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Niccolo dell'Abbate; étude

Tiraboschi pense qu'il reçut de son père, Giovanni dell' Abbate, modeleur de crucifix en stuc, les premières notions de l'art, et qu'il dut se perfectionner en travaillant avec le célèbre sculpteur Begarelli, son compatriote, et avec le Gorrége. Mais ce sont là des suppositions dont la vraisemblance ne vaut pas le moindre document. On a dit aussi et répété que Le Primatice avait été son maître, et on a voulu expliquer ce nom de dell' Abbate par 'le rapprochement des deux noms : Niccolo scolarc dell' Abbate Prinuilim'u. Ces arrangements ingénieux tombent devant le fait bien constaté que le

4. Cette biographie de Niccolo, destinée à faire partie, sous forme d'appendice et avec d'autres travaux du même genre, de la notice des dessins du Louvre, sera trouvée, nous le craignons, bien longue pour un simple catalogue. Nous nous enhardissons cependant à la donner ici telle que nous l'avons écrite, espérant que quelques personnes y retrouveront avec plaisir certains détails sur les plus belles peintures du palais de Fontainebleau, détails dont la réunion nous a paru utile.

Niccolo et Primatice, par leurs beaux ouvrages, par leurs longs travaux sur cette terre de France, par l'influence toute-puissante qu'ils ont exercée sur les artistes de notre pays, ont droit à toute notre considération et à tout notre respect, et nous devons

NICCOLO DELL* ABBATK.

père de Niccolo portait comme 8on fils le nom d'Abati ou de delP Abbate, et que cette famille était depuis longtemps connue à Modène.

Niccolo fut, dit-on, d'abord soldat. Mais il est probable qu'il ne suiv it pas longtemps la carrière des armes, puisqu'en 1537, à l'âge de vingtcinq ans, il aidait Alberto Fontana dans l'exécution des fresques qui décoraient les boucheries de Modène. Neuf ans plus tard, en 1546, il peignait, encore en compagnie du même artiste, dans le Palais Public. Mais cette fois les rôles étaient intervertis, car le Fontana ne peignait plus que les ornements, et Niccolo était chargé des tableaux principaux qui avaient pour sujets : Brutus faisant approvisionner Modène, le Triumvirat... etc. Sur une cheminée il représenta les travaux d'Hercnle.

En 1547, il était encore à Modène, et peignait à l'huile pour le maltreautel de l'église Saint-Pierre le fameux tableau du martyre de saint Pierre et de saint Paul, lequel passa dans la galerie d'Esté. On le voit aujourd'hui à Dresde, et il se trouve gravé par Folkema. Tiraboschi énnmère avec soin d'autres peintures faites par Niccolo dans sa ville natale , et qui n'existaient déjà plus de son temps. On cite aussi de sa main plusieurs décorations importantes dans divers villes et bourgs du duché de Modène, à Reggio, à Sas9uolo, à Scandiano. Les fresques dont il orna ce dernier château, par ordre du comte G. Bojardo. sont les plus célèbres. Sous un portique il avait peint des sujets tirés du poëme de l'Arioste, et dansun cabinet douze tableaux correspondant aux douze chants de l'Enéide.

nous enorgueillir de celte magnifique hospitalité qui leur a été offerte par les rois de France, et qui lour a donné droit do cite parmi nous.

L'école do Fontainebleau a été depuis quelques années traitée avec un dédain qui nous paraît tout à fait immérité. Nous nous étonnons, pour n'en citer qu'un exemple, de l'appréciation bien légère que fait de ces nobles artistes M. Yitcl dans son étude sur Lcsucur, travail qui contient cependant d'excellentes parties. Le Primalice et Niccolo méritaient, nous le croyons, un autre éloge que celui d'tnw'r été tolérants, de n'avoir pas tU fanaliipifs de MicAel-Ang». Est-ce bien aussi aux superbes décorations de la salle de Bal, do la galerio d'Ulysse et de la chambre d'Alexandre que s'applique ce mot de lourdes imvnthns?

Élève du Bagnacavallo à Bologne, aide de Jules Romain à Mantoue, Le Primalice se rattache directement a l'école romaine; ses principes et ceux de son célèbre collaborateur Niccolo étaient précisément Topposé de ceux des maladroits imitateurs du grand Michel-Ange; leur style se ressentait fans doute des défauts de leur temps, mais il n'avait rien du style un peu sauvage du Rosso, maître aussi dangereux qu'habile. Les exemples qu'ils ont donnés aux artistes français étaient ceux d'un goùl élégant et élevé, et n'auraient produit que de bons fruits s'ils avaient été fidèlement suivis. D'ailleurs leurs leçons ont-elles été si stériles? N'est-ce pas dans le goût italien et dans l'Ecole de Fontainebleau elle-même que Jean Goujon , Germain Pilon et tant d'autres ont puisé leurs formes et leur style?

