TERREUR NOCTURNE
A ia surprise générale, ce fut Perle-d'Or qui descendit, respectueusement soutenue par deux laquais. Elle était vêtue avec une grande simplicité, quoiqu'elle eût quitté ses habits d'ouvrière. Elle ouvrit son échoppe ,
dans la(|uelle elle pria le tondeur el sa Cemme de la suivre. Là , elle alluma le feu du réchaud, jeia de la friture dans la poêle, éplucha quelques pommes de terre, el recommanda à sou ancienne amie de bien étudier comment elle s'y prenait. Mais le tondeur et sa femme étaient plus occupés à regarder Augustine qu'à profiter de ses leçons. En effet, jamais ils n'avaient vu meilleure mine à Perle-d'Or. Elle était fraîche, reposée, engraissée, et semblait rajeunie de quinze ans. Quand elle eut frit ses pommes de terre, elle les goûta, parut satisfaite de son œuvre, et se tournant vers ses deux voisins :
— Mes amis leur dit-elle, cette boutique vous appartient. Voici un acte qui vous en transmet la jouissance viagère que j'en avais reçue. Ma rente de quatre cents livres devient
ik
également votre propriété. Je suis riclie et heureuse : il faut bien que vous ayez aussi un peu de ma richesse et de mon bonlieur.
Le tondeur et sa femme croyaient rêver.
Perle-d'Or, tandis qu'ils se remettaient de leur surprise, leur conta l'histoire de Philippe; histoire qui les jeta en de nouveaux élonnements.
— Adieu, dit-elle en embrassant le tondeur et sa femme, adieu! Vous voilà désormais en possession d'un meilleur métier que le mé- 4ier d'écorcher de pauvres bêtes.
— Écorcher ! interrompit le tondeur, blessé dans son amour-propre d'artiste. Cela ne m'est jamais arrivé, madame Augusline.
— Et il ne m'était jamais arrivé, mon voi-
sin, de m'entcndre donner de la madanie par vous, répliqua ÂugusUne à son tour.
Le tondeur se sentait presque embarrassé et confus près de son ancienne amie. Il ne répliqua pas. Perle-d'Or reprit avec aisance :
— Vous voilà marchande de friture, c'est ce que je voulais dire. Allons, chère amie, à Touvrage donc. Eh bien! prenez garde de jeter les pommes de terre dans la graisse avant qu'elle ne noircisse! Faites surtout attention à remuer la poêle comme je vais vous le montrer. Sans cela, vous ne feriez que de la mauvaise marchandise.
Elle secoua là poêle avec dextérité, remonta dans le carrosse, et retourna à l'hôtel du chambellan! Philippe vint au-devant d'elle sur le perron pour ia descendre de voiture et
pour l'embrasser; le comte, appuyé sur le balcon de sa fenêtre, lui dit quebjues bonnes paroles .
Augustine se sentait la plus heureuse des femmes
-^ 11 m'aime aussi tendrement qu'auparavant, se disait-elle.
Tout-à-coup elle remarqua que Philippe se retournait près de M. de Baumée,et tendait sa main à la main de son père : elle sentit son cœur se serrer de jalousie :
— Il l'aime autant que moi, se dit-elle; peut-être l'aime t-il plus encore ! Mais eiie écarta cette pensée comme les autres de la nême nature qui déjà lui étaient venues.
Pendant les deux premières années qu
Perle d'Or passa chez le comte de Baumée, sa vie s'écoula d'une façon tout à la fois heureuse et pénible, entre les jalousies et les extases de la tendresse maternelle. Bien souvent elle se retirait dans sa chambre pour y verser, en secret, des larmes a mères, parce que, dans ses défiances et ses préventions, il lui semblait voir que Philippe avait mis moins d'affection que de coutume dans son bonjour du matin. Elle interrogeait tout le monde pour savoir combien de temps le jeune homme avait passé chez son père? ce qu'il y avait dit ? ce qu'il y avait fait? Les réponses qu'on donnait, de quelque nature qu'elles fussent, ne lui apportaient jamais de calme et la livraient souvent à de douloureuses agitations. Si Philippe avait accordé à son père peu de temps, Augustine se disait :
— On me trompe; chacun ici par pitié me cache la préférence de mon enfant pour son père.
