MUTINERIES ET RÉVOLTES A L'INTÉRIEUR
Les délibérations de la Cour des aides sont aussi violentes et A plus préjudiciables de beaucoup que celles du Parlement ^ » . Le peuple s'en autorise pour refuser le payement des impôts. A Rouen, un conseiller, le sieur de La Place, criait en pleine séance que « les ministres estoient •des valets du bourreau, que ce seroit un grand bien pour le peuple si le Roy mouroit » . Il est venu au palais, deux pistolets à la ceinture, « pour tuer les maltôtiers r* . Les raaltôtiers étaient ses confrères des Aides, qui avaient été « de bon avis » . Cependant, M. de Longueville, le gouverneur de la province, défend ce personnage, le réclame, « sans doute pour commencer une révolte en temps et lieu ^ » . A Paris, l'union des cours souveraines a été non seulement proposée, mais presque résolue. Il faut une répression vigoureuse, un exemple « qui face peur ». « Je vois tous les Ordres esmus, et Tauthorité fort attaquée partout '. »
Le clergé préoccupait moins Foucquet.
Depuis bientôt un an, les jansénistes ne songeaient qu'à faire condamner un livre du Jésuite Pirot, V Apologie des casuistes. Les curés de Paris, notamment, avaient rédigé une Censure dont le gouvernement empêcha la publication *. Gomme ils voulaient se plaindre en corps, Foucquet leur intima Tordre d'agir individuellement. Tout se réduisit à une lettre de Mazure, curé de Saint-Paul, adressée au ministre; encore le procureur général déclara-t-il en la recevant que Son Éminence, engagée dans d'autres occupations, ne répondrait pas avant son retour. « Autant de temps de gagné ^. » Profitant de l'occasion, il montra à ce curé la perspective d'une nomination à Tévéché d'Acqs.
1 Foacquet à Mazarln, 22 août 1658. Affaires étrangères, France, 905, f*> 414.
' Foucquet à Mazarin, 22 et 24 août 1658.
' Foucquet iii Mazarin, 17 septembre 1658.
^ Vie de messire Ànt, Arnauld, t. I, p. 190; Écrits des curés de Paris, 3* part., p. 208.
^ Foucquet à Mazarin, 15 août 1658.
Le rigoriste Mazure déclina cette offre, mais laissa entendre qu*il accepterait le siège d'Avranches, « si Son Éminence le trou voit bon n . Ainsi préparé , cet incorruptible se rendit à Fontainebleau*, et en rapporta promesse de Mazarin qu'aussitôt rentré à Paris « il leur donneroit satisfaction » . Mazure fut d'ailleurs payé en même monnaie que ses confrères et resta curé*.
Le petit peuple était plus à ménager. Le surintendant fit diminuer les tailles, supprima certains impôts vexatoires, comme celui de quatre deniers par quittance *. II conjurait Mazarin de montrer le Roi dans toutes les provinces. C'est aussi ce que disait M. de Pilois, le vainqueur des sabotiers. « Il est très important que le Roy vienne faire un tour à Orléans, pour s'y faire cognoistre et désarmer les habitants, dont la pluspart sont insolens au dernier point ^. » Les mutins n'appréhendaient rien plus que ces « petits voyages '^M •
On a plus tard reproché à Foucquet d'avoir, de parti pris, effrayé Mazarin, en agitant devant lui les fantômes de la Fronde ®; mais Golbert, l'homme de confiance du Cardinal, montrait encore plus de terreur. Il se défiait des nobles, du clergé, du peuple, de tout le monde et surtout de Foucquet, malgré son zèle et ses bons services.
Du Terron écrivait de la Rochelle qu'on avait mis cent vingt hommes de garnison dans l'île Dieu, tous levés aux environs d'Angers , pays du surintendant. On dit que c'est pour servir à bord d'un navire ; mais et ces tours qu'on élève, et ce bassin, « creusé pour plusieurs vaisseaux v? Cela passe
* Écrits des cures de Paris, teptième écrit, ou Journal des curés de Paris^ p. 210.
* Le secret ne fut pas bien gardé. Les Jésuites, écrit Guy Patin, « disent qu*il veut être évèque, mais qu'ils s*y opposeront ■ .
' Foucquet à Mazarin, 24 août 1658, déjà citée.
^ Foucquet à Mazarin, 8 août 1658. M. de Pilois avait écrit dans le même sens au Cardinal.
& Lettre du 29 juillet 1658. Affaires étrangères, France, 905, f« 298. ^ IUpiit, Mémoiresy IH, p. 111*