Ces dernières compositions, détachées de la muraille, ont été transportées avec grand soin au palais ducal de Modène. On les a gravées au trait en 182J.

Des travaux si heureux et si considérables durent mettre en relief les talents de notre artiste, et sa réputation le fit appeler à Bologne. Tiraboschi pense qu'il ne s'établit en cette ville, où il fut chaleureusement accueilli, qu'après 15A0. Il ne nous parait d'ailleurs nullement impossible que Niccolo eût précédemment fait plusieurs voyages et travaillé de son art à Bologne et dans les environs.

Les fresques du palais Torfanini, de Bologne, ont eu une très-grande réputation. Elles ont été admirées et étudiées par les Carraches, et leur perte est d'autant plus regrettable, qu'elle est, autant que nous sachions, entière, et qu'il n'en existe aucune estampe. Les sujets avaient nne grande analogie avec les peintures de Fontainebleau. C'était l'histoire de Tarquin le Superbe en seize grands tableaux : les termes des Dieux et des Déesses peints en clair-obscur se trouvaient mêlés aux détails de la décoration que complétaient sans cloute les grotesques et les ornements en stuc. Il eût été fort intéressant de comparer ces compositions, où tout appartenait à Niccolo, avec celles qu'il exécuta plus tard en France d'après les dessins et sons la direction du Primatice. On eût saisi facilement les nuances qui distinguaient le génie de chacun de ces maîtres , dont l'association devint quelques années après si complète et si intime.

Toutes les peintures du palais Poggi, devenu depuis palais de l'Institut de Bologne, n'ont pas encore péri. Une frise représentant des jeunes hommes et des jeunes femmes jouant aux cartes, faisant de la musique ou se livrant à d'autres divertissements, a été gravée dans le volume des peintures de l'Institut de Bologne (Venise, 1756, in-fol.). On ne peut se lasser d'admirer cette composition pleine de charme et de naturel. Une fresque représentant la Nativité de Notre-Seigneur peinte sous le portique du palais Leoni, reçut aussi les plus grands éloges de divers écrivains. Elle existe encore , mais dans un assez mauvais état de conservation , si nous devons croire le plus récent historien des peintres italiens, M. Rosini. Elle a été gravée par J. M. Milelli.

Niccolo dell' Abbate se rendit de Bologne en France où l'appela le roi Henri II. Ce fut au Primatice qu'il dut cet honneur. Celui-ci, établi à Fontainebleau dès 1631, avait-il connu notre Niccolo avant cette époque? Avant de quitter l'Italie, il s'était arrêté plusieurs années à Mantoue, et y avait aidé Jules Romain. Niccolo dans ses premiers voyages, soit comme soldat soit comme artiste, s'était-il trouvé avec lui à Mantoue? Mais Niccolo était bien jeune alors, et ne pouvait encore vraisemblablement

donner que des espérances. Pendant son court séjour en Italie, en 1540, Le Primatice était-il passé àModène ou à Bologne et y avait-il vu quelque ouvrage de la main de notre artiste dont il était resté frappé? Ou enfin la réputation croissante du peintre du Modène était-elle arrivée de Bologne en France? Nous ne saurions dire laquelle de ces conjectures est la bonne. Mais il est indubitable que Niccolo était établi à la cour de France en mai 1552, qu'il y avait déjà fait ses preuves en peignant le portrait du roi et de la reine, qu'une pension lui était allouée, et qu'il faisait venir de Bologne sa femme et ses fils.

Depuis son arrivée en France jusqu'à sa mort, Niccolo couvrit de ses fresques d'immenses pans de murailles. Il devint le bras droit du Primatice, le traducteur élégant et fidèle de ses poétiques conceptions. Renonçat-il donc absolument à travailler sur ses propres idées pour se faire l'instrument d'un autre ? Rien ne nous autorise à l'affirmer, et il nous parait peu probable que l'invention ait été entièrement abandonnée par un peintre si renommé par ses travaux précédents. D'un autre côté, il est certain qu'un grand nombre des compositions peintes à Fontainebleau l'ont été sur les dessins du Primatice. Les premières pensées en sont parvenues jusqu'à notre époque, et le Louvre en possède quelques-unes. La tradition d'ailleurs est constante, et les historiens en décrivant les peintures de Fontainebleau s'accordent à donner la composition au Primatice et l'exécution à Niccolo. Peint à frais par messrre Mcralo sur le dessin du seigneur de Saint- Martin, dit à chaque instant le Père Dan.

