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CHAPITRE XLIII

Coup d’œil final. — Les Salons. — La Préfecture.

La Société de Nice, autrefois, n’était pas mélangée. Il y avait une hiérarchie des salons qui se maintenait avec rigueur. Ce qui n’était pas un mal, loin de là ! Aujourd’hui, elle est très mélangée, et quel mélange ! Et de la hiérarchie n’en parlons plus.

Mais a-t-elle toujours été ce qu’en disait Gabriel Charmes : « une ville méridionale dans toute la force du terme: ardente, passionnée, prompte aux violences, dans laquelle les réputations s’élèvent avec une facilité étonnante et croulent avec une rapidité vertigineuse. »

Pendant de longues, longues années, la vie des salons et des cercles privés fut brillante, pleine d’éclat. Dès 1859, Burnel disait : la ville de Nice prend chaque jour une importance plus grande, elle est devenue, avec Naples, Rome et Elorence, un des salons d’hiver de la haute Société Européenne. Les rois, les reines, les princes, les princesses, les grands ducs, les grandes duchesses y viennent séjourner habituellement. Le lecteur a pu déjà s’en rendre compte, mais la liste n’est pas close encore. Je citerai donc au hasard de la plume les salons de : la comtesse Batjany. la comtesse Predjeska conservant tout le charme de la jeu-

nesse, la princesse Dolgorouky, la princesse Troubetzkoï, la comtesse de Montalivet, la comtesse de la Sizeranne, de Mmes : de Pau, d’Audiffret, de Mme Patton, femme du consul de Russie, comtesse Branicka, dans sa splendide villa de l’Olivetto, Mmes Skariatine, Bounin, Tiranty, M. Rambourg, de la vicomtesse Vigier où le chant et la danse étaient en honneur en sa villa vénitienne ; de Mme Sabatier, depuis Mme Aubaret, dans la belle villa Emilie, détruite aujourd’hui et remplacée par une maison de rapport. La vicomtesse de Bernis secondait sa mère et recevait avec elle la foule des invités. Ces dames jouaient la comédie à ravir, aussi les spectacles étaient-ils fort attrayants. Les salons de la comtesse de Luserna. Le comte de Luserna organisait dans la splendide galerie de la villa Albertina à Cimiez, de fastueuses réceptions et des spectacles, des concerts, des bals, déployant un luxe inusité. Toute la haute société s’y rendait avec empressement. Puis, les salons de l’accueillante comtesse de Montessus de Ballore. secondée par ses filles : la comtesse de Quincey, la comtesse de Souza, mère de Robert de Souza, le poète et l’écrivain hautement apprécié, et la baronne de Wykerslooth.

Puis, les bals-réceptions chez lady Caithness, duchesse de Pornar, toujours costumée en Marie Stuart, dont elle se disait l’incarnation et trônant en spirite convaincue. Elle recevait debout ses invités près d’une table sur laquelle se dressait un grand crucifix. On y dansait beaucoup.

Les réceptions chez : l’aimable Mme Larrev en sa luxueuse villa du Montboron, chez: Mme Thompson, en sa belle résidence des Baumettes, M. Butterfield, la baronne de Maer, la comtesse d’Aspremont au château d’Aspremont à l’aspect moyennageux et précédemment dénomme la Tour Audiffret où avait reçu la belle Mme Audilïret, de gracieuse mémoire. Chez : la comtesse Giurkv, la belle Mme Orlay de Carva, baronne Van Zuylen, Mmes Howard, Harris, lady Dundas, princesse Soutzo, princesse Galitzine, lady VVood, la baronne d’Adelsward, la princesse Joseph Lubomirska, femme charmante de belles manières et bien plus princesse que son mari n’était prince, quoi qu’elle fut

