LE ROI EMPRUNTE DEUX MILLIONS
en établir de nouveaux et de plus nombreux. Restaient l,03i,000 livres à payer en huit payements égaux et trimestriels, c'est-à-dire en deux ans. Or, on voulait de l'argent comptant. Il était donc juste de déduire un escompte arbitré à 134,000 livres.
Ces conditions, comme on Ta dit, étaient conformes aux usages. Servien, Foucquet, Séguier, réunis en conseil, se passèrent la plume pour signer. La plume n'était pas très nette, Tencre paraissait blanchâtre'. On ne s'arrêta pas à ces détails, qui prirent plus tard une extrême importance.
Tout compte fait, 900,000 livres devaient revenir au Roi; mais malgré tant de réductions, Duché, l'adjudicataire pour la forme, ne trouvait pas de preneur. Foucquet dut garder la quittance de l'Ordre en payement de l'argent avancé personnellement par lui, notamment lors de la déroute de Valenciennes ^. Il parvint toutefois à céder un quart de son traité à de Nouveau, surintendant des postes, qui paya son prix en billets royaux, puis un cinquième des trois quarts restant a Mme du Plessis-Bellière contre 100,000 livres. Il devait tirer parti du surplus comme il pourrait, en donnant ce papier en payement à ses propres créanciers ^.
On peut juger par cet échantillon des complications que présentaient les plus médiocres affaires de finances en ce temps-là.
Rien n'était simple.
Avant de conclure aucun traité, soit prêt, soit bail, le surintendant devait gagner le chef de la Compagnie soumissionnaire, l'inciter à porter haut l'enchère de la communauté, sauf à l'indemniser en son particulier en l'autorisant à présenter en payement quelque vieux billet. On donnait
1 V. arrêt du conseil d*Euf, 17 janvier 1637, publié chez la veuve Sanguin, à Paris, en 1723.
• Défenses, t. XIV, p. 140. /6i</., t. IV, p. 98. »/6ic/.,t. XIV, p. 185.
400 NICOLAS FOUCQDET.
ainsi à Tiin 50,000 livres en vue de tirer 100,000 écus de Tensemble *. C'était une espèce de corruption retournée, celle du particulier par le fonctionnaire. Pour mener une affaire à bonne fin, depuis la décision du conseil des finances jusqu'à Texécution, et, comme on disait alors, « depuis la cire du chancelier jusqu'à l'argent du contribuable u , il fallait intéresser les traitants, répandre des grâces sur nombre de personnes^. Les grâces consistaient, le plus souvent, dans la prise en recette de billets de TËpargne, sorte de bons du Trésor périmés et réassignés, en droits mal établis, comme les péages sur la rivière de Seine appelés parisis, comme les octrois des villes, qu'on vendait pour peu de chose et que les traitants rétrocédaient à certains seigneurs qui les trouvaient à leur convenance. Les concessionnaires s'assuraient ainsi des protecteurs. La cause, sinon la justification de ces fâcheuses pratiques, c'était Téternel besoin d*argent.
A peine Mazarin, chef absolu du gouvernement, avait-il quitté Paris pour Parmée, qu'il accablait Foucquet de ses demandes'. Confondant les qualités, il s'adresse au procureur général, voulant parler au surintendant ; mais le sens n'est jamais douteux. Courtrai est investi. ^ Je m'asseure, écrit Mazarin, que M. le procureur général, connaissant Pimportance de cette entreprise, fera état de nous assister^. ^^ Ce coup de main compensera la déroute de Valenciennes, dont Condé a tant triomphé. On compte sur un succès : » L'entreprise est bien conceùe, le secret gardé* en sorte que la place ne se trouve pas si bien munye qu'elle 1 auroit esté*. » Or, il arriva que cette fois encore Condé ^auva Courtrai par un coup de maître. Violent dépit
» Pïinsjo.x, couvres JÎ9€nes„ t. II. p« 57.
« mu. , p. ».
^ Mjujrtu ^ Tabbê Fo«ct{(aet. GMMptf^foe^ i(> mai, 10 oui, 25 nui ifiST. W>1. ouiC in*. tV , 2331)2, p, 221» 222* SV