ESPRITS PAR CES ÉVÉNEMENTS
(Janvier 1649-ma; 1650)
Dès le lendemain de la journée des Barricades, Mazarin avait formé et rédif^é le projet de sortir de Paris, de réduire à merci et la ville et son Parlement; mais aussi peu résolu dans Taction que net et précis dans la discussion, il n'avait pris que des demi-mesures, écartant Gondé et ses troupes, puis se retirant à Rueil, y subissant les conditions dictées par le Parlement et revenant à Paris avec le ferme propos de ne pas les observer * .
Anne d'Autriche, par nature et par éducation, plus fière que son ministre, se révoltait à chaque prétention nouvelle des parlementaires. Ces gens, il faut le reconnaître, agissaient plutôt en procureurs qu'en hommes politiques. Chaque jour c'était quelque brutal rappel à Tédit d'octobre, une blessure nouvelle à l'orgueil de la Reine. Le parti de l'action l'emporta entin, et vers le mois de décembre on se prépara pour la lutte.
C'est alors que Nicolas Foucquet se retrouva intendant de Paris, malgré la suppression de l'emploi et sans nomination nouvelle.
Condéy soutenu par La Meilleraie, grand maître de
> Chérubl, Histoire de France pendant la minorité' de Louis XlVy t. III, p. 136, 137. Cf. Cnrnpts de Ma/.ariii au l'*" septembre 1648 et sniv.
121 KICOLAS FOUCQUET.
rartillerie, conçut et développa un plan très sensé. Pénétré de cette pensée qu'il serait plus facile de sortir de Paris que d'y rentrer, il proposa d'occuper fortement l'Arsenal, la Bastille, la porte Saint-Ântoine. Les communications avec Vincennes bien assurées, on partirait de cette place d'armes, pour prendre l'île Lonviers, l'île Saint-Louis *, marcher à coups de canon sur les barricades, écraser toute rébellion. C'était une action trop vigoureuse pour Mazarin. Pas plus tendre au fond que Condé, il hésitait à se couvrir du sang des bourgeois. Il préférait assiéger Paris, le réduire par la faim ou plutôt par les privations, entreprise méthodique dans liiquelle il n'aurait à combattre que les gens assez téméraires pour affronter ses lignes*. Le Tellier approuvait le Cardinal et affirmait qu'au second jour où manquerait le pain de Gonesse Paris se rendrait*. Gaston, bien qu'il détestât Mazarin, finit par se rendre à l'insistance de la Reine qui sortit enfin dnns la nuit du 5 janvier 1G49, contenant mal sa joie à l'idée de se venger de ces robins^.
Quelques heures plus tard, les Parisiens, qui s'étaient endormis après avoir constaté la présence du Roi, apprenaient son départ et criaient à la trahison ^. Les bourgeois soupçonnaient le Parlement, le Parlement reprochait leur négligence aux bourgeois. De tous côtés, on courait aux halles; le pain, la farine, toutes les provisions s'enlevaient à prix de plus en plus élevés®. A midi, la Reine envoyait
* MoMGLAT, Mémoires, Quinzième campagne, p. 206; Priolo, De rébus Callicis, liv. III, p. 137, cdil. d' A m s tord a m, 1677, indique comme devant être occupée l'île du Palais, « insula Falatîi » . C'est une erreur.
* Mademoiselle, Mémoires, t. I, p. 194, pense que Coudé agit contre son sentiment, ce qui est contraire à l'ensemble des renseignements. Cf. M. le duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. V, p. 306.
* Retz, Mémoires^ t. II, p. 115.
* Motteville, Mémoires, t. I, p. 282.
* Le nocturne enlèvement du Roy hors de Paris faict par M, le Cardinal la nuit des Roys, en vers burlesques. Paris, 1649, p. 12.
^ Registres du Parlement pendant la Fronde, t. I, p. 62,
au Parlement Tordre de se retirer à Montargis; elle requérait le prévôt des marchands et la milice citoyenne de contraindre les magistrats à obéir. Ceux-ci répliquaient par une mise en accusation de Mazarin et commandaient u aux bourgeois et chefs de maison de prendre les armes ' » . Ei> fait, les milices étaient sur pied depuis le matin, occupant les portes, arrêtant les courriers, fouillant sans exception les entrants et les sortants. Le soir, ce fut une série d'alertes, de coups d'arquebuse tirés au hasard. On dut interdire de tirer de six heures du soir à sept heures du matin *. C'était décréter le sang-froid, plus rare à Paris que partout ailleurs.