Si au rebours, elle apprenait qu'il eût devisé longuement assis sur le pied du lit du
comte, elle se désolait, elle se répétait avec
t désespoir : qu'il fallait qu'elle fût aveugle
pour ne pas, depuis le premier jour, avoir reconnu que l'amour de Philippe s'était changé pour elle en simple reconnaissance : il avait changé depuis le moment où 11 avait vu qu'elle n'était point sa tante, et son unique parente au monde, mais bien une simple bienfaitrice. Alors le cœur de la pauvre créature battait avec violence et en désordre ; ses yeux , gonflés à force de pleurer, ne trouvaient plus de larmes, et son visage prenait une expression de souffrance devant laquelle
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se fussentémuslcs cœurs les plus impitoyables. Le comte et Philippe, qui connaissaient et comprenaient ces sublimes faiblesses d'une tendresse absolue, les ménageaient par mille attentions affectueuses qui ne faisaient, par malheur, qu'envenimer la plaie de la pauvre femme. Avec le subtil regard de la jalousie, elle saisissrâi, au milieu de la tendresse franche et vive de ses amis, les particules imperceptibles de réserve et de précaution qui s'y trouvaient mêlées.
Elle dissimulait de son côté, feignait de la sérénité et engageait Philippe, par un sourire forcé et par des paroles exagérées à se rendre près de son père; quand le jeune homme se trouvait à ses côtés, elle lui répétait qu'il lui suffisait de le savoir heureux et qu'elle se passerait volontiers de le tenir là
prns d'elle si ses devoirs ou ses plaisirs l'ap- [lelaient autre part... Néanmoins, s'il retardait d'une minute le moment de sa visite du matin; si, pendant la journée, il ne venait pas la surprendre par une des apparitions inattendues auxquelles il l'avait accoutumée; si jamais, à l'heure du dîner, en entrant dans la salle à manger, son premier regard ne la cherchait point, son premier pas ne marchait point vers elle, sa première inflexion de voix n'avait pas le même accent de tendresse que d'habitude, elle pâlissait, elle s'agitait dans son fauteuil. Sa voix s'étouffait et l'on voyait sa poitrine haletante s'agiter avec vitesse. Sans appétit, elle s'efforçait à manger. Le cœur brisé, elle tentait de rire! Les damnés souffrent moins en enfer. —Presque toujours une crise nerveuse ou une indigestion devenaient les résultats de ces commotions dis
proporlionnécs avec les forces pliysiciucs et morales (le Perle-d'Or. Aussi , le frêle tempérament de la pauvre créature ne sut point résister longtemps à de pareilles secousses. Peu à peu, un voile sembla tomber et s'épaissir sur son intelligence, tondis que sa santé s'altérait de plus en plus. Trois années de séjour chez le comte l'avaient plus vieillie que cinquante années de misère et de travail, en plein vent, sur le Pont-Neuf. L'inac lion contribua beaucoup aussi à ces funestes symptômes. Les anciens amis de la bonne femme, quand il venaient la visiter le dimanche, sortaient chagrins de voir combien elle baissait : — suivant le terme expressif qu'ils employaient.
— Pauvre Perle-d'Or! disait le tondeur de chiens à sa femme, lorsqu'il rentrait au logis ;
pauvre Perlc-d'Orl Elle ne quille pas son fauteuil à roulettes! ses jambes ne vont plus du tout! Lors(fu'on arrive, elle est toujours à sommeiller, elle entr'ouvre les yeux, elie fait bonne mine, elle dit :
— Bonjour, voisin, comment va votre femme ?
