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« On prend une quantité donnée de ce sel de Glauber, la moitié de son poids de terre calcaire (craie) et le quart du poids de ce même sel, de charbon en poudre; le tout bien pulvérisé et bien mêlé ; on met le mélange dans des creusets, observant de laisser au moins un tiers de vuide; on couvre ces creusets, de manière qu'il reste des ouvertures que l’on peut pratiquer de plusieurs manières sur les couvercles ou à leur bord; il se forme une quantité considérable de matière inflammable qui brûle à sa sortie à mesure que l’on donne le feu; après avoir ainsi gradué le feu pendant quelque temps, on pousse à la fusion, de manière à donner une fonte pultacée; alors la matière se trouve convertie en soude aérée; on retire cette matière des creusets.
« On peut extraire, ou purifier cette soude, en pulvérisant la matière et la faisant ensuite bouillir dans une suffisante quantité d'eau; après quoi on retire le sel de soude à mesure qu’il cristallise pendant l’évaporation; cette soude peut être mise sur des aires chaudes pour être desséchée.
« On peut encore, la matière étant refroidie, la cas-
-ser grossièrement et l’amonceler sous des hangars;
elle devient pulvérulente, s’effleurit au bout de quelques mois, et ensuite la lotion peut en être faite comme nous l’avons dit. La terre calcaire et le charbon qui n’a pas brülé dans l'opération se séparent de la liqueur par le repos ou par la filtration.
« On retire l’alcali volatil de la combustion des substances animales, et le sel ammoniac s'obtient par sublimation. Toutes ces dernières opérations, ainsi
que la méthode de Glauber pour la décomposition du sel marin, sont connues partout en chimie et même dans les arts. » |
« Je soussigné, professseur de chymie au collège roïal de France et de l’Académie roïale des Sciences, etc., certifie que le procédé décrit cy-dessus et aux autres parts, est exactement le même, qui a été pratiqué sous mes ïeux à différentes reprises et avec succès, tant dans mon laboratoire particulier, que, plus en grand, dans le laboratoire du collège roïal de France; en sorte que par ce procédé on décompose le sel marin, et l’on en met à part la base ou sel de soude, dans un état de très grande pureté; comme aussi je certifie qu'avec ce même procédé il sera facile d'établir une fabrique de sel ammoniac. En foi de quoi j'ai signé à Paris, le vingt-quatre mars mil sept cent quatre-vingt-dix.
« Signé : D'ARCET, D
« ProcéDÉ de Micuez-JEAN-JÉRÔME Dizé pour la fabrication d’un blanc de plomb, rédigé pour être déposé entre les mains de M"° Brichard, notaire à Paris, ainsi qu'il a été stipulé dans l’article septième de l'acte d'association passé à Londres le douze février mil sept cent quatre-vingt-dix , en l'étude du S' James Lutherland, notaire public.