Le Parlement répondit à la sortie du Roi et aux menaces de siège par un arrêt défendant à tous soldats et gens de guerre d'approcher de Paris à plus de vingt lieues. Par contre, il ordonna des levées de troupes, non pour sa sûreté, mais pour le maintien de l'autorité royale. On vit apparaître plus frappante que jamais l'incohérence d'idées des frondeurs parlementaires. « Votre conservation. Sire, et celle du Royaume est la seule cause de notre deffense et le motif de notre arrest, qui ordonne que Paris prendra les armes; notre salut particulier n'est pas notre principal objet; nous ne le regardons que comme un moyen nécessaire au vôtre... C'est là où tendent nos armes; hors de là nous n'en voulons jamais d'autres pour vous résister que les prières, seules armes légitimes que Dieu a données aux sujets pour fléchir les roys sur la terre, etc., etc. ^. »
Comme tout le personnel judiciaire et financier dépendait du Parlement, de la Chambre des comptes et de la Cour des aides; comme toute la police appartenait au corps de ville, le gouvernement royal n'avait pas pu faire sortir beaucoup de monde de Paris. Son action directe ne s'exerçait que sur les conseillers d'État. Les maîtres des requêtes,.
' Registres du Parlement pendant la Fronde, p. 64. 2 Courrier français, n° 1, p. 4.
* Histoire du temps, p. 161.
1Î4 NICOLAS FOUCOUET.
rattachés d'un côté au conseil, de l'autre au Parlement, restaient une fois de plus indécis '.
Foucquet n'hésita pas. Il appartenait à la Reine. Sa commission d'intendant de Paris se trouva tout naturellement transformée en celle d'intendant de police, justice et finances près l'armée royale assiégeant Paris.
Ce siège, auquel il va prendre part, fut plein d'enseignements et, comme la banqueroute de 1G49, gros de conséquences pour l'avenir.
Si l'audace peut suppléer au nombre sur un champ de bataille, il n'en va pas tout à fait de même quand il s'agit d'investir une ville qui dès ce temps-là, en y comprenant sa banlieue, présentait près de vingt lieues de circonférence.
La Cour s'était établie, tant bien que mal, dans le grand château démeublé de Saint-Germain. Dès le 7 janvier, Gondé , son généralissime, occupait Saint-Cloud ^ , puis Saint-Denis, où il installa le maréchal du Plessis, échappé a grand'peine de Paris insurgé. Saint-Denis était tout ouvert, et, avant de s'y voir hors d'insulte, les royalistes y passèrent de bien mauvaises heures^. L'armée comptait tout au plus cinq à six mille hommes, débris de la dernière campagne, dont les Suisses, les Allemands et quelques Polonais formaient les deux tiers. Le 9, Condé était à Charenton. Entre cette position et Saint-Denis, rien qu'un poste assez bon, mais unique, celui de Yincennes. Trois jours plus tard, le 12 janvier, 1,500 Suisses prenaient possession d'Aubervilliers, d'où ils interceptaient toute communication avec les fameuses boulangeries de Gonesse^. Condé payait d'audace. Sur la rive gauche de la Seine, l'investissement était à peine simulé par quelques compagnies de cavalerie, battant l'estrade dans les vallées de la Bièvre et de l'Yvette.
> ORMR880K, Journal, t. I, p. 606.
* Du Plessis, Mémoires, édic. Michaad^ p. 400.
' Du Plessis, Mémoires^ p. 400.
^ Courrier français, n® 1, p. 5, 6.
Pendant qu'à Saint- Germain on redoutait une attaque des frondeurs, le Parlement et les bourgeois de Paris craignaient chaque soir d'être pris d'assaut. Pas la moindre idée de sortie contre ces assiégeants clairsemés ; mais une fièvre de fortifications, de retranchements, de gardes et de contregardes. Pendant trois ou quatre jours, la milice bourgeoise débordée dut abandonner les rues à la canaille. Quiconque s'y hasardait était surveillé, espionné jusque dans les églises, traîné aux portes, poursuivi par les cris de : Au Mazarin ! jusqu'à ce qu'un capitaine ou un citoyen de sens plus calme arrachât la victime à la foule affolée. Enfin, le prince de Conti entra dans la ville; un peu d'ordre se rétablit sous l'empire de son nom; les royalistes eux-mêmes, oubliant leur préférence et se sentant sauvés du péril imminent, applaudirent *.
