MAUVAIS ETAT DES FINANCES
Cour. Un mois après, Tabbé entrait à la Bastille. On ne le jugea pas, bien entendu, mais on s'efForça par tous les moyens imaginables de le Faire parler, et, comme il ne parlait pas, on le garda pendant des annëes.
Et dire que sans cesse, par-dessus les clameurs des partisans de Retz et de Condé, par-dessus les revendications du clergé, s'élevait le cri plus redoutable du besoin d*argent. Si un Chenailles avait pu inquiéter Mazarin , c'est qu'il était dû de grosses sommes au gouverneur de Saint-Quentin. Si le ministre capitulait devant les évéques, c'est qu'ils tenaient les cordons d'une grosse bourse. On vivait de leurs contributions plus ou moins volontaires, et encore plus d'emprunts greffés sur d'autres emprunts. Le Cardinal aimait le luxe de la paix, et la guerre, par des raisons diverses, ne lui déplaisait pas. Deux larges sources de dépenses, deux grandes trous pratiqués à la caisse de l'Épargne.
Cette caisse, le Trésor, comme on dirait aujourd'hui, n'avait pas vu depuis longtemps un million d'écus assemblés. Elle était par contre bourrée de papiers; mais à peine ces billets se convertissaient-ils en or, que l'or était absorbé par les fournisseurs des armées et de la Cour.
 proprement parler, on ne vivait que d'expédients. On se rappelle qu'au lendemain de la déroute de Yalenciennes, Mazarin indiquait à Foucquet, comme ressource possible, l'augmentation du droit du marc d'or, payé par certains titulaires d'offices, lors de leur entrée en fonction. Le surintendant répondit qu'on n'avait pas le temps de mettre en valeur des gages aussi précaires, et il emprunta sur sa signature et celle de ses amis 5 à 600,000 francs. La crise passée, on revint à l'examen du projet d'impôt et des moyens de le mettre en œuvre.
Il convient d'exposer sommairement cette curieuse opération , où les ennemis de Foucquet cherchèrent plus tard un chef d'accusation contre le ministre en disgrâce.
D'abord, un édit de décembre 1656 ordonna qu'à l'avenir
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le droit de marc d'or serait payé par toutes sortes d'offices, casuels, domaniaux, héréditaires, de justice, de police, de finances, de chancellerie « et tous autres ' » .
Or, aux termes d'anciennes ordonnances de Henri III, ces revenus du marc d'or constituaient une dotation de l'Ordre du Saint-Esprit. Pour cette Fois, il était entendu que l'Ordre n'avait rien à prendre dans le produit des nouveaux droits, évalués à la somme annuelle de cent quarante mille livres.
Théoriquement, 140,000 livres capitalisées au denier 15 (6,65 pour 100) auraient dû valoir plus de 2 millions. Il y avait beau temps que le Roi ne trouvait plus préteur à ce taux relativement élevé. Taxes d'un produit incertain, offices nouveaux, édit de création non enregistré, toutes ces considérations , par ces temps troublés , faisaient réfléchir les bailleurs de fonds. Il fallait aboutir. Les surintendants Foucquel et Servien , le chancelier Séguier prirent les mesures conformes aux usages et aux nécessités du temps.
Par contrat formé devant le notaire de Servien ^, qui était le surintendant de l'Ordre, les droits de marc d'or furent adjugés à un sieur Duché pour 2 millions de livres, comme il convenait à la dignité des finances royales; mais le même jour, on présenta aux trois personnages trois actes qui réduisaient singulièrement la valeur de la première convention.
C'était d'abord une ordonnance de remise, montant à 666,000 livres. Le Roi reconnaissait qu'il y avait lieu de déduire des 2 millions les frais de perception et autres. Il les accordait au traitant et les évaluait au tiers de la somme. Qui de 2 millions ôte 666,000 livres, reste 1,334,000 livres.
De plus, 300,000 livres étaient réservées au profit d'un sieur Boulin , dont on avait dû racheter les droits pour
1 CF. aiTèi du conseil d'Éut du Î3 juin 1657, sur le urif de ces droiu, et un arrêt du conseil d*État du 7 octobre 1704.
* Acte du 8 janvier, au profit de Duché, Vautier, nouire à Paris. Défenses, t. XIV, p. 164.