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à Londres et le brevet pris dix-neuf mois plus tard, il s’est fait des essais au laboratoire et des travaux en fabrique à la manufacture de Saint-Denis, qui, sans changer le caractère du procédé, lui assurent toute sa valeur et ne laissent plus de doute à l’auteur sur le succès de sa méthode et sur l’importance de l’entreprise qu’il va former.
Mais bientôt les événements de la Révolution amenaient le séquestre des biens du duc d'Orléans et par suite celui de la fabrique de soude, dans laquelle il était intéressé.
Les travaux de cette usine étaient donc compromis | dès sa naissance, soit faute des fonds nécessaires à sa marche, la source en étant tarie, soit par suite des embarras résultant du séquestre.
En même temps, sur la proposition de Carny, pos. sesseur d'un procédé pour l'extraction de la soude dont il faisait l'abandon, tous ceux qui exploitaient des usines pour la préparation de cet alcali furent tenus de faire connaître la situation de leurs travaux, l'importance de leur fabrication et la nature de leurs procédés. Le Comité de Salut public demandait, dit le rapport, le sacrifice généreux de toute espèce de secret pour la patrie.
La lettre suivante écrite à Leblanc par Shée, à la date du 13 pluviôse an IT, fait connaître la situation … que ces deux mesures combinées créaient à la nouvelle industrie :
« Je viens dans le moment de lire, dans la feuille intitulée le Moniteur, en date d'hier, que tous les
républicains possesseurs de quelques secrets ou procédés pour la fabrication de la soude par la décomposition du sel marin, étaient invités à en faire part
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au Comité de Salut public, section des armées, |
parce que la patrie pouvait en retirer des avantages précieux pour ses moyens de défense.
-« J'imagine que tu es parfaitement au fait de cette affaire, et ton patriotisme t’aura suggéré sur-lechamp, j'en suis sûr, le sacrifice de éon secret, fruit de tes longues et laborieuses recherches.
«Néanmoins, réfléchissant que ta délicatesse pourrait te présenter quelques scrupules dans l’entreprise de la fabrication de la soude, je m'empresse de t’assurer, pour ma part, que de tout mon cœur je consens, et même t'invite, s’il en était besoin, à
révéler à la nation tout ce que tu sais sur cet impor- :
tant objet. Je suis persuadé que le citoyen Dizé trouvera dans son civisme tous les motifs nécessaires pour approuver cette démarche; au reste, tu es à portée d'en conférer avec lui. Mais, quant à ce qui regarde mon intérêt personnel, je m'en rapporte entièrement à tout ce que te dicteront ta prudence et ta probité.
«Je fais des vœux bien sincères pour que fon secret ait la gloire de contribuer d’une manière grande et efficace au salut de la patrie.
« P,-S.— Ta lettre du 6 courant ne m’esi parvenue que le 8 au soir; ce soir-là même, les citoyens de Flandre, la Treille et un autre sont venus de la part du district et de la municipalité de Franciade à la manufacture et ont dressé un inventaire général de
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tout. Je ne puis plus disposer de la moindre chose | sans un ordre légal et par écrit, »
Sous le coup du séquestre qui frappait leur établis- | sement, et qui en avait immédiatement arrêté les opérations, Leblanc, Dizé et Shée eurent la douleur de voir les matières premières et le matériel réunis ou créés par leurs soins, vendus à l’encan et dispersés.
Leblanc, dont le consentement n'était du reste qu’une formalité, autorisa la publication du procédé suivi dans la manufacture qu’ils avaient exploitée. Il est décrit par Leblanc lui-même (du moins telle était l'opinion de son fils) dans le rapport publié le 2 messidor de l’an II par d’Arcet père, Pelletier et Lelièvre.
Ainsi en quelques jours la société de la Maison-de- Seine avait tout perdu, frappée comme par la foudre, Elle n’avait plus ni fonds, ni manufacture, ni brevet, Les circonstances étaient si déplorables, d’ailleurs, qu'il ne lui restait aucune chance de se relever.