Les Parisiens insurgés ne laissaient pas, malgré leur vantardise, d'être fort inquiets. Il leur manquait un général. On offrait cent mille écus au militaire en renom qui, à la tête d'un vieux régiment, se prononcerait pour le Parlement*. On n'en trouva pas. Faute de mieux, on acclama le duc d'Elbeuf, puis M. de Gonti, un peu bossu, assez malingre, mais prince du sang. Enfin la confiance fut sans bornes quand arriva M. de Beaufort, bâtard de Henri IV, très commun de manières, grossier dans son langage, portant de longs cheveux, le roi des Halles.
On ne douta plus du succès. Quatre jours après la fuite du Roi, on avait décrété la prise de la Bastille, forteresse antique, abandonnée à la garde du gouverneur, le vieux du Tremblay, et d'une vingtaine d'invalides, logés là pour jouir des douceurs de la retraite. A part une avancée, construite dans les règles de la fortification moderne, ces hautes murailles et ces tours n'étaient guère propres à soutenir
* MoTTETiLLB, Mémoires^ t. II> p. 320.
« Mémoires de Puyse'gur, t. II, p. 76, édit. Tamisey de Larroque. Paris, 1883. D'où vénale Targent?
Le 24 janvier au matin (1649), une longue colonne, forte de cinq à six mille hommes, infanterie, cavalerie, artillerie,, sortait. Elle était à peine hors de vue que les gens bien informés annonçaient déjà la reddition de Corbeil. Le gouverneur avait abandonné la place. On attendait le retour des milices victorieuses. En effet, bientôt on vit revenir les bourgeois par petits paquets, criant, déblatérant. On les avait menés en la plaine du T^ong-boyau, dans d'horribles chemins où leurs souliers étaient restés. A Juvisy, pas de vivres. Enfin, rien à faire à Corbeil, défendu par plus de deux mille cinq cents soldats ' .
La vérité, c'est qu'il n'y avait pas quinze cents hommes dans cette ville; c'est qu'au moment où l'avant-garde faisait halte et s'enivrait à Juvisy, le gros de l'expédition, dans sa marche de plus en plus allongée, ayant vu apparaître les Mazarins sur les hauteurs de Chàtillon et de Verrières , commença à se débander. D'abord quelques-uns se défilèrent par les chemins de traverse, puis bientôt, sans ordre comme sans discipline, la colonne disloquée battit en retraite sur Paris. En vain Beaufort interpellait les fuyards; ou ils ne lui répondaient pas, ou ils s'excusaient d'une voix avinée*. Condé dédaigna de les charger. Toutefois, à la vue de Paris, le troupeau reprit quelque assurance, et la déroute s'acheva en bon ordre. Si l'on revenait, c'est que son dessein ayant été découvert, Beaufort « avoit fait rebrousser chemin à ses troupes ' » . Dans le Courrier, journal officiel du temps *, la retraite fut transformée en victoire. « Le dimanche 24, quantité de cavalerie et d'infanterie sortirent de Paris, sur le prétexte du siège de Corbeil que tenoient les Mazarinistes, mais en effect pour amuser leurs
* DuBCisso^-AcBKirÀT, Journal, l. I, p. 130.
* Priolo, De rébus Gallicis, liv. III, p. 152. Cf. Motte villk. Mémoires^ t. II, p. 319.
» Registres de C Hôtel de ville, t. I, p. 170.
^ On retrouve la plupart des nouvelles du Courrier dans VHisloire du temps, p. 170, 171 de IVdit. de 1649, 2« partie.
troupes, pendant que Ton rompoit les ponts de Gournay et de Sainct-Maur, ce qui leur empescha la communication qu'ils avoient au pays d'entre les rivières de Marne et de Seine * . » Le Parlement, au surplus, rendit un arrêt imité de Tantique, « ordonnant aux habitants de Meaux, de Lagny, etc., d'envoyer les grains, bleds et autres choses nécessaires » à Paris, « pour qu'il n'arrive nécessité aux habitants de cette ville * » . Nicolas Foucquet et son collègue Lenet veillaient à l'inexécution de ces ordres.