« Prenés cent livres de plomb, faites les fondre, jettés les ensuite dans une cuve d’eau, cette opéra-
tion divise le plomb et le met en grenailles. Enlevés ce plomb ainsi granulé, mettés le sécher sur des planches. Quand il sera sec, faites-le dissoudre dans une suffisante quantité d’acide nitreux ou eau-forte ordinaire, on donne un peu de chaleur pour accélérer cette dissolution. La dissolution finie, on décante la liqueur dans un autre vase. Il arrive quelquefois que pendant la dissolution il se précipite une poudre blanche, il faut avoir soin de verser de l’eau sur cette poudre blanche pour la faire dissoudre et on la mêle avec la dissolution que l’on a décantée. On laisse reposer la liqueur pour l’éclaircir. Quand elle est arrivée dans un état de limpidité parfaite, on la transvase, Alors on y verse de l’acide vitriolique ordinaire jus-
qu’à ce qu'il ne se précipite plus de blanc. On laisse
rasseoir le blanc qui s’est formé, on décante la liqueur, qu’on évapore à moitié. Quand elle est ainsi concentrée, on y ajoute encore du plomb granulé, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus en dissoudre. On décante la liqueur et on la laisse s’éclaircir, on la décante de nouveau. Enfin on précipite avec l’acide vitriolique. Quand le blanc est bien tombé au fond, on concentre de nouveau la liqueur et on y fait redissoudre du plomb granulé, enfin l’on poursuit le travail comme dessus jusqu'à ce que l’eau-forte soit épuisée. On rassemble ensuite tout le blanc, on le lave à grande eau. Cela fait, on fait dissoudre dix livres d’alcali pur dans suffisante quantité d’eau bouillante, capable de délayer la masse de blanc de plomb. On entretient la chaleur jusqu’à ce que l’on s’aperçoive qu'il n'y a plus d’effervescence, on dé-
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cante alors la liqueur, mais il faut avoir soin de laisser reposer le blanc. On le lave deux fois à l’eau bouillante et quatre fois à l’eau-froide bien claire, ensuite on le fait sécher dans des bassins ou aires de plomb qu’on chauffe par dessous. »
« Je soussigné, professeur de chymie au collège
roïal de France et de l’Académie roïale des Scien- | ces, ete., certifie que le procédé du blanc de plomb
que M. Dizé a décrit cy-dessus et en l’autre part, est
très exactement celui qu’il emploie pour faire le
blanc de plomb d’une blancheur éclatante et d’une bonne qualité. En foi de quoi j'ai signé. A Paris, le vingt-quatre mars mil sept cent quatre-vingt-dix.
« Signé : D'ARCET, D
L'examen attentif de ce dépôt donne lieu à quatre observations : 1° Le nom de Dizé n’y est prononcé qu’à l'occasion de son blanc de plomb dont l’invention lui est réservée exclusivement : il n’est pour rien dans
le procédé relatif à la soude. 2 Si, dans ce paquet cacheté, les procédés pour la soude et pour le sel ammoniac sont attribués à Leblanc seul, la négligence avec laquelle Leblanc décrit le moyen d'obtenir le « sel ammoniac, l'indication qu’en ce qui concerne ce
+ dernier sel, il s’agit de procédés connus et déjà prati-
. qués, expliquent comment, dans l'acte passé à Lon-
dres, on ne l’attribuait à personne en particulier, et prouve une fois de plus que c’est la soude seule que Leblanc prétend se réserver. 3° Si Leblanc décrit très Cp RE ANTON, exactement la marche générale de l’opération propre à fournir la soude artificielle, si la pensée du procédé
Re
SA VIE — SES TRAVAUX AE Sn
est nettement indiquée, si l'invention est déjà tout entière dans cet acte, il n’en est pas moins vrai que
le dosage du sulfate de soude, de la craie et du char-
bon tel qu'il le donne est encore inexact, car il y indique deux fois plus de sulfate de soude qu’il n’en emploiera plus tard dans le procédé définitif. 4 Leblanc parle du traitement qu'il a effectué comme
ayant eu lieu dans un creuset, et rien n'indique dans * sa description qu'il eut la pensée de substituer plus tard un four à réverbère au creuset, comme cela est
indispensable dans une opération manufacturière.
Ces dernières circonstances peuvent expliquer le long intervalle qui sépare l’acte de Londres et le dépôt du paquet cacheté effectués coup sur coup, des actes suivants.
En effet, c'est dix mois après l'acte de dépôt, le 45 janvier 1791, l'installation de la manufacture
étant déjà commencée et Leblanc étant déjà établi dans l’usine, que Leblanc et Dizé règlent leurs intérêts respectifs par un acte notarié, rédigé en prévision de l’acte d'association définitif dont il va être question plus loin.
