MUTINERIES ET REVOLTES A L'INTERIEUR
la ])ortée de cette recherche, il faut se figurer une remise en discussion des titres des chevaliers de la Légion d'honneur, nommés depuis dix ou vingt ans, avec cette circonstance aggravante que les anoblis de 1658 avaient officiellement payé leurs titres, et que ces titres exemptaient de certains impôts.
Quant aux gentilshommes de plus vieille souche et qui évoquaient trop le souvenir des anciens temps, Foucquet les ménageait moins. Les uns et les autres étaient d'ailleurs plus procéduriers que belliqueux. Une assemblée des députés de huit provinces, tenue dans les profondeurs de la forêt de Couches, aboutit à la signature d'un papier d' « Union » et à Tenvoi d'une lettre à Son Altesse M. le duc d'Orléans, pour réclamer la convocation des États généraux promise au nom du Roi en 1649. Depuis beau temps cette promesse était oubliée, et Foucquet ne s'embarrassait pas pour si peu : u On ne viendra à bout de ces gens-là, écrivait-il à Mazarin, que par la punition de quelquesuns. » Dès qu'on parait, ils fuient. De l'Orléanais, ils passent en Berry. Le maréchal de Glérambaut y va, plus d'assemblées. De même en Anjou, en Saintonge, en Poitou, les révoltés disparaissent dès qu'ils sentent quelques prévôts à leurs trousses. En Normandie, au contraire, non seulement on tolère tout, mais tout est excusé '. « Pour la noblesse, j'ose dire à Votre Ëminence que, s'il ne s*en fait exemple, il n'y a plus d'authorité, et j*estime la monarchie en péril. » On traite ces assemblées de bagatelles, la suite pourtant doit faire peur. « Il est honteux qu'en Normandie, aulcun gouverneur ny lieutenant du Roy ne s*en soit mis en peine. Voilà comme on répond aux bontés du ministre^. » Foucquet appelle ici bonté ce qu'il qualifiait au fond de faiblesse.
> Foucquet k Mazarin, 8 août 1658. Lettre déjà citée. * Foucquet à Mazarin, 24 août 1658. Affaires étrangères, France, 905, f<>418.
 bout de patience, il envoie au Cardinal un projet de déclaration contre les assemblées de la noblesse. Il le conjure de ne pas perdre de temps. Qu*ii désigne ceux qu'il veut excepter, comme Tarente, Chandenier, Jarzé, mais tf que la déclaration soit après exécutée de bonne foy ' » . De bonne foi! Ce mot en dit long sur la politique tortueuse de Mazarin.
Foucquet n'était pas moins exaspéré contre les cours souveraines.
Au Parlement, on s'assemble (7 août 1658). On déclame contre le chancelier et contre le conseil; on dit tout haut qu'on « traittera d'autres matières » , qu'on politiquera. On fait venir « des crieurs » à l'entrée des Enquêtes. Enfin, on est aussi échauffé qu'avant la bataille des Dunes ^. Le procureur général déclare à Mazarin que, de toute nécessité, il faut nommer un premier président avant les vacations (7 septembre). Ceux qui seront déçus dans leur espoir auront deux mois pour se rafraîchir le sang; le nouveau pourvu « se fortifiera d'amis » et prendra ses mesures pour la rentrée.
Dix jours plus tard, le 19 août, il insiste : M. de Nesmond est impuissant à empêcher les assemblées. « La tranquillité du Parlement, de laquelle dépend en partie celle delà ville, et, par conséquent, des provinces, ne sera pas bien établie pour toute l'année prochaine, si dès à présent on ne désigne un chef, qui prenne sa place... Cela nous est si nécessaire pour les finances, qu'il seroit impossible de les soutenir sans cette tranquillité '. »
Le procureur général se transformait en surintendant pour parler au cœur de Mazarin.
* Foucquet à Mazarin, 17 septembre 1658. Affaires étrangères, France, 905, f- 448.
* Foucquet à Mazarin, 8 août 1658.
' Foucquet à Mazarin, 19 août 1658. Affaires étrangères, France, 905, f* 395.