PUBLIQUE ET SA VIE PRIVÉE. SES GOUTS ARTISTIQUES ET LIT- TÉRAIRES
Si François Foucquet avait fait partie de la sanglante commission de Nantes, ce n'était que par hasard et parce qu'il se trouvait sous la main. En réalité, le Cardinal Tavait emmené en Bretagne pour y mettre sur pied ses projets maritimes et commerciaux.
Cinq jours après le massacre de Chalais, Louis XIII tenait à Rennes un lit de justice. Il présentait à Tenregistrement un édit M que toute la France recherche » , que « les étrangers craignent » , dont l'exécution est seule capable « de remettre le royaume dans son ancienne splendeur » , Tédit de la Compagnie des Cent Associés.
Le siège social de la future société devait être établi à Morbihan, u un des plus beaux ports du monde ' » . L'Anglais, l'Espagnol, le Hollandais tremblaient de peur à la seule menace de cette concurrence. On allait sans retard bâtir une ville, avec chantiers de construction, arsenaux, entrepôts. Les Associés en seraient les seigneurs; ils y établiraient
^ Le Morbihan, vaste golfe, situé prùs de Vannes. Y. Lettres, papiers du fHtrdinal de Richelieu, t. II, p. 532.
eux-mêmes leurs juges, avec appel, non au Parlement, « par crainte des longueurs de la chicane, mais au conseil du Roi, où la justice étoit plus promptement administrée ' » .
Ce dernier mot était de trop. Malgré les grandes considérations, malgré Tavis Favorable des États de Bretagne ^ et les efforts des Foocquet, le Parlement refusa d'enregistrer un édit restrictif de sa juridiction. Puis, comme la peste sévissait, la Cour partit en toute hâte, et le grand projet des Cent Associés tomba dans l'eau.
On ne termina pas plus une négociation relative au rachat de Belle-Isle, qu'on eût facilement réuni au domaine royal. Les États offraient de payer le prix de l'acquisition, pourvu qu'on leur en laissât les revenus pendant trois ans. Le propriétaire, M. de Retz, avait même déjà reçu un acompte de cent mille livres. On ne finit rien, et ainsi resta à Tétat de simple fief cette île dont la possession devait être un jour si fatale au second fils de François Foucquet '.
Cependant, notre maître des requêtes revenait à Paris par le grand chemin de la faveur. Richelieu l'avait noté, lui et les siens, pour leur concours dans l'affaire de Chalais. De plus, Foucquet s'était créé, comme ondiraitaujourd'hui, une sorte de spécialité dans les affaires de la marine et du commerce; il devenait ainsi un homme précieux, car, malgré son échec au Parlement de Rennes, le Cardinal s'était nommé grand maître de la navigation et surintendant du commerce ^.
' RicoBLiEU, Mémoires, t. I, p. 398, édit. Buchon.
« Ibid.
* Mercure françois y 1628, p. 141. Dans la session de décembre 1627 à janvier 1628, les États introduisirent beaucoup de restrictions à leur consentement, notamment : • Que les Cent Associés ne pourront prétendre à aucun commerce probibitif. a
^ Ricbelien dit que les charges de connétable et d*amiral dépouillaient le Roi de toute autorité sur les forces de terre et de mer. • Elles mettoient une confusion sans remède dans les finances du Roi. Le surintendant ne pouvoit faire aucun règlement parmi les gens de guerre de terre ou de mer. Les trésoriers le renvoyoient au connétable ou à Tamiral, qui n'avoient souci de ses réclamations. • {Mémoires^ t. I^ p. 424.) L'édit ne fut TériHé en Parlement que le 18 mars. {Lettres de Richelieu, t. II, p. 416, publiées par Aye^vel, dans
Jusqu'alors la mer tUait considérée comme un fief dont 1 amiral était le seigneur. Il possédait TOccan comme un marquisat, comme un duché. A cette tenure féodale, Richelieu substituait Tautorité directe du Roi et le régime de l'intendance.
Juste au moment où la grande affaire des Cent Associés se perdait comme un bruit de paroles, un Normand nommé Belain d'Esnambuc, parti de Dieppe en 1625, pour faire hi course, rentrait en France. Il avait pris Tîle Saint-Christophe, de concert avec les Anglais, et il en rapportait un ])lein chargement de tabac. Sa pacotille bien vendue, il se rendit à Paris en bel équipage, accompagné par son commanditaire. Il parla avec tant de conviction de l'excellence des îles d'Amérique, de la beauté de leur climat, des richesses faciles à gagner en peu de temps, de la gloire et de l'honneur à acquérir, qu'il entraîna beaucoup de gens. Mais déjà on ne pouvait rien sans le gouvernement. D'Esnambuc parvint jusqu'à Richelieu, et le 31 octobre 1626 on signait au Palais-Cardinal l'acte d'association des seigneurs de la Compagnie des Isles'. Ce fut François Foucquet qui représenta les intérêts particuliers du Cardinal dans cette entreprise entièrement nouvelle.
Les seigneurs s'associaient pour coloniser les îles de Saint-Christophe, de la Barbade, u et autres situées à l'entrée du Pérou* » , pour convertir les habitants, tra6quer et négocier. Le Havre de Grâce, dont Richelieu était gouverneur, devait servir de port d'attache, exclusivement à tous autres, pendant vingt ans. Du premier coup, on avait trouvé la forme des sociétés à responsabilité limitée. « Nous
les Documents inédits,) • L\imiral avoit pris telle autorité sur les négocianâ, (|u'il les incommodoit extrêmement au Heu de les favoriser. • (Viaurt, //i^totre du ministère, t. I, p. 387.) Les amiraux liraient du commerce 100,000 livres par an. (Ibid.) Richelieu ne voulut pas qu'on attribuât d'appointements à sa charge de surintendant, mais il se Ht donner une compagnie de gardes. Le Trésor n*y gagna rien.
' MAncRY, Belain iCEsnambuc et les Normands aux Antilles. Paris, 1863.
* Le P. DU Tertre, Etablissements des Français aux Antilles, t. I, p. 8.