Au surplus, pas de troubles dans la capitale. Les vivres, sans manquer, n'abondaient pas. Cependant, on n'entendait aucun murmure ' ; mais une agitation fébrile tourmentait cette population énervée. Tout commerce était suspendu ; on ne songeait plus qu'à sauver la patrie. Les dénonciations abondaient^ et les visites domiciliaires, à la recherche de fonds cachés par le Mazarin, d^amas de vivres dissimulés par les monopoleurs. La renommée du Père Vincent ne put protéger le couvent de Saint-Lazare contre ces folies. Le soir, autres alertes. On remarquait des signaux lumineux dans les tours de certaines églises suspectes. Alors, envahissements et toujours un peu de pillage. Le Parlement défendit de pénétrer chez les particuliers sans l'assistance de deux conseillers à la Cour, toute patrouille restant consignée à la porte.
On n'en exaltait pas moins le peuple. Nos ennemis croyaient u que dans trois marchés, Paris seroit affamé, que le pauvre demanderoit du pain au riche de la même sorte que le voleur demande la bourse au passant, que le peuple regarderoit le Parlement comme son bourreau et qu'il le livreroit. Voilà huict marchés passés, et Paris subsiste ; le pauvre demande et reçoit l'aumône comme autrefois, le peuple regarde le Parlement comme son père, il exposeroit raille vies pour lui. L'armée de Mazarin est composée de
Dîne vies pour lui. 1j armée ue iMLazari]
1 Courrier, n^ 2, p. 7; Ormesson, tourna/, t. T, p. * Histoire du temps, 2* partie, p. 173. ' OftMESSOEi, Journal^ t. II, p. 647.
pillards, de sacrilèges, d'étrangers; celle du Parlement ne compte que de bons François, qui ne font de mal qu^aux ennemis ' . »
Discours pour le public. Au fond, Beaufort, Elbeuf, Marsillac, hommes sachant leur mëtier, constataient qu'il ne restait plus de passage ouvert si ce n^est du côté de la Brie. De Charenton, qu'ils occupaient depuis peu de temps, ils poussèrent leurs troupes à Brie-Gomte-Robert, médiocre place, mais où un vieux château pouvait servir de réduit*, {l" février 1649.)
Condé résolut aussitôt de frapper un grand coup. Par ses ordres, le maréchal du Plessis, a la tête de cinq ou six mille soldats, attaqua les troupes qui défendaient Gharenton.
A la première alarme, les gardes bourgeoises, les milices soudoyées, vingt mille hommes au moins, sortirent de Paris. Mais Gondé, avec une partie de ses troupes, occupait les hauteurs h Test d'une petite dépression de terrain qu'on appelait alors la vallée de Fescamp. A cette vue, les Parisiens s'arrêtèrent de l'autre côté de la colline, commencèrent immédiatement des travaux défensifs, crénelèrent les murs du couvent de Picpus. Alors, l'armée royale, ne laissant qu'un rideau devant cette multitude, détncha ses gros bataillons sur Gharenton. La Fronde possédait là un brave chef, Glanleu, jeté par dépit dans les rangs des révoltés. Il se fit tuer sur une barricade, pendant que ses gens fuyaient et que trois intendants, commis par le Parlement, dont un ex-vuinqueur de la Bastille, se sauvaient en Brie.
Le maréchal du Plessis, vieux renard, avait laissé une retraite aux fuyards et surtout aux blessés du côté de Picpus, pensant bien que ce spectacle ne donnerait pas aux bourgeois envie de se battre. Leurs chefs d*ailleurs, Beaufort, Elbeuf, Brissac, ne crurent pas possible de
* Histoire du temps, 2« partie, p. 182.
* Ormesson, Journal^ t. I, p. 646 ; Courrier, n® 3, p. 7,
les engager et laissèrent Tennemi se retirer victorieux'.
Le péril passé, les clameurs éclatèrent. On n'avait pas su tirer parti des troupes parisiennes! Les généraux avaient trahi. Les femmes s*en mêlèrent. Une blanchisseuse allait criant que Clanleu avait été tué par ses soldats'. Le Cour-rter, journal semi-officiel, ne se répandit pas en plaintes et arrangea le bulletin de TafTaire : « Messieurs nos généraux, ayant prudemment advisé au conseil qu*ils tindrent à Picquepuce qu'il n'estoit besoin de faire advancer les troupes qui estoient sorties de Paris, puisque les ennemis, pensant tirer advantage de ce qu'ils avoient fait, y avoient souffert une perte très considérable, pour ne pas dire irréparable, les firent retirer dans la ville. Geste perte, que les ennemis ont faite, traîne après soy un décri général des intentions du cardinal Mazarin^. n Deux jours plus tard, sur le bruit que Beaufort était serré de près par les troupes royales du côté de Vitry, plus de 35,000 hommes, « bons et vaillants soldats )* , volèrent au combat^; mais on ne se battit pas. Gondé, aussi prudent qu*audacieux , choisissait ses jours de victoire.
