‹ Nicolas FoucquetChapitre 26 sur 183 · BANQUEROUTE DE 1649. HT · texte numérisé non relu

BANQUEROUTE DE 1649. HT

mais parmi eux se trouvaient de très honnêtes gens, de bonne conscience et de mœurs irréprochables, n'ayant acquis leur bien que par des voies légitimes. Sans rien considérer, on applaudit à la proposition du président, absolument injuste et illégale. Bien plus, le 29 juillet, en plein lit de justice, le premier président Mole déclara' que les partisans étaient comme des fleurs naissant et mourant le même jour; « que c*étoit dans la confiscation de leur bien que Sa Majesté pouvoit trouver de quoy faire subsister ses armées et remédier à toutes les nécessités de son Estât, sans rien prendre sur ses officiers et ses fidelles sujets » . Omer Talon ajouta qu'ils méritoient « les gibets et les supplices qu'on leur j)réparoit * » .

Sur ces discours de deux hommes qui par situation devaient être gouvernementaux, on peut juger de Faccueil qui fut fsLit à la déclaration du gouvernement. Elle accordait cependant pour l'avenir le principe de la vérification des édits établissant des impôts; mais la majorité, menée par un vieux conseiller appelé Broussel, homme honnête et borné, s'entêta dans ses exigences de révocation des prêts. La somme, qui n'est pas exactement connue, montait au moins à 150 millions, ce qui équivaut à 750 millions de nos jours Pour une première banqueroute, le chiffre est respectable.

Les partisans ruinés s'efforcèrent d'intéresser à leur sort le gouvernement, déjà irrité contre le Parlement. Celui-ci, se transformant en Convention, ordonna, le 28 août, des poursuites contre les fermiers des cinq grosses fermes. A la Cour, ce fut une explosion de colère. Les prêteurs, nobles ou bourgeois, firent chorus, et, la nouvelle de la victoire de Lens donnant de l'audace aux ministres, on résolut d'enlever ou d'exiler les meneurs de la révolution, qui venait tout justement de recevoir son nom populaire, la Fronde'.

1 Histoire de la monarchie ^ t. I> p. 325.

' OnMEssoH, Journal, t. T, p. 355.

Le coup d'autorité alors exécuté par La Meilleraye, aussi médiocre militaire qu'inhabile financier, ne réussit pas. La journée des Barricades et sa suite sont connues. Triomphe de Broussel, nouvelles concessions des ministres. Cet échec rendit irrémédiable une banqueroute dont les conséquences se firent sentir longtemps après Tapaisement des troubles, cause ou prétexte de ce premier manquement à la foi publique.

Nicolas Foucquet ne fut pas ostensiblement mêlé aux événements de juillet et d'août 1648. Il employait ces loisirs forcés au règlement de ses affaires d'intérêt et de famille. Car les révolutions ne produisent rien. Nous qui vivons aussi dans des temps troublés, nous savons ce que coûtent à notre travail ces politiciens moins intéressants qu'intéressés, qui se donnent pour mission de faire leur bonheur d'abord et le nôtre s'il se trouve. Les crises, provoquées par ces habiles, reculent le succès des entreprises, sans suspendre l'échéance des dettes, et tout finit par des faillites. C'était déjà le cas au milieu des complications de la Fronde. Les affaires coloniales, qui n'avaient jamais été bien prospères, déclinaient ' .

Depuis plusieurs années, les seigneurs de la Compagnie des îles éprouvaient de sérieux mécomptes. Le lieutenant général pour le Roi, M. de Poincy, ne s'accordait pas avec leur intendant, car à l'imitation de la métropole, la compagnie commissionnait un intendant^. De là, lettres entre les gouvernants, révolte des colons, saisissant ce prétexte pour ne pas payer d'impôts à la compagnie. La compagnie à son tour se laissant protester, les créanciers s'en prirent aux administrateurs, aux directeurs, comme on les appelait en ce temps-là, et les tribunaux condamnèrent ces premières victimes de l'anonymat.

> OnMESsoîf, Journal, t. I, p. 5V7.

* Le R. P. Du Terit^e, Histoire générale des Antilles, t. I, p. 251. Cf. Gou- Làs, Mémo ires y t. II, p. 217.

FOUCQUET, INTENDANT DE PARIS, iî^

Foucquetet d'Aligre, contraints de s'exécuter, appelaient en garantie leurs actionnaires qui faisaient la sourde oreille. A la fin, le 15 mai 1648, en pleine Fronde, ils convoquèrent une assemblée générale pour le premier vendredi de juin. Même refus de concours. Les seigneurs alors résolurent de vendre la seigneurie en détaiP, cédant à Tun Tile de Saint- Christophe, à Tautre celle de la Guadeloupe. La liquidation, opérée en de telles circonstances, fut désastreuse.

En même temps, Nicolas Foucquet procédait à l'inventaire des biens qu'il possédait du chef de sa femme et dont il était comptable envers sa fille mineure*. Les parents de Bretagne étaient venus à Paris, et ce travail dura pendant tout le mois de juillet. Ces mesures, si on les rapproche du brevet obtenu au mois de mai en faveur d'une veuve éventuelle, indiquent assez que le jeune maître des requêtes songeait à se remarier. Les événements imposèrent bientôt un autre tour à ses idées. On ne se marie pas entre des barricades, et la population parisienne s'amusait alors à jouer à l'émeute.

Foucquet, malgré la suppression de son intendance, était resté l'homme de confiance des ministres. En septembre, il fut nommé procureur général de cette terrible Chambre de justice créée le 18 juillet dernier, et qui devait par sa rigueur inspirer la crainte jusque dans l'avenir le plus reculé*. Si la tradition désignait le fils et le neveu des Foucquet pour cet emploi redoutable, l'humeur conciliante de Nicolas et son dévouement a la Reine furent plutôt les raisons déterminantes de ce choix. Au Parlement on s'en douta; on n'agréa pas ce procureur général suspect de clémence ^ et qui fut remplacé par un sieur de Savenières. Au

I Du Tertre, loc. cit,^ p. 443.

^ La minute de cet inventaire, dressée par Cousinet, notaire, est actuelUment conservée dans Pétude de M* Lefebvre, h Paris.

' Les lettres de création sont imprimées dans les Mémoires de Taloo, p. 252.

^ Ormessok, Journal, t. I, p. 576.

120 2«IC0LAS FOUCOfET.

surplus, les esprits étaient déjà envahis par d^autres pas» sions. On avait des affaires bien plus importantes à régler. En fait, la Chambre ne fonctionna pas.

Il n'en est pas moins curieux de voir Foucquet procureur général désigné d'une Chambre de justice où devaient siéger des magistrats comme Poucet, Bouchera t, nommés par le chancelier Séguier. Tous ces hommes reparaîtront un jour dans des situations respectives bien difFérentes, et Ton constatera une fois de plus ce que la vie humaine comporte de vicissitudes.

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