TOME I
M NI lAMAISy
c de te trouver. . . et seuL. . il y a un siècle que c je ne t'ai tu. .. ah ! je te jure que ce n*est pas c ma faute. . . je n'ai pas cessé de penser à toi. . . c Eh bien! vous ne venez pas seulement € m'embrasser?... Est-ce que ma visite vous t contrarie?... Vous en attendiez une autre € peut-être ?. . . — Oh ! par exemple. . . — Mats « si... vous avez quelque chose, bien certainec ment... Arthur, vous ne m*aimez plus? »
Je suis sur les épines , je voudrais serrer Clémence dans mes bras, la couvrir de baisers.. . mais cette autre qui est là. . . qui peut entendre ! Je ne tiens pas à ménager Juliette; malgré cela , il y a de ces choses dont on ne veut donner le spectacle à personne.
Clémence me regarde, elle pâlit, ses yeux suivent tous mes mouvements, son sein se soulève avec agitation... je me décide à lui dire la vérité, il me semble que c*est ce que j*ai de mieux à faire»
Je vais m'asseoir près de Clémence , je Fentoure de mes bras , elle me fixe av^o une attention inquiète. J*ai soin de parler très-bas.
I Écoute, ma chère amie , je vais te dire la vérité... — Ah! il y a donc quelque chose... j'en étais sûre... -^ Avant que tu ne vinsses , il m'est arrivé une personne... pour me consulter sur un ouvrage... tiens, le voilà même Touvrage, tu vois que je ne mens pas... ce sont des contes moraux... — Et celte personne... c*est une femme?... répondez donc, c'est une femme?... — Eh bien, oui, c'est une femme, il n'y a rien d'extraordinaire à cela !... tu sais que les femmes écrivent beaucoup à présent... — Enfin cette femme... vous l'avez renvoyée j'espère... — Elle allait partir quand ta as sonné... et, ma foi... alors... craignant d*étre vue...— Elle est ici. . . Elleest cachée ici !... dans votre cabinet , je parie... •— Clémence, ne parle donc pas sr haut... — Ah ! elle est là... ah ! c'est une femme qui vient vous consulter pour ses ouvrages , et vous la cachez chez vous quand on sonne... et vous pensez , monsieur, que je croirai de tels mensonges?... — Je te jure que c'est la vérité. — Si cette femme n'était pas votre maltresse, quelle raison auriez-vous pour
la faire cacher?... — Ne parle donc pas si haut.. . il est inutile qu*on t'entende... — Je veux parler haut... je veux crier... ah! vous craignez que cette dame ne m'entende...
vous avez peur de la fâcher... quelle horreur !. . . moi , qui vous ai tout sacrifié... mon repos... ma réputation... qui vous aurais sacrifié ma vie... — Clémence , je te répète que dans tout ceci je suis très-innocent... Si tu voulais m'entcndre... te calmer... — Mais vous me supposez donc bien sotte... Gomment, cette femme ne vous est de rien... elle vient simplement pour vous consulter, et elle se cache quand il vous vient du monde!... mais, Arthur, vous voyez bien que cela n'a pas le sens commun... — £h bien !... puisqu'il faut tout te dire... apprends quecette femme est la maîtresse d'Adolphe... tu sais bien , Adolphe Désigny , un de mes amis dont je t'ai parlé quelquefois; elle est venue ici à son insu , et , quand tu as sonné , craignant que ce ne fut lui, elle s'est sauvée dans mon cabinet... comme une folle, sans même réfléchir à ce qu'elle faisait. »
NI TODIOUBS. Ml
Clémence me regarde, en souriant a^ec ironie :
c Vraiment ! monsieur, vous n'êtes pas heureux dans Tos histoires !... A présent cette femme est la maîtresse de votre ami , et elle vient vous voir en cachette de lui !... S*il n*y avait aucun mal dans votre liaison, pourquoi ce mystère... ces cachoteries?... Non , vous me trompez , celle qui est là dedans est votre maîtresse... vous la preniez dans vos bras quand je suis venue vous troubler... ah! vous ne m'attendiez pas... si vous aviez su que ce fût moi , vous ne m'auriez pas ouvert peut-être. > Je ne réponds plus , car rien ne me blesse comme de n'être pas cru lorsque je dis vrai, et, ne pouvant donner d'autres preuves à Clémence , je m'assieds et prends le parti de me taire.
Mon silence augmente l'irritation de Clémence , elle marche à grands pas dans ma chambre , puis s'arrête devant la porte de mon cabinet, ens'écriant : c Cette dame croit sans € doute que vous allez me renvoyer bien vite*
lût NI JAHAIS,
c Si je m*en allais, cela vous ferait grand plai-
c sir, je le conçois... mais je ne m*en irai pas
c pourtant... je suis désolée de vous contra-
« rier... je yeux voir cette dame... je veux
c connaître celle qui vous consulte pour ses
I contes moraux... Âb ! ab ! ah ! C'est tout à < fait moral de venir consulter un jeune
II bomme cbez lui... de se caçber dans sa c cbambre... Il y a là le sujet d*un joli c conte!... >
Clémence porte la main sur la clef qui est à la porte du cabinet... Je cours à elle et Tarrête, je m'efforce encore de la calmer.
c Clémence, que vas-tu faire?... Songe donc 4 à quoi tu t'exposes en te montrant à cette c dame. .. Ce n'est pas pour moi que je te prie : c que m'importe que tu voies ou non la perf sonne qui est là !... Mais toi... qui as tant à c ménager I... Réfléchis donc... n'ouvre pas c cette porte. >
Mes instances, loin de la calmer, semblent redoubler son agitation ! Cette femme , toujours si douce, si timide, si craintive, n'entend plus rien que la passion qui la tourmente.