Nous ne suivrons pas les trois associés dans les carrières diverses que chacun d’eux essaya de s’ouvrir, jusqu'au retour de temps plus prospères. Nous attachant seulement à ce qui concerne la soude artificielle et son histoire, nous dirons qu’en l’an VIII, le 17 | floréal, par décision ministérielle, Leblanc fut mis en
possession de l'usine de Franciade comme indemnité du dommage à lui causé par la publicité donnée à “son brevet, et que, deux jours après, la société qui ‘avait existé entre Leblane, Dizé et Shée fut rompue
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par-devant le Préfet de la Seine. À cette même époque, le ministre des finances chargeait le tribunal de“ commerce d'évaluer le dommage subi par la société et les indemnités qui pouvaient leur être dues. Ce tribunal s'étant reconnu incompétent, l'affaire fut reprise administrativement par le préfet de la Seine, qui chargea Vauquelin et Deyeux de lui adresser un rapport à ce sujet. Malgré les conclusions favorables de ce travail, en date du 17 brumaire an XIV, et malgré l’ordonnance ministérielle conforme du 4er août 1806, il fut décidé que les comptes de l’État vis-à-vis de Leblanc étaient réglés par la restitution qui lui était faite à titre gratuit de l’usine de Franciade. |
Demeuré libre d’agir, mais sans capitaux pour le faire, redevenu possesseur d’une usine démantelée | dont la possession même semblait bien précaire, Leblanc ne parvint pas à y monter une grande fabrication, la seule qu'il eût été profitable d'y organiser.
« Après avoir réparé, dit un rapport fait à cette époque, les désordres inévitables résultant d’une interruption de travail qui avait duré quelques années, après avoir fait des restaurations assez. considérables et des améliorations utiles dans plu sieurs genres, Leblanc avait épuisé ses ressources. » |
Combien d'efforts pourtant Leblanc ne tente-t-ilm pas! Comme tous les inventeurs, il se montre rie d’abnégation, de ténacité et de confiance. Sa corres” pondance prouve qu'il n’est pas de démarche qui | n'ait essayée pour assurer le succès.de son œuvre Ses économies, le fruit de quelques travaux entrepr
in SA VIE — SES TRAVAUX 193 au jour le jour, tout ‘est consacré à ce grand objet; quand il est réduit à la dernière extrémité, il frappe à toutes les portes.
Dès le 19 fructidor an IT, il obtient quatre mille livres du Comité de Salut public pour satisfaire aux
avances qu'il a faites relativement au procédé dont il est l'inventeur, pour la décomposition du sel marin.
Le 9 ventôse an VII, le ministre de l’intérieur
François de Neufchâteau lui accorde 3 000 francs dans le désir de faciliter les moyens de relever son ancienne fabrique de soude artificielle. IL est vrai de dire qu'ils ne furent pas payés.
- Le 14 brumaire an VIIT, le ministre de l’intérieur Quinette écrivait au ministre des finances « pour l’inviter fortement à fixer une attention particulière sur le bien général qui pourrait résulter de la reprise des travaux de l’usine séquestrée ». Il ajoutait « que le produit de la vente de cette manufacture ne com-
. penserait jamais les services que Leblanc pourrait rendre à la république s’il lui était permis de reprendre ses travaux et de leur donner une nouvelle activité. »
Le 12 frimaire an IX, Fourcroy lui annonce un commencement de justice, grâce à la bonne volonté . de Chaptal, alors ministre.
“ Le 11 prairial an XI, sur le rapport de trois de ses membres, Vauquelin, Molard et Guyton-Morveau, la
« Société d'encouragement, alors naissante, décidait
qu'une somme de 2 000 francs, ses premières écono-
mies, serait confiée à Leblanc pour l'aider à mettre
de nouveau en activité la manufacture dont il avait | 3%, 0. 13
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repris possession. « Ge secours s'adresse, disent-ils, à l’homme probe et intelligent qui, pendant la Révolution, a rempli avec honneur diverses fonctions publiques fort importantes, qui le premier a conçu l’idée d’une fabrique de soude artificielle, qui l’a exécutée en grand avec tout le succès qu’on pouvait désirer, et qui par son exemple aurait affranchi la France du tribut qu’elle paye à l’étranger si les malheurs de la Révolution n’eussent interrompu ses travaux. » Cette somme, que la Société d'encouragement n'’eûüt jamais réclamée, lui a été religieusement restituée par le fils de Leblanc, sur les premiers produits du travail de ses mains.
Dans ces pièces, soit officielles, soit particulières, se manifeste de la part de tous les hommes éminents de cette époque le sentiment de la plus vive sympathie pour Leblanc, de la plus grande confiance dans le succès du procédé qu'il recommande, l'estime et l'affection la mieux sentie pour le collègue et le collaborateur, car Leblanc faisait partie de toutes les associations libérales où s'étaient réfugiés les amis de la science.
Leblanc mourut en 1806. Longtemps sa famille ne garda de ses efforts pour créer l'industrie de la soude « factice qu'un souvenir cruel. Là où la France et … l'Europe, là où l'Angleterre surtout, chez qui le nom de Leblanc est si populaire, voyaient un glorieux effort de la science, rivale heureuse de la nature, réduisant l'Espagne à recevoir de nos mains ces soudes qu’elle dispensait au reste du monde autrefois, les enfants de Leblanc ne trouvaient dans leur mé-