Mazarin , qui n*aimait pas à pousser le succès à i'extréme , envoya à Paris un héraut d'armes, avec des propositions de paix. Grande rumeur. Nombre de gens, nourris par le Parlement sous prétexte de milice, s'accommodaient aisément de l'état de choses. L'investissement, qui privait les riches de mille délicatesses, les entretenait, eux, dans une abondance inusitée. A la nouvelle de la venue du héraut, ce ne furent que cris : « Point de paix! Point d'accommodement'^! » Par contre, les officiers de l'ancienne
' Pour cet épisode, voir le récit des témoins ociilnires. Du Plessis, Mémoires, collection Mii.haud, p. 400, 401; Priolo, De rébus Gailicis, liv. III, p. 154; Mo»TCL4T, Mém., Quinzième campagne, p. 206.
^ GnMKSsoN, Journal, t. I, p. 655.
* Courrier, n" 4, p. 8. Cf. Journal du Parlement, 2* partie, p. 255.
* Courrier, n» 5, p. 4.
* Ormessok, Journal^ t. I, p. 666.
ffMfàe boffingeofie déBbérèmi • qae les coloaek et capitMînefk de Farit n*airoieat pas été estaUb pow s'exposer et ie* koof (^ns de ladite Yille à des sorties amqvelles îisposrfoieot eoorif hazard de leurs ries ' • .
1^ Pstrlemeni ne se méprit pas sor la grarite da sympt/mie. Toot en discotaot Tétiquette et le cérémonial, il U;nta un rapprochement arec le Boi , pois feignît de se retireTf toujours incertain. Tantôt les idées des sages de la OrandV;bambre dominaient, tantôt celles des foos des Knqaétes.
Malgré la prise de Cbarenton, les royalistes n'avaient pa fermer le passage da côté de Brie-Comte-Bobert. Deux hommes surveillaient ce secteur, comme on eût dit plus tard, le comte de Grancey à b tète des troupes royales, Foui^|uet comme intendant. Ils eurent, du 15 au 20 février, une série d'engagements avec les troupes parisiennes. Le Courrier annonça le succès des frondeurs ; mais l^a liochefoucauld , leur chef, savait à quoi s*en tenir ^. Blessé, abandonné de ^e% soldats, c'est par politique et par pitié qu'il ne demanda pas qu'on ftt « tirer au billet » , r'est*ii«dirc décimer ses fuyards. La vérité est qu'en de telles circonstances personne n'ose prendre sur soi de faire énergiquement exécuter les lois martiales '.
Hur ces entrefaites une plainte parvint au Parlement rontris Koucquet, « se disant intendant » , à raison d'ordonnances par lui rendues pour faire contribuer les villages en blé et avoine, sauf à déduire le prix de ces réquisitions sur leurs tailles. Le même jour, le président de Blaucmesnil reçut de Saint-Germain la note de taxes imposées aux maisons de campagne de presque tous les officiers
I LKnoiik UR Ijncy ot Douet d'Arcq, Begistres de VHôlel de viUe pendant /«i Froitdê^ I. I, |i. t36.
• ('owrriVr, n*» 6, p. 6.
* La nocilKKorcAULO,^ AfemoiVex, t. II, p. 125, édit. dei Grandt Écri^
FODCQUET, INTENDANT DE T/ABMÉE ROYALE. 133
de Cours souveraines'. Immédiatement (22 février), on délibéra sur les deux plaintes. Un premier arrêt enjoignit à Foucquet de rapporter, à Paris, sa commission dans trois jours, avec défense d'en user d*ici là. Un second arrêt supprima le rôle des taxes de Saint-Germain, avec menaces de représailles'.
