‹ Ni jamais ni toujoursChapitre 41 sur 78 · PAUL DE KOGK. — T. III · texte numérisé non relu

PAUL DE KOGK. — T. III

raventure fût pour moi un grand bonheur et me promit un bien heureux avenir... qui sait même si je n'éprouverai pas des regrets cuisants de ma bonne fortune?... Mais elle a eu lieu d'une façon si bizarre, si nouvelle, qu'il n'est pas étonnant qu'elle m'occupe plus qu'une autre.

Maintenant il me faut attendre qu'il plaise à Adèle de m'écrire, de me donner un autre rendez- vous ; et si cela ne lui plaisait plus... si elle n'avait voulu que satisfaire un caprice... et que je n'entendisse plus parier d'elle... il y aurait là-dedans quelque chose de mortifiant pour mon amour -propre. J'ai peut-être été un peu trop obéissant, j'aurais dû suiyre ce fiacre sans qu'elle s'en doutât : cela m'eût été bien facile, et je saurais à présent où elle demeure, et probablement son nom et sa position dans le monde. J'ai agi comme un preux chevalier du vieux temps ; j'ai tenu religieusement mes promesses; c'est fort beau sans doute, mais nous sommes bien loin de l'époque des paladins, des troubadours et des damoiselles, et en agissant maintenant comme eux avec les

NI TODIODRS. S

dames, on risque beaucoup de se faire moquer de soi.

AttendoDS ! c'est tout ce que je puis me dire ; c*est ce que je fais en m*occupant le plus possible de littérature et de théâtre. Mais on travaille mal lorsqu'on est fortement préoc« cupé; rimage d'Adèle me poursuit sans cesse. Depuis qu'elle a couronné mes désirs , il me semble que j'en suis cent fois plus amoureux.*. Bien loin d'être satisfait, de me trouver heureux d'avoir obtenu les faveurs d'une femme si jolie, mon cœur est plus brûlant, plus agité à son souvenir... Il est vrai que tout dans cette aventure a été si singulier !... ce fiacre... cette obscurité... Est-ce donc être entièrement heureux que ne pouvoir lire aussi l'amour et le plaisir dans les yeux de celle qu'on aime?... Oh, non ! je n*ai pas encore tout obtenu d'elle, puisqu'elle me cachait son charmant visage!... Qu'il me tarde de la voir... de la contempler tout à mon aise ; j'espère bien que notre premier rendez-vous n'aura pas lieu la nuit, ou alors nous aurons de la lumière.

Deux jours se passent. Je n'ai pas reçu de ses

é NI JAMAIS,

nouvelles. Qu*elle ne puisse encore m*indiquer un rendez-vous , je le conçois , il est possible qu*elle ne soil pas toujours maîtresse de ses actions; mais ne pas m^écrire... un mot, un petit billet , après la nuit que nous avons passée ensemble, après les trois quarts d*heure dans la citadine!... Oh !c*est fort mal... je n*y conçois rien !...ou plutôt je crains d'avoir trop bien deviné!... C'était un caprice, une idée de jolie femme!... ces dames... les dames du grand monde surtout, aiment à contenter leur envie. Une petite bourgeoise se ferait un scrupule décéder à de telles fantaisies ; mais dans la belle société, on raisonne différemment : ou se donne un meuble, un bijou, une étoffe qui plaît, pourquoi ne se donnerait-on pas aussi ud téte-à-tète avec un artiste dont les productions nous plaisent ; on se déguisera , on s'environnera de mystère , Tartiste se laissera prendre à tout cela... les gens d'esprit setlaîssent si facilement attraper! et puis, la curiosité une fois satisfaite , comme le cœur n'a été pour rien dans l'aventure, on ne donnera plus de ses nouvelles , et le pauvre

artiste en sera pour ses souvenirs et ses espérances^

Après tout, il faut être bien sot pour s'occuper d*une femme qui ne s'occupe pas de nous, qui se conduit avec si peu de politesse. Décidément, je ne veux plus songer à mademoiselle... ou madame Adèle!... qu'elle soit ce qu'elle voudra ! que m'importe?... N'en ai-je pas obtenu tout ce que je pouvais désirer?... A ma place, beaucoup d'hommes seraient même satisfaits que cela n'ait pas été plus loin: mais je ne pense pas ainsi ! Qu'est-ce qu'un bonheur qui ne doit pas se renouveler?... Vous me faites goûter d'un fruit délicieux, et vous ne voule2 plus que j*y touche!... il y a des gens qui vous diront : c Vous en avez goûté, et c'est c toujours la même chose, i C'est possible , mais du moins laissez-moi m'en rassasier.

Quinze jours s'écoulent, puis encore une semaine.. «et point de letlre, aucune nouvelle... Oh! c'est bien fini, maintenant, je n'entendrai plus parler de cette dame, je veux n'y plus songer... et chaque fois que je rentre ou que je sors, je questionne ma portière... et lors-

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