de petite maison, mais fort riche; Mmes d’Auzac, Evans, comtesse d’Achiardi, comtesse de Clavezanna, comtesse de Cessole, Mlle Mathilde de Cessole, très en vue par sa beauté, son originalité indépendante, bruyante et médiocrement affable ; plus redoutée qu’aimée. La baronne de Bucamp, Mme Batourine, femme du consul de Russie, la marquise de Saint-Aignan, Mme Bourée, femme d’un ambassadeur de France, comtesse de Bresson, baronne de Colobria, comtesse Kessler. Chez la comtesse Boexhowden qui mourut à Nice en sa villa des Baumettes, très retirée, alors, mais toujours excentrique. C’était une Américaine, fort belle dans sa jeunesse. Elle avait inspiré une grande passion à un seigneur russe qui l’avait rencontrée dans le monde à Nice même. Le comte Boexhoewden la demanda en mariage, elle refusa, voulant conserver sa liberté. Et, comme elle entreprenait souvent de lointains voyages, le comte la suivit partout ne pouvant vivre sans elle. Cela dura trois ans, mais un beau jour, la belle Américaine, impatientée et toujours originale et fantasque, dit à son adorateur :« Vous m’obsédez, et je ne vois qu’une manière de me débarrasser de vous, c’est de vous épouser ». Ce qu’elle fit d’ailleurs. Or, lorsque je la connus plus intimement, je constatai que lui était souvent en Russie quand elle était à Nice ; et elle à Paris quand il était à Nice. Le procédé avait donc réussi à la désinvolte et spirituelle Américaine.

Je continue la tournée des salons : chez la comtesse de Dampierre, la générale Klapka, Mme de Nagornoff, Mlle Anderson, marquise de Villeneuve, la marquise Centurone, bonne et aimable femme du consul d’Italie, la comtesse d’Ormesson, née de la Guéronnière, comtesse de Vesins, Mmes Goulkewitch, d’Anossoff, Prodg'ers, Ilutchins, baronne de Véraillon, Mme Howard, Miss Spang, comtesse Starzinska, Mme Macario, musicienne remarquable et femme d’un célèbre médecin, le docteur Macario ; sa fille Mme de Flacourt ; la comtesse Gurowska de Weczèle. Rappelons rapidement, une fois encore les réceptions chez Mmes Conneau, Desjoveaux, chez la comtesse de Chambrun, où j’entendis pour la première fois le violoncelliste Servais et le violoniste Sarasate, artistes in-

comparables, Planté, qu’on a compare, comme exécutant à Rubinstein, et qui eut la chance rare, pour un artiste, de naître millionnaire ; puis la charmante violoniste Térésina Tua. Chez la comtesse de Chambrun, les soirées étaient très recherchées quoiqu’un peu mêlées, et toujours avec beaucoup de prétention à l’esprit.

Anonymement, je crois bien que dans son livre sur Nice, Gabriel Charmes a dépeint ainsi la maîtresse de la maison poétesse toujours dans les régions’ éthérées. Je cite : « Elle donne des soirées fort suivies où l’on s’amuse beaucoup jusqu’à l’heure où la poésie commence. Alors, on voit la maîtresse de la maison s’avancer au milieu du cercle des invités ; elle est en robe blanche, derrière elle se tiennent deux harpistes qui doivent accompagner la déclamation dé ses vers de leurs accords discrets, comme les orateurs antiques faisaient parfois soutenir leur voix par le son d’une flûte. J’ignore ce que valent les paroles et la musique ; la plupart des auditeurs que j’ai consultés à ce sujet avaient été tellement frappés du tableau lui-même, qu ils n ont plus fait attention aux œuvres qu’il était destine a faire valoir ». Voilà ce que disait Charmes — n’approfondissons pas.

Mais, je reprends encore les réceptions chez : Mme Basilewesky qui recevait villa Francia, boulevard Victor- Hugo, aujourd’hui remplacée par un gratte-ciel, Mme d’Arnoldi en sa luxueuse villa du Montboron. Mme de Kronnenberg.

Chez Mme Henri Germain, femme de beaucoup d’esprit, ayant un salon brillamment fréquenté, je l’ai déjà dit. Les noms les plus illustres dans les lettres, les sciences et les arts et la politique s’y rencontraient. M. Henri Germain, un des hommes les plus éminents de notre époque, fut le fondateur du Crédit Lyonnais, nul ne l'ignore. Il ne faisait dans les salons de sa femme que de courtes apparitions.

La musique à ces réceptions était toujours en grand honneur. La fille aînée, Mlle Henriette Germain, aujourd’hui Mme Fabre Luce, femme très remarquable comme culture intellectuelle, quoique fort jeune, secondait sa mère de son élégante et jolie personne. Sa sœur, la baronne Brincart, également remarquable, et le frère, M. André

Germain qui a publié des écrits de valeur. Quelles réceptions et qu’elle merveille que cette propriété L’Orangine ! Quel magnifique cadre que Cimiez !

