FOUCQUET CÉLÉBRÉ PAR CORNEILLE
entendu l'harmonie exquise des vers de Racine, déjà la faveur publique avait abandonné Tauteur du Cid. Depuis six ans il gardait un silence chagrin, quand la sollicitation du surintendant le contraignit desortir d'une retraite prématurée. La tragédie à' Œdipe y représentée au mois de février 1658, avait été applaudie par la ville et par la Cour. Tout rajeuni par ce regain de gloire, Corneille adressa à son protecteur, non une dédicace vulgaire comme à un Montauron, mais une superbe épître :
Laisse aller ton essor jusqu'à ce grand génie, Qui te rappelle au jour dont les ans t'ont bannie, Muse...
La louange a d'autant plus de prix qu'elle est plus réservée :
N'attends pas toutefois que j'ose m'enhnrdir^ Ou jusqu'à te dépeindre, ou jusqu'à t'applaudir; Ce seroit présumer que d'une seule vue, J'aurois vu de ton cœur la plus vaste étendae.
Le poète connaît Thomme « magnanime, affable, généreux » :
Mais pour te voir entier, il faudroit un loisir Que tes délassements daignassent me choisir. C'est lorsque je verrois la saine politique Soutenir par tes soins la fortune publique; Ton zèle infatigable à servir ton grand Hoi, Ta force et ta prudence à régir ton emploi; C'est lorsque je verrois ton courage intrépide Unir la vigilance à la vertu solide, Je verrois cet illustre et haut discernement Qui te met au-dessus de tant d'accablement, £t tout ce dont l'aspect d'un astre salutaire Pour le bonheur des lys t'a fait dépositaire. Jusque-là, ne crains pas que je gâte un portrait^ Dont je ne puis encor tracer qu'un premier trait.
Corneille était sincère dans l'expression de ses sentiments, il le prouvera par la suite.
Le surintendant reçut d'autres satisfactions d'amourpropre. Louis Foucquet, depuis longtemps nommé évéquc d'Agde, fut le. 2 mars sacré à Paris, au Grand-Jésus. Le
nonce, le prince et la princesse de Conti honoraient la cérémonie de leur présence '. L'abbé Basile Foucquet étalait son collier de chancelier des Ordres* ; le cadet Gilles y figurait en qualité de grand écuyer de la Petite Écurie*. Un mois plus tard, François Foucquet faisait comme archevêque son entrée solennelle à Narbonne *.
Basile continuait non seulement de nuire à son frère, mais de le compromettre par sa mauvaise conduite. Policier par goût et par mauvais instinct, ce vilain joli garçon livrait au Cardinal des lettres de femmes pour empêcher le mariage de La Rochefoucauld avec Mlle de Liancourt. Si la considération qu'on avait pour son frère le sauva des coups de bâton, il en reçut moralement^. Supportant d'ailleurs Finjure avec Fiosolence hautaine des gens de son métier, il déclarait que l'estime du Cardinal lui suffisait.
Ce dernier prodiguait les marques de considération au surintendant. Quand il se décida à partir pour les Pyrénées, il passa un jour et une nuit à Vaux, qui, sans être encore le splendide domaine qu'on a vu depuis, avait déjà grand air. Lebrun travaillait à la décoration du salon des Muses. Le Nôtre achevait de dessiner le parc et le jardin. On y admirait surtout l'installation des eaux. Une immense canalisation souterraine, où Ton avait englouti des milliers de livres de plomb d'Angleterre, ne laissait voir aux yeux que des bassins admirables, des jeux jusqu'alors inconnus en France et dont Fart atteignait tout d'un coup le plus haut point de perfection ^. Mazarin, bien qu'il préférât aux beautés naturelles les tableaux, les statues, les bijoux, était
* LoRET, La Afuze historique, t. III, p. 30. ^ V. son portrait gravé par Nanteuil.
• Étal de la France pour 1660.
* LoRET, La Muze historique, t. III, p. 55.
• MoifTPENSiER, Mémoires, t. III, p. 365.
^ Foucquet, dans ses Défenses^ prétend qu*il eut le plomb à très bon marché, f;râce à Tiniervention d'Herwarth qui le tira d'Angleterre sans avoir à payer les droits de douane. Rapin a célébré les jardins et surtout les eaux du parc de Vaux.