui que vous devez la vie de votre nièce. Il l'apporta sur le rivage et la déposa aux pieds démon frère, qui s'était rendu sur la côte pour voir si l'on pouvait donner quelque secours aux malheureux naufragés. J'ai la relation qu'il en a écrite, et je vous la ferai lire. Je regarde les faits comme si bien établis, que nulle cour de justice ne pourrait hésiter à prononcer l'identité. —Maintenant, monsieur, je vous laisse le soin d'apprendre cette nouvelle à votre frère avec toutes les précautions que

vous jugerez convenables. Allez le retrouver, et vous, Newton , envoyez-moi Ambre.

Nous passerons sur les scènes qui eurent lieu dans la salle à manger et dans le salon. Le marquis de Fontanges découvrit qu'il lui restait une fille, et Ambre apprit qu'elle avait trouvé un père. Au bout de quelques minutes, elle fut conduite dans le salon, et se trouva serrée dans les bras du marquis.

— Que d'obligations n'ai-je pas à toute votre famille, mon cher ami ! dit le marquis à Newton.

— Je ne puis le nier, monsieur, répondit Newton; mais permettez-moi de vous dire que si vous avez retrouvé votre fille, vous le devez à la générosité de vos parents et à la bonté de votre cœur. Si M. et madame de Fontanges ne m'eussent protégé et secouru dans ma détresse; si vous m'aviez fait jeter en prison au lieu de me rendre la liberté, vous n'auriez jamais su où la trouver. Si un de mes oncles n'eût cherché à donner des secours à un bâtiment naufragé; si, après sa mort, l'autre n'eût servi de protecteur à votre fille, peut-être n'existeraitelle plus, ou du moins personne de nous ne saurait ce qu'elle est devenue. Ma reconnais-

sance pour toutes vos bontés m'a porté à vous tirer des mains des pirates, sans quoi, vous ne seriez pas aujourd'hui prisonnier en ce pays, malheur qui est un bienfait de la Providence, puisqu'il vous a rendu une fdle. Nous avons tous, j'espère, fait notre devoir, et cet heureux résultat doit être notre récompense.

— Humph! dit le vieux procureur, qui regardait la perte de sa fille adoptive comme une récompense dont il se serait volontiers passé.

JOO NEWTON FORSTER

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