Les choses en sont venues à ce point, les deux artistes savaient d'ailleurs si habilement mélanger leurs travaux, que soit parmi les peintures qui ont résisté à l'action du temps et des hommes, soit parmi celles qui ont succombé, il nous est bien difficile de désigner un morceau qui soit exclusivement de l'un ou de l'autre '. La plus grande partie des compositions est certainement du Primatice, mais Niccolo est toujours cité comme ayant exécuté, ou comme ayant dirigé l'exécution. Le Primatice étaitsurintendant

t. Nous croyons cependant pouvoir citer comm? étant entièrement de la main du Primatice les peintures qui ornent la cheminée du Salon de François 1". La Salamandre, qui orne celte cheminée exclut la possibilité d'y voir un ouvrage de Niccolo. Le sty le éloigne d'une manière non moins certaine toute, idée d'y mettre le nom du Rosso.

Le médaillon principal , encadré d'ornements de stuc, est de forme ronde. Il parait représenter Vénus et Adonis assis et se donnant la main. Près d'eux, l'Amour, un génio tenant uno torche, et un vieillard. A l'entour du médaillon, et dans les angles d'un cadre rectangulaire en stuc qui le renferme, sont peints quatre enfants tenant des torches. Toule9 ces figures, de petite proportion, *ont d'une grâce exquise et d'une n agi-, traie élégance. Elles nous semblent assez bien conservées.

des bâtiments,et l'on sait que sous les Valois ce n'était pas là une sinécure. 11 est donc permis de penser que depuis l'arrivée de Niccolo, il peignit rarement de sa main. Hais il serait déraisonnable de supposer que cela ne lui arriva jamais. Il nous semblerait également peu sage d'affirmer que Niccolo n'eut aucune part à l'invention des célèbres décorations de Fontainebleau.

Les comptes du temps ne nous paraissent pas jeter une grande lumière sur la question que nous venons d'agiter. Nous possédons le précieux traité intervenu entre messire Francisque Primalicis... et Nicolas de VAbbay, maistre pai/Ure, pour l'exécution des peintures de la galerie d'Ulysse (Renaissance des arts, par M. le comte de Laborde, page 478), et nous y voyons que si l'on demande à Niccolo des grotesques en forme defrizes à raison de h escus sol pour chacune desdites frizes, des trophées, frizes et grotesques pour les onze fenêtres, moyennant six escus pour chacune desdites fetxestres, on lui fait aussi des commandes plus importantes. Ainsi il s'engage à peindre cinq tableaux pour chacune des cinq cheminées, et à achever le bout de la galerie... de toutes histoires, figures et grotesques qui lui seront ordonnés par ledit abbé de Saint-Martin.

Ces derniers mots, si nous ne nous trompons, indiquent plutôt une direction supérieure qu'une coopération de chaque instant ; une certaine liberté nous parait avoir été réservée à Niccolo qui promettait d'ailleurs de faire et par faire bien duemettf, au dit d'ouvriers, tous ces travaux.

Tiraboschi, d'après Forciroli, nous apprend que le salaire annuel de Niccolo était de mille érus, qu'en outre tous ses travaux lui étaient largement payés, et qu'en témoignage de satisfaction on lui donna une chaîne d'or d'une valeur de 300 écus ; que de cette façon enGn il devint riche.

Il nous serait bien difficile aujourd'hui de préciser la somme qu'exprimaient dans la pensée de Forciroli, lequel écrivait à lafin du xvi* siècle, les mots : mille scudi. Il nous paraît présumable qu'il faut entendre simplement mille livres. Le salaire du Primatice,en 1550, était de 1 200 livres, et celui de Niccolo devait être inférieur. Les comptes qui ont été publiés ne nous fournissent du reste aucun renseignement sur les appointements fixes que recevait chaque année notre artiste , mais ils confirment la seconde assertion de Forciroli; à savoir, que ses travaux lui étaient payés à part. Ils sont en effet remplis de détails à ce sujet.

Dans l'impossibilité où nous sommes de citer parmi les décorations de Fontainebleau les ouvrages particulièrement exécutés par Niccolo dell' Abbate, nous présenterons ici, soit d'après les comptes, soit d'après les historiens, soit d'après la tradition, la liste des peintures dont l'invention

est ordinairement donnée au Primatice, et qui ont été exécutées sous ses ordres. Il est certain que Niccolo contribua pour une large part à d'aussi beaux travaux.

1* Galerik de François I". Cette galerie ne peut être ici citée que pour mémoire, puisqu'elle est pour la plus grande partie l'œuvre du Rosso, mort en 1541. Il est certain cependant que cette galerie fut terminée par Le Primatice, qui en changea quelques parties. Mais, quoique nous ne puissions préciser la date de l'achèvement, nous croyons que tout devait être fait avant 1552, époque de l'arrivée de Niccolo en France. En conséquence, cet artiste doit être exclu de la liste des peintres de cette galerie. Elle existe encore, et H. Couder, membre de l'Institut, en a commencé la restauration. Les 14 ou 15 grands tableaux qui la décoraient et dont 13 sont encore visibles, étaient des allégories à l'honneur de François I", ou des sujets mythologiques \

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