Foucquet avait, il est vrai, visé des rôles de réquisitions à valoir sur les tailles. Son procédé, très régulier, présentait moins d'inconvénients que les pillages autorisés par les généraux sous forme de réquisitions, et la campagne eut moins & souffrir du côté où Nicolas commandait. Il était, en outre, absolument étranger à la taxe sur les châteaux. Le tout fut pourtant mis à sa charge. Le Courrier et, chose plus grave, les registres de THôtel de ville propagèrent et perpétuèrent l'accusation '. Foucquet, intendant du Roi, ne s'en soucia guère. Le siège tirait à sa fin. Les arrêts de la Cour et vingt mille bourgeois s^ avançant jusqu'à Gharenton n'empêchèrent pas les troupes royales d'enlever Brie-Comte-Robert*. Cette fois, le dernier passage fut fermé.
L'amour-propre et l'ambition rencognée des Parisiens poussèrent encore quelques cris de colère et de désespoir. « Il faudra, dit Beaufort, donner aux bourgeois le plaisir d'une bataille! » Comme un de ces agités insistait pour une sortie en masse, par cent mille hommes : — « Soit, repartit un des généraux, vous marcherez en tête. • Cette ^
' Le savant éditeur du Journal d'Ormessoriy t. I, p. 681, a commis une petite erreur de transcription. Voici son texte : • L*on délibéra sur les deux plaintes à Tégard de M. Foucquet. L'on ordonna... • Il faut ponctuer autrement : • L'on délibéra sur les deux plaintes. A Pégard, etc. «
* Le texte de cet arrêt a été publié par M. Moreau, Courrier de la Fronde, t, II, p. 166 et 181. CF. Ormessou, Journal, t. I, p. 682.
' Courrier, d9 6, p. 4; Journal du Parlement, p. 282; Registres de t Hôtel de ville^ t. I, p. 255.
* MosTGLàT, Mémoires, Quinzième campagne^ p. 208. Lettre de Mazarin à Foucquet, 20 février 1649. Du Plessis, Mémoires, p. 401; OnsiESSOsr, Journal, t. I, p. 688.
réponse coupa court aux réclamations. Restaient les enrôles, très contents de jouer au soldat à raison de dix sous par jour. Sous prétexte de défendre, en amont, le cours de la Seine, on les exporta dans les plaines d'Ivry. La garde bourgeoise rejeta de ses cadres « les courtauds de boutique et les laquais » • Tout se préparait pour le rétablissement de Tordre et du pouvoir royal. Le 19 mars, la suspension d*armes, existant en fait depuis le 24 février, fut formellement conclue.
Ainsi finit le siège de 1649. « Je pense être obligé de vous rapporter, dit le Journal du temps, que plusieurs personnes se sont étonnées d'entendre que Paris, la plus grande et la plus populeuse ville du monde, composée d*un nombre infiny d'âmes, se fût laissée comme bloquer par une armée si peu nombreuse à proportion... » En effet, continue l'apologiste, « on pourroit accuser ce peuple de peu de résolution en cette rencontre...; mais on a toujours différé, parce que les forces ennemies faisoient parade au nom du Roy, qu'on ne croyoit pas que le prince de Condé porteroit les choses à de telles extrémités ; que Messieurs du Parlement et MM. les généraux n'avoient pas voulu paroitre agresseurs, se contentant de faire entrer des vivres sans bazarder aucuns bourgeois ni leur permettre aucunes sorties que celles qui se sont faictes par force, d'où toutefois on ne les a retirés qu'cà peine » . A coup sûr, les ennemis auraient été culbutés « toutefois et quantes que Ton eust voulu faire une sortie de cinquante, voire de cent mille hommes, si on n'eust pas eu cet objet d'espargner les sujets du Roy* n.
Ainsi parle une sotte vanité. Il est plus juste de constater que, si des bourgeois et des miliciens mal exercés et enrôlés à la hâte furent insuffisants pour l'offensive, des généraux
* Courrier, n® 8, p. 6. Le Journal du Parlement a reproduit ce passage en l'arrangeant un peu. Le Courrier burlesque l'a naturellemenC supprimé.
tels que Condé, du Plessis, Grancey ne hasardèrent pas non plus leurs vieilles troupes dans une attaque contre eux. C'est qu*en effet, si le courage défensif est naturel à la plupart des hommes, les plus braves d'entre eux ne sauraient acquérir que par la discipline et la pratique des armes les qualités offensives de bons soldats '.