NI TOUJOURS. fOS
Ah ! elles sont toutes de même , incapables d*écouter la raison qua nd la jalon sie les domine.
c Vous avez donc bien peur que je la c Yoie !... I reprend-elle en jetant sur moi des r^ards courroucés, i Ab!... je devine... cette c dame... n*est sans doute pas en état de se c montrer... et sa toilette... Eh bien! je lui c servirai de femme de chambre ! >
Cette dernière supposition me met à mon tour en colère, et, cessant de retenir le bras de Clémence, je vais me jeter dans un fauteuil en m*écriant : < Je vous en ai dit assez, faites c ce que vous voudrez I
Je n'ai pas achevé ces mots que la porte est ouverte , et Clémence s'écrie d'un ton ironique :
c Venez doQC , madame, il ne fagt pas vous c cacher pour moi ! » Juliette parait , l'air aussi tranquille que si elle sortait de sa chambre, elle sourit même et fait une belle révérence à Clémence. Hais à mesure qu'elle la regarde, je lis dans sa physionomie une expression de surprise et de contentement dont je ne puis me rendre compte.
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En voyant Juliette, dont la toiletie n'a rien de chiffonné , Clénience est restée un montent interdite; cependant Texpression malicieuse avec laquelle madame Ulysse la salue lui rend bientôt toute sa colère, et puis Juliette est jolie, et cela doit nécessairement augmenter sou courroux , aussi ne répond-elle à son salut que par un regard méprisant.
Pendant que ces dames se toisent, se considèrent, je reste tranquillement assis dans mon fauteuil, déterminé à ne plus être quéspecta^ teur de ce qui se passera.
C'est Clémence qui rompt le silence la pre»mière ; elle voudrait paraître calme , mais sa voix trahit son agitation , et elle peut à peine balbutier : « Vous deviez vous ennuyer là f dedans, madame?... je ne veux pas vous • retenir plus longtemps prisonnière.
< — Je ne m'étais pas cachée à cause de c vous , madame , » répond Juliette avec un grand sang-froid, c Monsieur vous avait dit « vrai... vous avez eu bien tort de ne pas le « croire.
« — Ah ! madame était venue... pour lire
MI TOUJOURS. iOS
des contes moraux... et c'est un sujet que vous cherchiez là dedans?...
€ — Je l'ai trouvéi madame; c'est une jeune fille qui n'avait rien ; un homme riche l'a épousée , lui fait un sort brillant : il la comble de cadeaux, de parures ; dans le monde on la croit sage, honnête!... et elle a un amant chez lequel elle vient en secret... Voilà mon sujet , on croit qu'il aura beaucoup de s»uccès. Sans adieu, M. Arthur, j'aurai le plaisirde vous revoir, i Juliette est partie , nous laissant atterrés parce qu'elle vient de dire. Clémence, pâle comme la mort, s'est laissée tomber sur une chaise, en murmurant : c Je suis perdue!... c cette femme me connaît!...
€ — Voilà ce que je craignais... voilà pour- « quoi je vous suppliais de ne pas vous mon- « trer... vous auriez pu vous tenir un instant < à l'écart pendant que j'aurais fait sortir « cette femme... mais vous ne l'avez pas i voulu... — Comme elle me regardait avec € méchanceté ! . . . — Songez que c'est vous qui c l'avez raillée la première... peut -être ne
VOUS connait-elle pas et n'a-i-elle parlé ainsi que par supposition... — Oh!... tout se rapporte trop bien... une fille qui n'avait rien. .. un mari qui la comble de présents !... Oui, c'est bien moi ! ... ah ! cette femme croit sans doute que je devrais me trouver bien heureuse parce que je puis avoir une toilette élégante; mais cette fortune... ces parures... ai-je demandé cela?... le ciel m'est témoin que ce n'est pas là ce que je désirais. Je ne voulais point épouser M. Moncarville, mes parents m'y ont forcée en me disant : Il est riche, tu seras heureuse!... Ah! que ne donnerais-je pas pour habiter un grenier et y être libre ! Je travillerais pour vivre, je ne porterais ni cachemires, ni diamants , mais je pourrais dire partout que je vous aime , et m'en faire gloire au lieu d'être forcée à le cacher. > Je me rapproche de Clémence, je veux la prendre dans mes bras, elle me repousse doucement en me disant :
f Mais vous ne m'aimez plus, vous !... vous c avez une maîtresse... elle est jolie cette
m TOUIOOM. lOT
femme... plas jolie que moi... elle n*a pas Fair dislingoé, par exemple... mais enfin elle vous platt... ah! que m'importe ce q«*elle dira... ce qni m'arrÎTera!... je soitf résignée à tout!...
c — Clémence, ne dis pas que je ne t*aime plus!... mon Dieu! si cela était, pourquoi te tromperais-je... qui m'y obligerait? Je le répète que cette fenune est la maîtresse d'Adolphe, que je ne lui ai jamais fait la cour...
€ — Oui , mais elle veut que vous la lui fassiez !... — C'est la première fois qu'elle venait chez moi... — Elle y reviendra... elle vous a dit au revoir, c — Je lui rendrai ses contes , je ne la c reverrai plus , je te le promets ! >
Une femme qui nous aime est facile à persuader. Clémence finit par se jeter dans mes bras , en a'écriant :
€ Ah ! j'aime mieux te croire... et dussé-je c partager ton cœur avec une autre... je sens i que f y consentirais encore plutôt que de c n'être plus rien pour toi. t
Nous passons une heure ensemble. Clémence a oublié ses craintes , j'ai dissipé sa jalousie; elle me quitte heureuse, et en me répétant : c Je te crois, désormas je te croirai touc jours*.. >
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