Presque aussitôt elle retombe dans son assoupissement, ne répond point à ee qu'on lui raconte* n'écoute pas, et, j'en ai bien peur, n'entend pas... Mais au mointlre bruit de porte, si un chien aboie dans la cour, ou lorsque des pas de cheval se font entendre : elle tressaille^ elle regarde autour d'elle; elle demande ce que c'est? et un tremblement général agite tous ses membres, si (»n lui répond :
- 'iOO — — Voilà jnoiivsiouf Plnli|)|>o'
Des gouttes d'eau coulent alors sur son front, et il lui prend, sans motif, des envies de pleurer. Du reste, il faut voir Philippe! 11 n'est pas plus fier qu'au temps où il n'avait d'autre parent qu'Àugustine î II me donne des poignées de main, m'appelle père Michaud gros comme le bras, me demande des nouvelles de toute la famille, et vient s'asseoir aux pieds de Perle-d'Or. H lui baise les mains, quasi comme si elle était une reine ou une sainte du paradis; il lui dit mille choses; l'amuse, la fait rire, la taquine, l'embrasse, la mijotte, que ça fait plaisir et que ça fait venir des larmes dans les yeux î Pendant ce temps-là, Perle-d'Or est heureuse; elle rajeunit, elle se porte bien ! Mais que Philippe s'éloigne, elle retombe aussitôt. Son vî-
bago s étoiiit comme uuo chaiidcHc (ju on souffle! Elle n'y est plus! EHq n'enteiiJ pas! Elle ne répond })as ! En voilà jusqu'ù ee que son fils revienne.
Les choses se passaient, en effet, comme le digne tondeur le disait à sa femme en quittant ses habits des beaux jours et en les accrochant à la muraille jusqu'à sa prochaine visite à Perle d'Or.
Les rhumatismes d'Augustine avaient dégénére en paralysie, et deux fois l'apoplexie avait frappé ce cliétif cerveau, dans lequel la passion jetait sans cesse de dangereux afflux de sang. Le chirurgien de l'Empereur, M. Dubois , s*étonnait qu'elle eût résisté à la violence de pareilles attaques, et regardait la vie de Perle-d'Or comme un de ces miracles
devant lesquels la science reste (lécoucertée. 11 avait prévenu le comte et Philippe (prau moindre choc, cette existence frêle se briserait en éclats. C*était là une pensée qui troublait tout le bonheur du jeune homme. Au milieu des séductions de la fortune il se sentait malheureux de penser que sa séparation, ici bas , de celle qu'il aimait comme une mère fût imminente. Quand cette idée lui venait, c'en était fait de ses joies de toute la journée, et Augustine le voyait arriver prés d'elle. Là il oubliait les fêtes, les bals et même deux beaux yeux noirs et une taille charmante qu'il aimait éperduement. H avait vu, plus d'une fois, disons-le pourtant tout bas, les yeux noirs s'arrêter sur lui! Il avait senti plus d'une fois aussi la taille souple tressaillir sous sa main à des paroles échangées durant le mouvement rapide d'une valse !
L'état d'Âugustine devint si grave et ëi ]f)recaire, que Philippe la fit transporter dans son propre appartement, afin d'être toiU-à-fàit près d'elle et de pouvoir, la nuit accourir à la première alarme. Le lit d'Augustine fut placé dans un cabinet, séparé par une simple cloison de l'alcôve de son fils. Elle ne faisait pas un geste qu'il ne l'entendit : de son côté Perle-d'Or jouissait du bonheur de savoir tout près d'elle son enfant bien-aimé et de ne point perdre une des paroles de sa voix, un des bruits de ses mouvements.
Un matin, au point du jour, elle reposait du sommeil à la fois lourd et incomplet des paly tiques, lorsqu'elle entendit Philippe s'éveiller, descendre de son lit et s'habiller avec de grandes [)récau lions.
Il iallait l'oreille (iéfiante et jalouse d'une mère pour deviner ces bruils imperce|)tibles. Elle suivit avec anxiété, chacun des mouvements du jeune homme et se rendit compte de ce qu'il faisait comme si elle l'eût vu de ses yeux. Apres s'être revêtu de ses habits , il s'agenouilla, fit une courte prière, s'enveloppa de son manteau et décrocha de la muraille une épée.
Perle-d'Or jeta un cri de terreur.
— Pbilippe! Philippe! gémit-elle.
Le jeune homme s'arrêta un moment avec hésitation; puis il redoubla de précautions et se glissa dans Tescaher. Perie-d'Or n'entendit plus rien.
— Marianne! cria-t-elle à k\ jeune lille cou-
chée clans un lit voisin du sien , Marianne î levez-vous ! il faut que j'aille à l'instant trouver M. le comte! il faut que je lui parle sur l'heure î
Marianne, stupéfaite, regarda Âugustino.
