MORT DU FILS AÎNÉ DE FOUCQUET
poètes se crurent obligés de consoler les parents*. L'un d'entre eux, le Jésuite Cossart, ami et condisciple de Nicolas, composa une sorte d'apologie de la mort. «Cette mort, accablée de reproches , a souvent épargné les Foucquet, bien que la mère de famille, Marie de Maupeou, se soit posée comme son ennemie en soignant les malades, en multipliant les remèdes efficaces. » Si l'œuvre fût restée dans ces banalités oratoires, à peine mériterait-elle une mention. Mais ce poète rhétoricien était un homme, un prêtre. Laissant les oripeaux de la versification, il fait ainsi parler la Mort à son puissant ami :
«Ah! si tu connaissais les biens que j'apporte, tous ceux de la vie cesseraient de te plaire. Tous les tiens ne sont-ils pas comme perdus au milieu d'un déluge de maux? Dans le tumulte de tes occupations, ton existence s'écoule, et tu n'auras pas vécu. D'autres jouissent d'une vie qui ne t'appartient pas. Du matin au soir, ton antichambre est encombrée ; les divinités de la Cour te sourient; une foule dorée se dispute tes bonnes grâces. Que sont-ils au fond? tes geôliers; ces troupes de courtisans, malgré leur obséquiosité , te tiennent prisonnier. L'un accourt de la part du Roi; l'autre, de celle du Parlement; tel te ramène aux soucis de la surintendance; tel autre à ceux du parquet. Malheureux, ta vie est sans cesse ballottée par ces flots; elle fuit, sans repos, au milieu de ces clameurs. Partagée entre le service du prince et celui du public, il n'en reste rien pour toi. En vain les tables sontelles chargées de mets délicieux, l'inquiétude les empoisonne; en vain des lits moelleux t'invitent-ils au sommeil, à travers leur duvet perce la pointe aiguë des soucis. Et c'est pour de tels biens que tu voulais garder ton fils! Et tu gémis de ce que je l'aie arraché à tant de tourments! »
Entendre un bon conseil; l'apprécier et ne pas le suivre, c'est toute la vie d'un homme.
1 Cossart, Poemata, p. 258.