Dans cet acte préparatoire, il est dit :
« ART. 2. — À quelque somme que s élève la portion des bénéfices nets qui sera allouée aux sieurs
Leblanc et Dizé dans l’entreprise de la confection de
soude et blanc de plomb, il sera fait distinction de
chaque nature de bénéfice, savoir : celui résultant de . la fabrication de la soude et du sel ammoniac seule-
ment, formant une somme quelconque de bénéfice
net, sera divisé en cinq parts, dont trois parts appar-
tiendront au sieur Leblanc, ses héritiers ou représentants; les deux parts restantes appartiendront au . sieur Dizé, ses héritiers ou représentants.
« Le bénéfice net, au contraire, résultant de la fabrication de blanc de plomb, formant aussi une somme distincte et séparée, sera divisé également en cinq parts, mais dont trois appartiendront au sieur Dizé, et les deux parts restantes au sieur Leblanc, leurs héritiers ou représentants. »
Après ce nouvel acte qui reproduit et confirme les droits respectifs de chacun des auteurs, l’un à la découverte d’une méthode propre à fournir la soude et le sel ammoniae, l’autre d’une méthode applicable à la fabrication d’un blanc de plomb plus économique, il ne restait plus qu’à régler les bases de l’association projetée.
Tel est l’objet de l’acte de société définitif passé à Paris le 27 janvier 1791 entre le duc d'Orléans, Leblanc, Dizé et Shée; nous nous bornerons à en donner l’analyse.
On y rappelle d’abord qu’il s agit de l'établissement
et de l'exploitation des procédés dont Leblanc et Dizé sont les auteurs; savoir : Leblanc de celui pour la fabrication de la soude par la décomposition du
sel marin, et Dizé de celui pour la fabrication d’un blanc de plomb plus économique, les secrets desquels ont été déposés entre les mains de Me Brichard.
Le duc d'Orléans s'engage à fournir 200 000 livres tournois entre les mains du S' Shée, qui joue ici le rôle d'administrateur des deniers du prince.
Il est assigné à Leblanc un traitement de 4 000 li-
{ SA VIE — SES TRAVAUX 185 res et à Dizé un traitement de 2 000 livres, tant que leur part dans les bénéfices ne s’élèvera pas à cette somme.
Le duc d'Orléans devait être remboursé de son capital et des intérêts à 10 pour 100 sur les premiers bénéfices de l’entreprise.
Ensuite les bénéfices devaient être partagés entre les associés, dans la proportion suivante : neuf … vingtièmes pour le duc d'Orléans; neuf vingtièmes
pour Leblanc et Dizé, à répartir entre eux dans les
proportions précédemment stipulées ; deux vingtièmes pour M. Shée.
Si le bénéfice annuel s'élevait à plus d’un million, clause qui témoigne de l'importance attribuée par les associés à la nouvelle industrie, l’excédent du premier million devait être partagé entre eux, selon des bases un peu différentes, sans qu'il fût rien modifié à
| ce qui concerne le partage à effectuer entre Leblanc
et Dizé.
Pour terminer l’analyse des pièces authentiques
| qui concernent cette affaire, il ne reste plus qu’à men- | li le dernier acte auquel elle ait donné lieu.
… Il s’agit d’un brevet d'invention délivré à Leblanc “dans les circonstances suivantes, dont nous trouvons ve énoncé circonstancié au registre du Directoire des Brevets d'invention intitulés : Brevets secrets.
Sur un arrêté du 2 septembre 1791 du comité
| d'agriculture et du commerce de l’Assemblée na-
tionale, le ministre de l'Intérieur prenait lui-même une décision, en date du 12 septembre, pour charger d’Arcet, Desmarets et de Servières : 1° de procéder à
l'examen des moyens inventés par Nicolas Leblanc pour extraire en grand la soude du sel marin, moyens pour lesquels il a formé la demande d’un brevet d'invention de quinze ans; 2° et de plus de procéder à la vérification de l'exactitude de la description fournie par lui.
- La demande du brevet de quinze ans résulte du procès-verbal de dépôt, fait au secrétariat du département de Paris, le 19 septembre.
Les commissaires firent leur rapport le 23 septembre, et le brevet fut expédié, au nom de Leblanc, le 25 du même mois.