Je continue : réceptions chez Mme Bashkirtseff, mère de Marie Bashkirtseff ; chez la générale de Castex, femme de lettres très appréciée et très recherchée, j’y fis la connaissance du prince Henry de \ alori, qui collabora a mon journal. Ecrivain de beaucoup de talent, érudit, poète délicat, mais esprit agressif, sarcastique, aigr-i jusqu’à la haine, par la mauvaise fortune implacable. Il végéta d’abord dans le grand monde, s’y fit beaucoup d’ennemis, découragea ses amis et mourut obscurément et délaissé. Je rencontrais aussi M. Stéphen Liégeard, cet homme du monde accompli, ce grand seigneur de Lettres, cet écrivain de haut style, ce poète inspiré des Grands Cœurs, et l’auteur de ce bel ouvrage sur notre littoral, La Côte d’Azur.

Je cite encore les réceptions chez la baronne de Robécourt. Les réceptions musicales chez M. de Coppet et chez Mme Desprez, chez le comte de Varesquiel qui donnait de brillantes fêtes sur son yacht, chez la princesse Youriewshy, qui vit assez retirée en sa villa du boulevard Dubouchage, réceptions priées.

Parlerai-je du prince de Hatzfeld et du duc de Dino. L’un et l’autre clubmen beaux joueurs. Le même soir, à Monte-Carlo, le prince gagna 200.000 francs, le duc 150.000 francs. Beaux joueurs, heureux joueurs !

Or, je veux et je dois parler aussi de Gordon Bennett, ce milliardaire excentrique qui recevait sur son yacht. Grand vovageur et grand buveur (!), il n’était jamais bien lucide, et souvent se livrait à des boutades inimaginables. Un jour, en sortant de chez Rumpelmayer, le grand pâtissier, il dit à une vieille dame, qu’il ne connaissait pas, et qui tranquillement prenait son thé : « Vous avez une figure à rester chez vous ». Une autre fois, ayant invité deux très grandes dames à faire une promenade en yacht; soudain, la mer étant devenue houleuse, les dames effrayées poussèrent quelques cris : « Si vous ne vous taisez pas, leur dit-il, je vous f... dans la mer ». 11 oscillait cependant, tout en débitant ces galanteries de son cru.

Puis, voici d’autres réceptions : chez Mme du Terrail, femme du colonel du Terrail, fondatrice des Jeux Floraux à Nice, femme d’esprit et musicienne accomplie. Les concerts chez le maestro Gelli, les réceptions chez le comte Emeric du Chastel, écrivain et musicien distingué; chez Mme Nicolas Xantho, femme du monde d’une rare élégance, de beauté réputée et d’une haute intelligence; M. Nicolas Xantho fut président du Cercle de la Méditerranée lors de son apogée. Il est aussi fondateur du Golf Club de Nice. A la promenade des Anglais, on admirait leurs splendides attelages souvent conduits par Mme Xantho, avec une maîtrise de noble allure et une impeccable correction. Leur fille est aujourd’hui la princesse A. de Broglie. Charmante jeune femme d’un éducation supérieure et admirablement douée. Ajoutons que la propriété Xantho est une des plus belles de Nice.

Les salons de Mme Pollonnais, femme du maire de Villefranche. Tous les dimanches pendant de très longues années, l’un et l’autre réunissaient de nombreux convives à leur table, et, en matinée, une foule de visiteurs dans leur merveilleuse propriété du Cap-Ferrat. On y faisait de la bonne musique ; un des fils, M. André Pollonnais étant un compositeur de réel talent et qui a fait ses preuves. On entendait, dans ce salon, les plus grands artistes lyriques de passage sur notre littoral ; et Mme Pollonnais a laissé une réputation justifiée de bienveillance et de charité.

C’est donc chez elle que je connus Mme Rouvier, Claude Vignon, qui avait acheté une petite villa à Saint-Jean. Encore une fort belle personne, bien qu’elle fut d’un âge mûr. Elle avait, d’ailleurs, été très réputée pour sa beauté. Son talent d’écrivain et sa valeur de sculpteur étaient très appréciés. A Saint-Jean son Pêcheur Accroupi, orne le joli petit port méditerranéen. Claude Vignon avait découvert M. Rouvier jeune et dans une très modeste position ; elle s’intéressa à lui, l’épousa et, l’ayant jugé un homme de grandes ressources, elle le dirigea dans ses vues ambitieuses, après l’avoir aidé intellectuellement, et de sa notoriété et de toute l’énergie de son dévouement. Il devint alors l’homme qui occupa une position prépondérante dans son

pays, en France. Plus tard, quand la maladie et le temps eurent fait leur œuvre de destruction, le mari jeune encore (il avait dix ans de moins qu’elle) oublia son Egérie. Ainsi va l’humanité — l’humaine nature !...