Non seulement elle se tenait assise sur sop
séant, ce que la paralysie l'empêchait de faire la veille, mais elle agitait les bras avec une effrajante vivacité.
— M. le comte dort, dame Augustine. Attendez encore une heure. Dans une heure, il fera jour; les domestiques seront éveillés , et le valet de chambre de monseigneur le préviendra que vous voulez lui parler.
Tandis que la jeune fille parlait encore, Augustine était descendue de son lit et se couvrait à la liâte de quelques vêtements.
— Doiiiie/-inoi le bras, dit-elh* à Marianne, qui, pleine de frayeur, s'apprèlail à placer I impotente dans son fauteuil à roulelles et à la charrier chez le comte.
Elle s'appuya sur le bras de la jeune fille. Mais celle-ci n'allait pas. assez vile au gré de Perle-d'Or, qui la laissa en clieniin, courut chezle comte, etouvrit brusquement la porte.
— Monseigneur, s'écria-t-elle , monseigneur , il est allé se battre'.
Le comte, éveillé en sursaut, se jeta hors de son lit, désespéré comme Augustine.
— Quelaire.^ Comment le rejoindre? Malheureux enfant !
— Montez achetai. 11 ne peut être loin en-
coro; vous arriverez à temps. Celle femme qu'il aime, madame de Norvelins, doit èlre h cause du combat.
— Une femnie qu'il aime?... madame (!e Norvelins?... Mais j'ignorais tout cela...
— Je sais tout, moi! J'ai tout deviné. Mais au nom du ciel, partez l parlez, car chaque minute de retard peut causer sa mort! Allez, suivez-le, suivez mon Philippe!
Le comte partit avec prccipitatioh , et dans un désespoir trop facile h comprendre. On rapporta, dans sa chambre, Augustine dont l'état était si pitoyable, que l'on oubliait, autour d'elle, l'inquiétude causée par le duel de Philippe , on ne s'occupait que des soins à donner à la pauvre femme. On envoya que-
rii' un médecin^ on la replaça dans son lit, et on alla jusqu'à feindre de la tranquillité autour d'elle, pour tâcher de l'apaiser.
— M. le comte a rejoint son (ils à la porte de l'hôtel; ils sont sortis ensemble, il ne s'agit point d'un duel, mais d'un rendez-vous, lui dit-on.
Elle ne répondit même pas à ce généreux mensonge. Rien de ce qui se passait autour d'elle ne semblait agir sur ses sens. Elle attendait, voilà tout! Et quelle attente, mon Dieu ! Pâle , frisonnanle , brisée , les lèvres blanches, elle serrait convulsivement ses mains nouées par des crispations horribles ] elle tenait ses regards fixés sur la porte; elle restait l'oreille aux aguets.
Deux heures s'écoulèrent ainsi.
Deux heures! deux heures sans fin! Deux iieures auxquelles l'éternilé peut seule se comparer.
Ce temps maudit écoulé, un bruit se fit entendre dans la rue. C'étaient des pas de chevaux.
ilélas! ceux qui venaient, passèrent sans s'arrêter.
Augustine, qui s'était dressée sur son siège, et qui avait joint les mains, retomba.
Ce n'était point lui.
Un quart d'heure après, il s'éleva de nouveaux bruits.
Cette fois, on s'arrêta devant l'hôtel; cette fois la porte s'ouvrit; cette fois c'était des nouvelles de lui.
Oh 1 qu'on iul long à monter l'escalier!
Le comte revenait, mais seul!
Seul! mon Dieu!
Le voilà! Cette pâleur, cette émotion , tout est fini! Philippe! Philippe! Il est mort!
— H est sauvé!
— Philippe! Philippe!
— Il est sauvé! je vous le répète!
Mais elle n'entendait point, elle n^écoulait point.
— Un couteau ! un couteau ! que je coupe le cœur de son assassin !
— Il est sauvé , répéta le comte.
— Non ! non 1 je ne vous crois point ! U serait avec vous! vous nrie trompez ! Philippe ! Philippe!