La persévérance dans les idées politiques n'était pas plu» en ce temps que dans le nôtre le propre des Français. Le siège terminé, l'avocat général Omer Talon chercha à mettre quelque ordre dans ses convictions. Cet homme, que nous avons vu si rude dans ses discours à la Reine, commença à trouver que la Reine avait eu raison de sortir de Paris, que la contradiction du Parlement était étudiée, pleine de parti pris, a de grande conséquence dans une monarchie. Tous ceux qui ont eu du sens dans le Parlement ont reconnu le péril où ils s'étoient mis d'avoir autorisé le peuple... De protecteurs et pères du peuple qu'ils vouloient être, ils en sont devenus les valets et les esclaves... Quant à la populace, il n'y faut faire aucun fondement; les uns, ayant du pain, étoient contents; les autres, n'ayant rien à perdre, pensoient gagner dans une sédition, crioient à la guerre et la demandoient. » De bonne intention, de sincère affection au bien public, il n'en a vu nulle part ^. L'avocat général oubliait sa propre conduite et sa propre inconstance.
Nicolas Foucquet, moins raisonneur, montra plus de sens pratique. Dès qu'on avait vu jour à la conciliation, il s'était empressé de se mettre en bons termes avec le prévôt des marchands et la municipalité de Paris, leur envoyant des protestations de respect, de déférence, facilitant le
* Sord, dans son Histoire de la monarchie, t. I, p. 431, dit k cotte occasion : « Quelque opinion qiron ait eiie des bourgeois, il y en a d'adroits el de vaillants, qui, combattant pour leurs foyers, ne manqueroient point de cœur. •
• TàLOif, Mémoires, p. 358.
i36 ' NICOLAS FOUCQUET
ravitaillement de la ville ^ Ce qu^on sait de lui à cette époque donne fidée d'un homme ferme et modéré. Son père, au temps de la toute-puissance de Richelieu, avait sauvé de la prison un sieur Coulas. Ce personnage, victime une fois de plus de la légèreté de son maître, Gaston d'Orléans, se trouva encore une fois dans la nécessité d'obtenir une autorisation de séjour à Paris. Caché chez un baigneur de la rue Saint-Antoine, il fit appel au crédit de Nicolas, qui s'employa fort utilement pour lui. Un parent de Goulas, qui vit Foucquet à cette occasion, « ne le trouva pas tel qu'on le prosna plus tard ; s'il parloit sensément, ce n'étoit ni bien ni avec délicatesse, et, ayant touché quelque chose des affaires présentes, il n'en sortit pas en bon courtisan' » . Si Foucquet, après avoir rendu service au secrétaire de Gaston, traita assez rudement la politique de son maître, il resta vraiment dans son rôle.
C'est à cette époque si tourmentée que parut pour la première fois, à côté de Nicolas, son frère Basile, plus jeune que lui de sept années'. Ce garçon avait été investi, comme d'un bien de famille, de la trésorerie de Saint- Martin de Tours ^. Sa situation ecclésiastique était d'ailleurs des plus médiocres à tous les points de vue. Petits bénéfices; plus petits engagements dans les Ordres; avec cela une ambition excessive, servie par une activité débordante. Il se posa tout d'abord comme un émule de Retz, et préci-
» Registres de PHôtel de ville, t. I, p. 400. P. HiLLK (Poemata, p. 192) dit k ce sujet :
Ipsa quoquc invidii lon(;è Luletia, dum te Et circumjeclas urbcs Indiclio vexât Arctalque annonas ; erço, non segnis, alumni Sollicitavit opem, votisque poiita, rei)entc Munificae tcntil tperata juvamina curae.
* G0ULA8, Mémoires^ t. III, p. 182.
* L'éditeur des Mémoires de Retz (t. II, p. 525, note 3) et beaucoup d'autres ont cru que Basile était le second fils de F. Foucquet. C'était le sixième enfant et le troisième fils.
* Gallia christ iana, t. XII, p. 240
FOUCQUET, INTENDANT DE L'ARMEE ROYALE. l:)7
sëment le hasard, autant sans doute que le choix, en fit un des antagonistes du Coadjuteur. Ce grand agitateur prétendit tout d'abord que ce jeune brouillon voulait le faire assassiner \ Les esprits étaient alors si étrangement exaltés que Taccusation ne parut pas invraisemblable. En tout cas, ridée flatta Tamour-propre du prélat soi-disant menacé.
