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M. TROIS. ÉDIT

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désir qu'il avait d'obtenir de lui la main de sa fille pour Newton, et de les fiancer dès à présent en attendant la célébration du mariage qui aurait lieu dans deux ou trois ans.

— Monsieur Forster, répondit le marquis en se redressant avec un air de fierté , j'ai de si grandes obligations à toute votre famille, qu'il y a bien peu de choses que je pusse vous refuser. Je suis donc désolé d'être obligé de vous dire qu'il m'est impossible de consentir à votre demande. Vous ignorez sans doute que la famille des de Fontanges est une des familles les plus nobles et les plus anciennes de France; et malgré tout le respect que j'ai pour vous et pour votre neveu, malgré ma reconnaissance de toutes vos bontés pour ma fille, je ne puis lui permettre de se mésallier.

— Se mésallier! — humph ! — Je vous prie de faire attention, monsieur le marquis, que ma famille est très ancienne, quoiqu'elle ne soit pas noble. Je puis vous en montrer la généalogie et toutes les pièces probantes, qui sont dans le même coffre où était le paquet de linge de votre fille.

— Je ne doute nullement de l'ancienneté de votre famille, monsieur Forster; je regrette

OU LA MARINE MARCHANDE. 3o~

seulement qu'elle ne soit pas noble, et à moins que vous ne puissiez me prouver....

— Je vous prouverai que je pourrais acheter dix marquisats en France, si j'en avais la fantaisie.

— D'accord. On peut trouver à en acheter dans notre pays; mais nous faisons une distinction entre les parvenus et l'ancienne noblesse.

— Comme il vous plaira, monsieur le marquis, dit le vieux procureur, commençant à se piquer, mais je crois que je vaux bien un marquis français, après tout.

— Mieux que beaucoup d'entre eux; mais il n'en faut pas moins tirer une ligne, monsieur Forster, — le sang noble

— Noble sottise! — Monsieur le marqnis, dans notre pays on pèse l'argent contre le rang. L'argent achète un rang comme toute autre chose, excepté le ciel. Eh bien, je vous

— Excusez-moi, monsieur; l'argent n'achètera jamais la main de Julie de Fontanges.

— Il me semble, monsieur le marquis, que puisque nous avons remis votre fille entre vos bras, nous avons bien le droit?

— De me la redemander, monsieur Forster?

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— Je puis perdre le solitaire que vous voyez à mon doigt; un ouvrier peut le trouver; s'ensuit-il que je sois obligé de lui en faire présent?

— Humph ! s'écria le procureur offensé de cette comparaison.

— En un mot, mon cher monsieur, ce serait un grand bonheur pour moi de pouvoir faire quelque chose qui vous fût agréable, à vous ou à votre famille; mais souiller le sang de l'une des plus nobles familles de France

John Forster ne voulut pas en entendre davantage ; il sortit du cabinet , et monta dans le salon, laissant le marquis finir sa phrase si bon lui semblait. Quand il y entra, sa physionomie exprimait visiblement son désappointement. Il s'avança vers son neveu , et le conduisit près d'une croisée.

— Newton lui dil-il , vous avez agi sensément en ne persistant pas à contrarier mes désirs; mais ce marquis français., avec sa folie et son ancienne noblesse, a renversé tous mes plans. A présent, je ne nuirai pas au succès

des vôtres. Présentez-moi à cette miss

miss n'importe son nom. C'est une charmante fille, et elle m'a gagné le cœur pendant le dîner.

Isabelle fit tous ses efforts pour lui plaire, et elle y réussit. Satisfait du choix de son neveu , flatté de la soumission apparente de Newton à ses désirs, et mécontent du marquis, il donna avec plaisir son consentement à l'union des deux amants, et peu de temps après Isabelle Revel changea de nom.

Environ quatre mois après son mariage, Newton reçut une lettre du bureau de la Compagnie des Indes, lui annonçant qu'il venait d'être nommé au commandement d'un vaisseau. Il la porta sur-le-champ à son oncle. — • Vous pensez sans doute, lui dit-il, en la lui remettant, que je dois accepter cette offre.

— Quelle offre ! dit le vieux procureur, qui était à examiner un dossier de pièces de procédure. — Ah ! — le Melville, frété pour Madras et la Chine. — Ce n'est donc pas un château, cette fois-ci. — Sur ma foi , Newton , je ne vois pas pourquoi vous iriez encore sur mer. Un vieux proverbe dit : Que tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se casse? — Vous n'êtes pas encore las de votre femme , je suppose.

— Non, sans doute, mon oncle; mais je croyais que vous désiriez que

— Je désire que vous restiez à la maison ,

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Newton. Un homme pauvre fait bien d'aller sur mer parce qu'il court la chance de devenir riche; mais celui qui a de l'argent en main et en perspective est un fou , s'il en fait autant.

— Pourquoi travaillez-vous autant que vous le faites, mon cher oncle? dit Isabelle en l'embrassant en reconnaissance de ce qu'il venait de dire. Vous pourriez sûrement vous reposer à présent.

— Pourquoi je travaille tant, Isabelle? dit M. Forster la regardant en face. Humph ! Ne vous attendez-vous pas à avoir de la famille.

Isabelle sourit en rougissant. Il n'y avait pas moyen de nier le fait.

— Eh bien , vos enfants ne seront pas fâchés de trouver un jour quelques milliers de livres de plus à partager entre eux.

Un domestique interrompit cette conversation en remettant une lettre à M. Forster. Il l'ouvrit et regarda d'abord la signature.

— Humph! c'est du noble marquis. — « Fâché d'avoir dû m'exposer à perdre votre

«estime aurais été enchanté d'appeler

» Newton mon gendre Humph ! — mon

>> orgueil n'était qu'une feinte il y allait

» du bonheur de Newton j'espère que

» notre ancienne intimité » —Quoi, Newton, tout cela est-il vrai?

— Demandez à Isabelle, mon oncle, dit Newton en souriant.

— Eh bien , Isabelle, cela est-il vrai?

— Demandez à Newton, mon oncle, dit Isabelle en l'embrassant. Le fait est que je ne pouvais renoncer à Newton , même pour vous plaire, et nous avons fait ce petit complot

— Ce petit complot. — Humph ! — Eh bien, quoi qu'il en soit, je ne changerai rien à mon testament.

Environ trois ans après le mariage de Newton on lut l'annonce qui suit dans tous les journaux de la capitale.

« Hier, en vertu d'une dispense de bans., » l'honorable William lord Avelyn a conduit à » l'autel mademoiselle Julie de Fontanges, fille » unique du marquis de Fontanges, ci-devant » gouverneur de l'île de Bourbon. Ce mariage » devait avoir lieu en décembre dernier, mais » il a été retardé par suite du décès de lord » Avelyn. »

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