Puis, la série des réceptions continue.

Citons tout spécialement le salon de la comtesse de Reculot, femme du comte de Reculot, ministre plénipotentiaire et sœur du fameux marquis de Caux, premier mari de la Patti. Chez la comtesse de Reculot les réceptions étaient splendides dans son bel hôtel du boulevard Dubouchage. On y dansait et surtout on y chantait. L’admirable voix de la maîtresse de la maison, voix qu’elle a conserve presque jusqu’à la fin de sa vie, tenait sous le charme ses invités.

Le comte de Reculot en raison de sa santé, ne paraissait jamais à ces réceptions. Dans l’intimité, c’était un fin causeur fort érudit.

C’est lui qui m’affirma avoir rencontré à Londres, après sa condamnation, le duc de Choiseul-Praslin de sinistre mémoire. On se souvient qu’en 1847, le duc commit un horrible crime. Il assassina, dans des circonstances particulièrement odieuses, sa femme, la duchesse de Choiseul-Praslin, fille du maréchal Sébastiani.

Ce duc, pair de France, convaincu d’avoir lâchement tué sa femme, et avec préméditation, fut condamné à la peine de mort. Le lendemain, on apprenait que le duc s’était empoisonné dans sa prison. Le peuple eut des doutes, et murmura, n’admettant pas, avec raison, qu’on pût faire évader un criminel, parce que grand seigneur. On avait cependant démenti officiellement le bruit de son évasion, on avait même fait constater le décès. Néanmoins, une personne avait déclaré que le visage était tellement noir et défiguré qu’il était impossible d’y constater une ressemblance. Donc, le comte de Reculot m’affirmait avoir rencontré, à Londres, ce du*c de Praslin, et qu’il connaissait le nom du notaire chargé de lui servir des rentes. Or, Mme Judith Gautier dit qu’un jour de brume épaisse, Mario de Candia, l’illustre chanteur, étant à Londres, marchait rapidement, il

se heurta soudain à un homme qui venait en sens inverse. S’arrêtant aussitôt pour s’excuser, il ne fut pas mediociement étonné de s’entendre interpeler par son nom. Avant que, remis de sa surprise, Mario eût pu le joindre, l’homme avait disparu dans la brume. Ce court instant lui avait pourtant suffi pour distinguer les traits de 1 étranger, et Mario eut la certitude d’avoir rencontré, ce soir-là, sur le pont de Londres, le duc de Choiseul-Praslin.

Chez la comtesse de Reculot, on voyait souvent la haute stature d’un très fidèle hivernant, le baron Ralph Schropp, écrivain de haute valeur, grand chasseur de race, et collectionneur renommé. Il possédait une des plus remarquables collections de tableaux anciens, hélas ! vendue aujourd’hui aux enchères car elle aurait pu revenir au Musée de Nice.

Passons au salon de la princesse d’Essling, alors duchesse de Rivoli. Des membres de l’aristocratie se groupaient autour d’elle, toujours très bonne, toujours souriante, empressée auprès de ses visiteurs, et cependant toujours très occupée de sa nombreuse famille, dont sa fille, Mlle Rose d’Elchingen, depuis duchesse de Camastra, constamment près d’elle, était un attrait des plus sympathiques par le charme de sa beauté et de sa grâce.

Mais, la mort est venue fermer les portes de ce somptueux Palais Masséna, tout de pur style Ier Empire, et véritable musée d’œuvres d’une authenticité incontestable (aujourd’hui Musée Masséna).

La clinique chirurgicale de Cimiez, nul ne l’ignore, est une fondation due à la générosité de la princesse d’Essling.

Le duc de Rivoli, prince d’Essling, lui, était dévoué aux intérêts de Nice où il soutenait l’honneur de son nom. Très instruit, il écrivit des ouvrages de recherches patientes et savamment documentés, notamment sur les missels et les livres à figures vénitiens du xve et du xvie siècle.