La guerre finie, Nicolas Foucquet reprit pendant huit mois son service de maître des requêtes. Il était de quartier, en janvier 1650', lorsque des événements nouveaux se produisirent. Condé, qui, un an à peine écoulé, bloquait Paris au nom du Roi, est arrêté par Tordre de Mazarin (18 janvier 1650). Le peuple, qui Tavait acclamé au mois d'août précédent, applaudit à son arrestation. Le Cardinal part pour la Normandie à la tête d'une petite armée destinée à pourchasser les frondeurs normands, insurrection burlesque dont Saint-Évremond a écrit la véritable histoire '. Nicolas Foucquet suivit encore Tarmée royale, comme intendant, et déploya son activité ordinaire. Le point capital était d'empêcher l'occupation de Dieppe par la duchesse de Longueville. Plessis-Bellière et Foucquet, suivis par une poignée d'hommes^, y coururent, se concilièrent les bour- |[eois en leur évitant les ennuis des logements militaires. Au bout de peu de jours, le château se rendit. Cette courte campagne resserra des liens d'amitié déjà existants entre le jeune intendant et le lieutenant général du Plessis-Bellière,
» Retz, Mémoires, t. II, p. 525.
* Il assista aux séances des 4,10, 17,27 j.-invier 1650. Archives nutioiialos, registre H, feuilles «raudience V^, 1147.
' Retraite de M. le duc de Longueville en son gouvernement de Normandie, fées véritables œuvres de Saint'Évremond, t. I^ p. 31. Londres,
^ Ils avaient avec eux sept gnrdes du Cardinal, le marquis de Bournon ville, deux gentilshommes et Du Quesne. Mémoirex chronologiques pour servir à thisloire de Dieppe, t. I, p. 300, et Pnris, 1785. Asselire, Les antiquités et chroniques de la ville de Dieppe, t. II, p. 280, Dieppe, 1874. Dans cette expédition, Foucquet avait comme collègue le maître des requêtes Marguerie. Chékobl, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, t. III, p. 5.
dont Foucquet défendit fermement les droits auprès du ministre et qu^it fit gratifier du gouvernement de Dieppe '«.
Au même moment, Basile Foucquet, aide de quelques officiers supérieurs, était chargé de surprendre en Champagne et en Luxembourg les places de Glermont et de Damvilliers. Il s*agissait de gagner à prix d'argent les soldats de ces garnisons, dont les sergents avaient été changés par Gondé et La Rochefoucauld. Le coup, surveillé par Tabbé et exécuté par un officier appelé Beschevelle, réussit à merveille. Les fonds avaient été prélevés en Normandie sur une contribution de 1,100,000 écus imposée à la province. Mazarin, profitant de l'occasion, en prit 100,000 pour lui, comme « compensation de ses meubles vendus par les frondeurs* ».
La Cour, revenue à Paris, repartit bientôt pour une autre expédition en Bourgogne. Nicolas Foucquet suivit encore l'armée royale à Dijon, puis à Bourges. La campagne fut heureuse et courte (2 mars-3 mai 1659)*. Toutefois, quand Mazarin rentra dans la capitale, il y retrouva, malgré ses succès en province, des opposants de tout état, de toutes nuances, de tout sexe ^.
Nous touchons à un point décisif de la vie de Foucquet. Les circonstances vont le porter à une situation telle qu'il n'en avait jamais pu rêver de semblable. Depuis six mois, il travaillait sous les veux du ministre, et ce connaisseur en hommes avait bientôt deviné que dans ce maître des requêtes, intelligent, brave, passant aisément de
^ Lettres de N. Foucquet à LeTellier. Bibl. nat., ms. Fr. 6882.
* Le poète Halle (Poemata, p. 192) a conservé Je souvenir de ces eipédilions :
Quid reliques actiit memorem! qiiid Régla CAstra Judiciit adjuta luis? teu terra tumullu Neusiriadum aut Araris loties vocal arce rcbelli, Seu miser el falo Biturix invisus uterque.
' DuBUissoN-AuBEHiT, Joumat, t. 1, p. 22t.
* MoHTCLàT, Mémoires^ p. 229 ; Clbmekt, Lettres, Instructions de Colbert, t. I, p. 3.
Taudience à Tarmée, se trouvait TétofFe d'un plus grand personnage. De fait, Nicolas Foucquet, par son éducation de famille, par ses études, par sa vie administrative et militaire, présentait une variété d'aptitudes toujours rare et plus particulièrement précieuse dans des temps troublés où il faut instantanément faire face à des difficultés multiples et inattendues.