Voici le texte de cette pièce remarquable :
put
« PROCÉDÉ de conversion du sel de Glauber en soude. .
« Au moyen d’un rouleau de fonte établi à l'instar | des égrugeoirs qui servent à écraser les fruits, on |
réduit en poudre très fine et on mêle bien ensemble les différentes matières dans les proportions suivantes :
« Sel de Glauber desséché, 100 livres.
« Terre calcaire pure, 100 livres. (C’est la craie telle qu'on la prépare à Meudon.)
« Charbon en poudre, 50 livres.
« On étend ce mélange dans un fourneau de réver-
bère, dont je vais faire la description dans un ins-
tant, on bouche les ouvreaux et l’on donne le feu; la matière entre en fonte pultacée, bouillonne et se
convertit en soude, qui ne diffère de la soude du com:
merce que par une richesse infiniment plus grande.
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La matière a besoin d’être remuée pendant la fusion ; on se sert pour cela de râteaux de fer, rabots, ringards, etc., et il s’établit sur la surface de la matière
- en fusion une multitude de jets de flamme, pareils aux jets d’une chandelle. Lorsque le phénomène commence à disparaître, l'opération est finie. On retire la matière avec des rabots de fer, et l’on pourrait la recevoir dans des vases de tôle, par exemple, ou dans tout autre vase, si l’on voulait lui donner la forme de blocs de soude du commerce, etc.
« Gette opération peut se faire dans des vaisseaux fermés, mais elle devient alors plus dispendieuse; on peut aussi varier les doses, par exemple diminuer les proportions de la terre et du charbon; mais les quantités qui viennent d'être prescrites sont celles qui m'ont paru les plus convenables pour assurer davantage le succès de l'opération. Les quantités que je viens de donner dans l'exemple fournissent au delà de 150 livres de soude, qui donnent plus de soixantequinze au quintal d’une soude d'excellente qualité.
« Les fourneaux de réverbère doivent être construits solidement en briques de Bourgogne et soutenus par
» des armures de fer. Les dimensions de l’âtre de ceux
dont je me sers sont de six pieds du foyer à la cheminée; quatre pieds deux pouces dans la largeur, voûte presque plate ayant dix-neuf pouces dans sa plus grande hauteur; le foyer dans la proportion de sa largeur, etc. Du reste, ces fourneaux sont généralement connus.
« Il existe une multitude de moyens de perfectionnement sur lesquels je fais chaque jour des recherches.
« Il résulte de la découverte qui vient d’être décrite que la France, qui consomme une quantité prodigieuse de soude tous les ans, pour savonnerie, verrerie, blanchissage, etc., et qui exporte un numéraire considérable pour l'acheter à l'étranger, gar-. dera son argent, et les arts et les manufactures ne seront plus exposés à manquer de cet objet de première nécessité, par les vicissitudes d’une guerre, ou les disettes de récolte de la plante avec laquelle jusqu’à présent on s’approvisionne de soude; qu’on fera au contraire valoir avec bénéfice le sel marin, qui est une de nos richesses territoriales ; que les arts qui consomment aussi une très grande quantité d’acide marin en seront abondamment pourvus et à bon marché, et qu’enfin la portion très considérable de même acide qui ne trouverait pas d'emploi serait très utilement et aisément convertie en sel ammoniac, dont les arts ont également besoin et qu'ils payent aussi fort cher à l'étranger. On peut même ajouter que, à raison de l’abondance des matières premières et de leur bas prix en France, les nations voisines deviendraient en peu de temps tributaires de la nôtre pour ces différents objets. »
La fermeté de cette description, l'exactitude du dosage qui n’a plus changé depuis lors, l'emploi du four à réverbère dont il n’avait pas été question jusque-là, enfin les considérations économiques et commerciales qui terminent le brevet, considérations dont le temps s’est chargé de consacrer la haute exactitude, tout révèle qu'entre l’acte primitif passé