Très souvent, S. M. l’Impératrice Eugénie venait rendre visite au Palais Masséna, et de nombreuses et hautes personnalités s’y rencontraient. J’y ai connu S. A. I. le duc Georges de Leuchtenberg, mort lui aussi, il y a peu de temps. Figure d’Altesse très intéressante et dont le souvenir

est présent à la mémoire. Chaque hiver on le revoyait toujours avec plaisir. Il était beau et de hère prestance, fort sympathique et d’un commerce doux et charmeur.

Et la Préfecture ? En remontant au premier préfet français, je cite par ordre : En 1860, MM. Paulze d’Ivoi, Louis Gavini, 1861-1870 ; Pierre Baragnon, 1870 ; Noël Blache, 1870; Marc Dufraisse, 1870; Oscar Salvetat, 1871 ; marquis de Villeneuve-Bargemon, 1871 ; Albert Decrais, 1876 ; Henri Darcy, 1876 ; Henri Doniol, 1877 ; comte de Brancion, 1879 ; Lagrange de Langres, 1882 ; M. Anatole Catusse, 1885 ; Arsène Henry, 1887 ; qui occupa son poste à Nice jusqu’en 1897.

Enfin je rappellerai les beaux jours de la Préfecture, les plus marquants : d’abord sous le préfet de la fin du second empire, M. Gavini, fonctionnaire éminent, et dont la femme, spirituelle, originale et d’une rare activité, donnait à la Préfecture une animation extraordinaire; la plus belle époque, dirai-je. Puis, j’en passe, et j’arrive à M. Lagrange de Langres, préfet portant beau et d’allure imposante. Mme Lagrange de Langres était une préfète au port noble, et très accueillante. Mais les réceptions ont moins d’éclat. Elles reprennent leur splendeur, ensuite, avec le préfet, M. Catusse. diplomate grave et froid, et la préfète fort jolie femme, douée d’une voix de mezzo soprano vibrante et chaude.

Il me souvient qu’à la première visite que je fis à Mme Catusse, l’inamovible et représentatif huissier Arditto me dit, au moment de m’annoncer : « Quelle bonne fortune pour la Préfecture, nous avons une préfète chantante ! (sic).

A côté de Mme Catusse, et avec elle souvent, on applaudissait la voix pure et cristalline de Mme Jules Maillet, la charmante femme de M. Jules Maillet, alors Procureur de la République, à Nice. Cet homme affable, plein de courtoisie, ce parfait magistrat, mort tout récemment conseiller à la cour de Cassation. Il a laissé à Nice d 'ineffaçables souvenirs ! Mme Maillet, née Belval, est fille de M. Belval, célèbre chanteur de l’Opéra et sœur de Mme Vianesi, grande cantatrice et femme de l’illustre chef d’orchestre Vianesi.

Après M. Catusse, vint M. Henry, préfet brillant, spirituel, lettré et fort habile.

Mme Henry était une femme du monde grandement bienveillante et d’une correction absolue.

Mais, aujourd’hui, Nice est devenue un immense caravensérail où les vestiges de l’ancienne Société se perdent, submergés dans le flux et le reflux d’un monde cosmopolite qui n’a rien d’intime ni de fermé.

D’abord, on ne reçoit plus chez soi.

Pour un déjeuner ou un dîner, on invite à l’Hôtel ; pour une réception, à l’Hôtel ; pour un bal, à l’Hôtel ; pour simplement une tasse de thé, à l’Hôtel ; fiançailles, mariages, à l’Hôtel. L’Hôtel et les Sports ont désagrégé la Société. C’est comme la promenade des Anglais, aux heures élégantes et aux jours de courses on ne voit que des autos criardes, beuglantes même, qui enfument et empestent, occupées par des hommes semblables à des ours et des femmes affublées comme pour de grossières mascarades. C’est ce genre de sport qui l’exige. Comment les femmes coquettes ou ayant seulement le sens de l’esthétique, et les hommes celui de l’élégance, ont-ils pu renoncer aux voitures de belle coupe et aux attelages de haute allure ? Tout occupant, même médiocre, y a grand air. La dignité de la tenue est de rigueur, tandis que l’automobile vous entraîne à un laisser-aller sans distinction aucune.

L’automobile, la vie d’hôtels, les sports et les dancings sont la mort des salons où la causerie, la musique et la danse, pas celle d’aujourd’hui, oh, non ! constituaient la véritable vie mondaine.

