‹ Nicolas FoucquetChapitre 98 sur 183 · FOUCQUET ET MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

FOUCQUET ET MADAME DE SÉVIGNÉ

moi, je vous prie, des nouvelles de Famour du surintendant » ; et, à titre d'amitié ou d'encouragement, il raconte ses histoires avec sa Chùnène, offrant d'échanger son secret contre ces bagatelles ^

La belle cousine ne se laissa pas prendre à ce jeu d'un goût douteux. Elle serait au désespoir de pouvoir mander quelque chose d'approchant. « J'ai toujours avec lui les

mêmes précautions et les mêmes craintes cela retarde

notablement les progrès qu'il voudroit faire. Je crois qu'il se lassera de vouloir recommencer toujours inutilement la même chose. » Elle l'a vu deux fois en six semaines, voilà tout. « Usez aussi bien de mon secret, écrivait-elle en terminant, que j'useroi du vôtre ; vous avez autant d'intérêt que moi à le cacher ^. » Fine allusion aux services déjà obtenus de Foucquet, comme à ceux qu'elle ne cessa d'obtenir pour cet indigne cousin ^.

Évidemment, Nicolas essaya de plaire à Mme de Sévigné. Appréciant son esprit, il ambitionna de parvenir jusqu'à son cœur. Marie en fit la confidence à son ami Ménage, ayant bien soin d'ajouter que le surintendant lui-même tt étoit persuadé que ce n'éloit pas chose facile » . « Quelque envie qu'il ait de se mettre à la mode, je vois bien que nous en demeurerons à l'estime et au respect. » Au surplus, elle profitait de ses bonnes dispositions pour obliger ses amis^.

Ou devine ce qui se passa. Nicolas Foucquet, séduit par l'esprit de la belle veuve, bien reçu à tous les titres, pour ses anciennes relations, pour sa politesse, si l'on veut même pour sa grande situation, subit le charme, risque une déclaration; poliment éconduit, il revient à la charge, avec une persistance discrète. Deux ans se passent, on le trouve

1 Lettre de Bussy, du 3 juillet 1655.

• Lettre du 19 juillet 1655.

• Lettre de Bussy, 7 octobre 1655.

• Les éditeurs pensent avec raison que ce passage s'applique à N. Foucquet, et que la lettre est de 1655.

au même point; le prétendant malheureux se résigne et reste un ami fidèle.

Voilà ce qu'on sait sur les premiers « déportements » de ce surintendant qui n'aurait jamais trouvé de cruelle, de cet homme qui travaillait dix à douze heures par jour. Se livra-t-il a un jeu d'esprit? Subit-il un entraînement du cœur? Qui le dira? On doit en tout cas reconnaître que Foucquet, dans la conduite de ce petit roman, fit preuve de goût délicat, de savoir-vivre, et se comporta en homme bien élevé. S'il n'obtint pas tout ce qu'il ambitionnait, il conquit et conserva, précieuse compensation de l'avantage refusé, l'amitié publique d'une femme charmante, dévouée, et qui, dans le secret de son cœur, Taima.

 la fin de l'année 1656, Nicolas Foucquet touchait presque à l'apogée de sa fortune. Il a mis la main sur le Parlement; tous les financiers ont confiance en lui. Mazarin le comble de félicitations et d'assurances de son entier dévouement. Autant en fait la Reine et autant le jeune Roi. Ses frères sont en bonne situation. Il sacrifie à son penchant en rebâtissant Vaux; il goûte enfin le plaisir intime de se voir recherché par les belles dames, distingué par la plus spirituelle. Rentré chez lui, il y trouve une jeune femme, un peu entichée de sa noblesse assez douteuse, un peu fière, mais en somme avenante, sachant tenir son rang. Cinq enfants, trois filles, deux garçons, garantissent l'avenir de la famille. L'aîné surtout, le petit François, est l'objet des complaisances du père. On admire sa gentillesse, sa grâce, son intelligence qui devance de beaucoup ses quatre ans.

Il n'était pas possible qu'au milieu de ce concours de prospérités, on n'entendit pas l'éternel rappel à l'éternelle vanité des choses humaines. Tout à coup, cet eniant chéri, ce fils aîné tomba malade et mourut.

A cette époque, où l'on avait de nombreux enfants, on ressentait moins la perte d'un petit être, porter le deuil n'était pas jugé digne de l'autorité paternelle. Toutefois, les

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