‹ Nicolas Le Roy et ses descendants [microforme]Chapitre 72 sur 84 · DRE · texte numérisé non relu

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qu'ils élèvent leurs enfants dans la paresse et dans les vices qui l’accompagnent. Les habitants des campagnes sont charitables, on ne saurait trop leur recommander de l'être ; mais on devrait être sur ses gardes, en donnant la charité afin qu’elle soulage le pauvre honnête et qu'elle n'encourage point la paresse ni le vice, et qu'elle ne prive

point le laboureur de bras dont il a besoin, n

Mon père parlait aussi de son oncle Livée. C'est ainsi que l’on appelait dans la famille, Pierre-Olivier, le fils ainé de mon arrière grand-père. Pierre-Olivier comme son frère François, avait reçu de la nature une taille au-dessus de l'ordinaire. A l'âge de 18 ans, il avait dû prendre le mousquet et courir à la frontière. Il formait parti de ces vaillants voltigeurs canadiens, qui sous le commandement de Salaberry, repoussèrent les troupes du congrès américain, à Châteauguay. Quel beau soldat devait être le grand oncle Pierre-Olivier ! Comme tous ceux qui ont servi, il aimait dans sa vieillesse à raconter ses campagnes. Mon

père prenait plaisir à le faire causer.

FL grand oncle Pierre-Olivier avait conservé le costume et ies habitudes des ancêtres. Il portait encore la culotte et la coiffure Louis XV quand, depuis longtemps, on avait adopté les habits modern*s. Mon père se souvenait de l'avoir vu portant une grande redingote de drap bleu avec d'énormes boutons d'argent, une culotte de velours, une perruque poudrée et des souliers à ia poulaine avec de larges boucles d'argeñt. “es vêtements pour travailler

aux Champs étaient encore ceux du régime passé,

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On avait dans Ville-Marie, hameau qu'habitait Pierre- Olivier, un baromètre infaillible. Chaque matin, le grand oncle, assis sur le seuil de sa porte, examinait l'horizon, puis il allait faire sa toilette. S'il revêtat sa grande redingote bleue, s'il passait sa culotte de velours et poudrait soigneusement sa perruque, on était sûr d'avoir du beau temps toute la journée. Le grand oncle se trompait rarement dans ses pronostics. Il avait le flair météréologique. L'absence de son grand costume de gal: tait un signe de pluie ou de tempête beaucoup plus :* "encore que le bonnet de nuages dont se couvre le cap Tonurmente à l’ap-

proche d'un orage.

C'est Pierre-Olivier (Alexis) qui herita de la terre paternelle. Cette terre, échue en partage à Rénoni Rov, est maintenant la propriété de Damase Roy. Elle est situee dans la concession de Ville-Marie, à environ quatre arpents à l'est de la route qui conduit de Beaumont à Saint-

Charles.

Mon grand oncle Pierre-Alexis eut tous les hour:ur que l’on peut ambitionner dans une paroisse. IT':t c:pitaine de milice et marguillier. Pendant qu'il e£triti a charge de marguillier, il eut à soutenir bien des luttes ui supporta avec la plus grande sérénité. Rien ne pouvait troubler l'égalité de son humeur. Aussi l'appelait-on le philosophe.

Après le décès de M. Lestang, M. Louis Raby fut appelé

à la cure de Beaumont dans l'automne de 1838. Il se mit

en tête, un an après son arrivée, de changer ie nice

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d'élection des marguilliers. 1 Les paroissiens, écrivait-il, le 30 décembre 1839, n'’assisteront plus à l'avenir aux assemblées de fabrique. Je les ai décidé à y renoncer. Il n'y en a que cinq ou six qui s’y refusent. “ Le bon curé sentait cependant le besoin d'avoir de l'appui dans le système nouveau qu'il voulait inaugurer. Le 16 janvier 1840, il écrivait à son évêque qu'il s'était assuré du concours de M. Ferréol Roy, le seigneur de Vincennes. nu Comme il est pusillanime, ajoutait-il, si vous voulez m'écrire un mot qui le flatte et qui le mette en mouvement

les choses iront le mieux du monde. 1

Hélas! M. Raby comptait sans les déchaînements populaires. En décembre 1840, ayant voulu faire l'élection des marguilliers sans le concours des paroïissiens, ces derniers s'emparèrent de. la sacristie. Il y eut bagarre, et le curé, pour échapper à la fureur des paroissiens, dut se cacher dans une armoire. Les notables réclamaient leurs anciens privilèges avec plus de rigueur que jamais. Ils en appelèrent aux tribunaux et un bref de mandamus fut émané. Le procès qui fut entamé dura deux ans. Le 22 octobre 1842, la cour du banc du roi ordonna de pro-

céder à l'élection des marguilliers comme d’habitude(r).

Ce fut Pierre-Alexis Roy qui, en sa qualité de marguil-

(1) La cour dans son jugement s'appuie sur les autorités qui suivent : 28 août 1673, Jean-P. Givert, éd, de 1750, vol. T; Inst. Ecclés, Titre LXXI. Lettres Laïques ; Code des curés, Ths Gale, vol, 3, p. 359 et vol. 4, 22 déc. 1759 ; Fabrique de Thiais, art, 51; Coudat de Closol, 1780, Paris, vol, 1, pp. 208-210; François Jornel, p. 172; Journal de 1660 à 1674; Confirmation de l'édit de 1695.

lier en charge, eut à supporter le poids du jour dans toute

cette affaire. Il s’en tira avec son impassibilité ordinaire.

Le curé Raby ne survécut pas longtemps à ces misères. Il décéda le 17 juin 1843, et fut enterré dans l’église de

Beaumont (1).

L'incident soulevé en 1839 à propos de l'élection des marguilliers fut le commencement de ces chicanes oïiseuses qui ont signalé depuis la paroisse de Beaumont et dont s'est moqué si agréablement Mgr H. Têtu dans sa Vie du curé Bouchard. En 1849, on voulait faire payer son banc au seigneur ; en 1853, on s'opposa lourdement à la loi des écoles, et d'année en année, depuis cette lointaine époque, on trouve sujet à querelle à propos de tout et à propos de

rien,

Mon grand oncle Pierre-Alexis mourut en 1838. De g 5 \ er 2 » 4 !

1843 à la date de sa mort, il vit quatre curés se succéder dans sa paroisse autrefois si paisible et si sage. Le premier octobre 1843, M. Michel Lemieux succéda à M. Raby. Il partit en 1848 pour l’Hôtel-Dieu de Québec où, il fut chapelain jusqu'à sa mort arrivée en 1874. M. Léon- Martin Noël de Tousignan remplaça M. Lemieux à Beau-

mont de 1848 à 1852, puis vinrent M. Charles Beaumont,

de 1852 à 1853, M. François-Filaire Belle-Isle, de 1853 à 1854, décédé le 4 mai de cette année à l'Hôtel-Dieu de Qué-

(1) M. Raby, né en 1787, ordonné en 1800, fut missionnaire à Madawaska de 1810 à 1813, curé À Sainte-Claire, de Montréal, à Saint- Antoine de Tilly, au Château-Richer, et enfin À Beaumont, où il mourut à l'âge de 36 ans. (Vie de C,-F, Painchaud, par N.-E, Dionne, p. 62).

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