Petites Notes Complémentaires

Page 7. — La Comtesse de Genlis, née Ducrcst de Saint-Aubin, en 1 746, morte à Paris en 1830 ; institutrice des enfants du Duc d'Orléans Philippe-Egalite, dont 1 aine fut le roi Louis-Philippe, et aussi de la Princesse Adélaïde; ce qui ne l’empêcha pas de recevoir de Napoléon Ier un logement princier b la Bibliothèque de l’Arsenal et une pension de dix mille francs. Joseph Bonaparte lui fit aussi une pension de dix mille francs. Elle a publié plus de 80 ouvrages. Lorsqu'elle vint à Nice, elle avait 24 ans; douée d’une physionomie charmante et d’un esprit pétillant.

S. A. R. la Duchesse de Chartres (1753-1821) était la femme de Philippe-Egalité; elle était née Bourbon-Penthièvre.

Page 10. — Laurenti : ancienne famille noble actuellement éteinte. Un décret du 10 décembre 1832 autorisa Stefano-Vitagliano, comte Laurenti de Nice, d’ajouter à son nom celui de Roubaudi. Les Laurenti furent co-propriétaires des terres de Cavallerleone (Saluzzo) en 1715, de Lovansito (Turin)' en 1597, de Vcnanson (Nice) 1757.

Page 15. — François-Honoré Spitaliéri- de Nice, investi du titre de Comte de Cessole (Alba), le 23 mai 1775. Le comte Hilarion de Cessole, fut président du Sénat de Nice, où il était né le 17 décembre 1776 et où il mourut le 11 octobre 1845.

Page 20. — Le Comte G. Conestable, de Pérouse, a publié en 1851 : Vita di Nicolo Paganini, un volume in-8° contenant une intéressante biographie et le catalogue de toutes scs œuvres manuscrites.

Pige 38. — Antoine- Léandre Sardou (père de Victorien), lexicographe et écrivain, né en 1803 et mort en 1894, âgé de qr ans.

Page 42. — Lorsque vint à Nice, Napoléon III, il avait 52 ans, et l’impératrice Eugénie avait 34 ans. L’Empire était à son apogée et l 'impératrice Eugénie dans tout l’éclat de sa resplendissante beauté. Le Musée Masséna renferme deux superbes portraits en pied de Leurs Majestés, en costume d’apparat, d’après Vinterhalter, célèbre peintre (1806-1873).

page 63. — Mme Ratazzi, née Wyse (Bonaparte), à Waterford (Angleterre), en 1831 ou 1833, morte à Paris en 1902. Mariée : i° en 1849 à Frédéric Solms (qui ne fut jamais prince !); 20 en 1863 à Urbain Ratazzi; 30 en 1877 à Luis de Rute, ancien député et sous-secrétaire d’Etat en Espagne, qui mourut en 1889. Napoléon III ne voulut jamais la considérer comme faisant partie de la famille Bonaparte, et lui fit défense d’en prendre le nom, et la fit expulser de France en 1853. Voici la note que publia à cette occasion le journal La Patrie : « Un arrêté de M. le Ministre de la Police Générale a ordonné l’expulsion du territoire français de Mme Solms, se disant Comtesse de Solms, et de M. Wyse (son frère, M. Bonaparte-Wyse), tous deux étrangers; ces deux personnages prenaient, sans y avoir aucun droit, le nom de Bonaparte, et,' loin de respecter le nom illustre qu’ils usurpaient, s’en servaient, au contraire, pour se livrer à des désordres scandaleux et pour abuser plus facilement de la crédulité de ceux qui les approchaient. »

Page 73 Le Comte Gurovsky de Veczele est mort le 13 janvier 1908 ; son fils lui a succédé : cinquième Comte Gurovsky, né le 17 juin 1865; il a épousé, le i2#décembre 1900, la Baronne Hyacinthe de Hans.

Page 12 v — Sophie Cruvelli, baronne puis Vicomtesse Vigier (née Jeanne-Sophie Cruwell, dite Cruvelli), née en 1826 h Biclfeld (Prusse).

Page 136. — Mgr Sola a son portrait au Musée Masséna et sa statue à la cathédrale Sainte-Réparate.