M. de Beaumée prit les mains de Peried'Or dans les siennes.
— Sur l'honneur, sa blessure n'a rien de grave, vous le verrez dans un moment.
— Sa blessure ! il est blessé? A quoi sertil donc d'avoir un Empereur pour que l'on blesse ainsi mon Philippe? Blessé? Où est-il. Je veux le voir à Pinstant! de suite, sur l'heure! Qu'on me mène prés de mon fils ! Philippe! Philippe! je veux voir Philippe!
— Calmez-vous, Augusiine! Serais-je prés T. n. 27
(le vous si mon fils cou i ail le moindre dant,H>r; je suis venu ])our vous rassurei'. C'est lui qui m'en a prié!
— Il a pensé à moil II a eu un souvenir pour moil murmura-t-elie, ressaisie par sa jalousie... C'est bien à lui, car aujourd'hui vous lui avez sauvé la vie comme moi jadis. Vous êtes devenu son père , comme moi j'avais été sa mère.
— Le voici! j'entends la voiture qui le ramène!
Et il courut au-devant de Philippe, qui n'avait reçu en effet qu'une blessure sans danger. Bientôt le comte le ramena près d'Augustine. Celle-ci attacha sur Philippe un regard inexprimable et s'écria :
— Mon eiiiaiUÎ mon cnl'anl!
Elle voulut parler, mais elle ne se trouva plus de voix; elle voulut l'embrasser, mais ses bras étaient redevenus paralytiques ; elle ne put que faire un léger signe de tête. Philippe l'entoura de ses étreintes et lui donna un baiser sur le front. Elle tressaillit; le médecin fit un signe,
— Pour tous deux les, dit-il au comte à voix basse, il faut éviter que cette scène passionnée se prolonge. Le blessé a besoin de calme, et je dois saigner sur l'heure, madame, car je crains, d'un moment à l'aulre, une nouvelle attaque d'apoplexie.
Philippe se laissa emmojier piw son père. Augusline le suivit des yeux tant qu'elle
[3ul, el écouta les inouvemenls qui se faisaient dans la pièce voisine, pendant que l'on couchait le blessé. Sur ces entrefaites , le chirurgien pratiquait sa saignée , ordonnait autour de Perle-d'Or le silence le plus absolu, et annonçait une crise prochaine et ter" rible pour la vieille femnne.
En effet, elle succomba bientôt à un affaissement profond. On eût pu penser qu'elle dormait , si les plus légers bruits de la chambre voisine ne l'eussent éveillée et fait tressaillir.
L'ji journée se passa de la sorte. Quand le soir fut venu, elle essaya d'une voix confuse et embarrassée, de questionner, sur l'état de Philippe, ceux qui l'entouraient.
— Il va très-bien , répondit à voix basse le
chirurgien. Dans quelques jours il sera guéri.
Elle attacha sur lui un regard scvèreinent interrogateur, et reporta ensuite ce regard sur un crucifix placé en face d'elle, comme pour menacer de la vengeance divine le docteur , s'il se trompait.
Il répéta :
— Je vous jure, sur cette image de Dieu , que dans quelques jours, M, Philippe pourra se lever. Il ne court pas le plus petit danger.
Perle-d'Or, quand elle entendit ces dernières paroles , laissa redescendre doucement sur l'oreiller sa Icte, dont les muscles
élaient restés jusque là douloureusemenl tendus, et retomba dans un afraisscmcnt qui ne laissa plus d'espérance au médecin.
Quand le comte vint, vers onze heures du soir, demander des nouvelles de la malade, il ne reçut, pour réponse, qu'un hochement de tête significatif. Â.lors il alla rejoindre Philippe.
— Mon enfant, lui dit-il en sanglottant , arme-toi de courage 1
Philippe s'élança hors de son lit, courut près de Perle-d'Or, et prit dans ses deux mains la télé de l'agonisante. Celle ci ouvrit les yeux, sourit de ses lèvres sans force, murmura le nom de Philippe et referma les yeux .
Tout était (inil il y avait tfans le ciel deux mères aux pieds de Dieu qui priaient pour le même enfant.
FIN DU DEUXIÈME ET DEHNIEli VOLUME.
MELUN. — Imprimerie de DESUUES.