Page 136. — Mgr Balaïn (Mathieu-Victor), né à Saint-Victor, diocèse de Viviers, le 27 mai 1828, entré dans la Congrégation des Oblats de Marie, professeur au Petit Séminaire de Vico, en Corse, puis au Grand Séminaire d’Ajaccio, supérieur à Fréjus. Sur la recommandation du cardinal Guibert, archevêque de Paris, il fut nommé évêque de Nice et sacré à Fréjus le 25 février 1878. Il devint le premier évêque d’origine française à Nice, dont le clergé, resté très italien (dit V Annuaire Pontifical Catholique de 1906), lui causa de nombreuses difficultés; il dut soutenir en Cour de Rome divers procès, dont il perdit la plupart. Promu archevêque d’Auch le 25 juin 1896. D’un caractère altier, autoritaire, il était depuis longtemps affligé du diabète, auquel étaient venue se joindre une maladie de cœur, et il mourut le 13 mai 1905. Il eut pour successeur à Nice Mgr Henri-Louis Chapon, né à Saint-Brieuc, le 14 mars 1845; vicaire général et chanoine à Nantes, élu le 25 juin 1896, sacré à Orléans le 29 septembre 1896. Littérateur érudit, orateur à la parole captivante, il a su se concilier l’affection des catholiques et l’estime de tous les partis.

Page 145. — Bertall , dessinateur-caricaturiste, né à Paris en 1820, mort à Soyon (Ardèche), en 1882.

Page 177. — Glatigny (Joseph-Albert), poète, né à Lillebonnc (Seine-Inférieure) en 1839, mort a Sevres en 1873-

Page 187. — C’est par courtoisie que l’on appelait M. Arson Comte de Saint-Joseph; ce titre appartient à la famille Giletta, qui en fut investie par Lettres Patentes du Roi de Sardaigne du 26 avril 1833, en la personne de Jean-Auguste Giletta, intendant, créé Comte de Saint-Joseph pour lui et son frère, titres transmissibles de mâle en mâle, par ordre de primo-géniture.

Page 218. — S. A. S. le Prince Albert I'r de Monaco, fils de Charles III, est né à Paris le 13 novembre 1843.

Page 230. — Mario de Candia, né en 1810, mort en 1883; marié à la Grisi née en 1811, morte en 1869.

Page 243. — Christine Nilsson, né en Suède le 3 août, en 1843, morte en 1921, à 78 ans. Débuta au Théâtre Lyrique en 1864. En 1888, elle devint Grande d’Espagne par son mariage avec le comte de Casa-Miranda, ancien rédacteur au Gaulois, député aux Cortès.

Page 267. — Comte de Ciiambrun (Joseph-Dominique-Aldebert-Pineton), né à Saint-Chély d’Apcher (Lozère), en 1821; député et sénateur, donna deux cent mille francs pour la fondation du « Musée Social ». Il est mort a Nice en 1899-

Page 269. — Le Docteur Conneau, né à Milan en 1803, mort à Porta (Corse), en 1877. Médecin de la famille impériale, député en 1852, sénateur en 1867.

Page 272. — Mme Ernst, née Amélie-Sionie Lévy, à Mutzig (Alsace), en 1834. Actrice distinguée à l’Odéon et à la Comédie- Française, auteur de plusieurs recueils de vers, de Souvenirs, et de nombreux volumes en prose; conférencière. Son mari, le célèbre violoniste Henri Ernst, né à Brunn en 1814, mort à Nice en 1865.

Page 305. — Eleonora Duse est née à Vigevano en 1859; elle a joué en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis, en Scandinavie, à Vienne, à Londres, en Allemagne, en Russie, et en 1897 à Paris, au Théâtre de La Renaissance. Mariée à l'acteur Checchi, elle s’en sépara.

Page 350. — Caravadossi: titre de Baron du 10 octobre 1770, titre de Comte d’Aspremont du 15 février 1833, transmissible de mâle en mâle par ordre de primo-géniture.

Page 356. — Sasserno (Agathe-Sophie), poétesse, née en 1814, à Nice, et y est morte le 6 juin 1860, d’une maladie de langueur ! Elle a publié : Chants d'une Jeune fiUe, 1 vol., 1838 (dédié au roi Charles-Albert); L’Ange et Minta, 1S47; Haute Combe, 1844; Chants sur l’Italie, poésies intimes et religieuses, 1846; Glorie e Svcnture, 1832, poésies françaises d’une Italienne.

Page 356. — Ranciier, né et mort à Nice (1784-1S43).

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