‹ Nicolas LeblancChapitre 40 sur 50 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il y a environ douze ans que les expériences dont je vais rendre compte ont été faites, sur du nickel que le citoyen Darcet avait bien voulu me procurer.

Dans le nombre des substances métalliques qui ont

1. Ce mémoire paraît être de 1798. Il a été lu par Leblanc au Lycée des arts; il est antérieur aux travaux de Vauquelin sur le nickel, ceci est évident, car Leblanc, qui cite les chimistes qui s’en sont occupés, n’aurait pas manqué de parler des travaux de Vauquelin, ce dernier étant comme lui membre de cette Société (nous avons parlé de ce mémoire dans le cours de notre ouvrage, page 60, et nous en avons donné un résumé). Ce travail de Leblanc n’est que la première partie de la relation de ses recherches.

Nous n'avons trouvé aucune trace de la suite; a-t-elle jamais été faite ? s’est-elle égarée ? Nous ne saurions le dire.

Nous n’avions pas cru devoir, en raison de son étendue, le placer en entier dans le cours de notre récit; cependant plusieurs personnes compétentes et dont les avis ont pour nous beaucoup de valeur, ayant paru regretter cette restriction, nous nous sommes rendus à leur conseil, et nous le donnons

ici en entier.

nouvellement enrichi l'histoire naturelle, le nickel est ure de celles dont les chimistes se sont le plus parti-

culièrement occupés; et si les expériences nombreu- M

ses de Bergmann ont ajouté quelque chose aux recherches du célèbre Cronstedt à l'égard de ce minéral, on peut dire qu’elles ont encore laissé bien des doutes, puisque Bergmann lui-même a eu le soupçon que cette substance pouvait bien être une modification du fer..Il m'a paru que quelques-uns des moyens employés-par ces savants pouvaient être portés plus loin et présenter des résultats plus utiles. Ce sont mes recherches sur les phénomènes de la cristallisation qui m'ont procuré l'occasion d’observer des circonstances capables de jeter plus de clarté sur la nature de quelques substances dont l'analyse présente beaucoup de difficultés. On verra dans les détails suivants combien la voie des dissolutions et des cristallisations alternativement répétées peut devenir importante, et peut-être pourrait-on dire indispensable, pour certains cas, tels que celui dont nous allons parler.

Différents événements ayant interrompu mon travail, je n’ai pu le porter encore à l’état de perfection que je m'étais proposé; mais, comme j'ai cru remarquer quelques faits nouveaux, et que je suis d’ailleurs prévenu que quelques personnes peu délicates allaient abuser de ma confiance et s'approprier mes travaux, je me hâte de les communiquer au Lycée, et c'est lui faire un hommage que je lui dois.

La présence du fer, du cobalt et de l’arsenic est aisément démontrée dans le nickel, mais leur sous- 4 Fe

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î di: SA VIE — SES TRAVAUX 209 traction a paru ne ‘changer en aucune manière les propriétés distinctives de cette.substance.

Malgré l'observation du professeur d’Upsal, il ‘est très vraisemblable que la dénomination de Xupfernickel désignait plutôt une substance contenant réel-

lement et essentiellement du cuivre, et que plusieurs auteurs l'ont ainsi appelée sur des indications qui vont être justifiées. Xupfer est un mot allemand qui signifie cuivre, et il est très probable que l’épithète nickel vient du nom de l’auteur, qui le premier observa la substance que nous examinons.

La difficulté de pouvoir démontrer, jusqu'ici, d’une manière bien évidente la présence du cuivre, a fait naître des opinions variées, qui sembleraient devoir refuser à ce dernier métal la propriété exclusive de donner la couleur bleue par l’'ammoniaque; le nickel et le cobalt pouvaient partager cette propriété. De semblables erreurs, accréditées, pourraient ouvrir un vaste champ aux conjectures et introduire une sorte de confusion toujours nuisible. Nulle expérience n’a constaté, jusqu’à présent, d’une manière positive, qu'aucun métal autre que le cuivre donnât la couleur bleue par l’ammoniaque. Or, en démontrant que le nickel peut être entièrement privé de fer sans perdre des qualités métalliques, la conjecture de Bergmann

- sur la génération de cette substance sera détruite. Sien même temps mes expériences prouvent que le nickel contient toujours du cuivre, il faudra nécessairement convenir que les procédés d’analyse em-

“ployés jusqu'ici pour cette substance étaient insuffi-

- sants pour pouvoir en déterminer la nature. On sait

210 NICOLAS LEBLANC ÿ que Bergmann, après avoir dit que plusieurs raisons le portaient à considérer le nickel, le cobalt et le manganèse comme des modifications du fer, a ensuite affirmé dans des expériences au chalumeau

que le nickel ne pouvait être un produit ni du fer ni

du cuivre.

Il était difficile de penser qu’un travail ultérieur püt procurer sur le nickel de nouveaux succès; mais le citoyen Darcet ayant fait éprouver six à huit fontes

et calcinations successives, longtemps continuées, et

à un feu violent, a trouvé qu’elles avaient enlevé au régule de nickel tout le fer qu'il contenait. C’est donc sur ce régule que j'ai opéré comparativement avec le régule produit immédiatement de la fonte de la mine : ainsi, mes expériences ont été faites également sur le nickel des Pyrénées et sur celui que l’on retire de la fonte du cobalt.

Tous les acides chargés de nickel prennent également une couleur très verte, mais tous ne sont pas également convenables pour l'analyse qui nous occupe. L’acide sulfurique m'a paru le plus propre

à cette opération. On sait que l’affusion de l’ammonia-

que développe dans toutes ces dissolutions une couleur bleue; que les lames de fer, en précipitant le nickel, se trouvent quelquefois recouvertes d’une substance qui a des ressemblances avec le cuivre; mais on n’a pas trouvé que les moyens démontrassent suffisamment la présence de ce dernier métal; et la facilité avec laquelle cette couche peut être enlevée par un simple frottement a fait croire que l’apparence cuivreuse de cette même couche était illusoire :

Cependant le citoyen Sage avait présumé que plusieurs taches métalliques déposées sur un bâton de phosphore qui avait séjourné dans une dissolution de nickel étaient du cuivre; mais la plupart des chimistes sont restés dans l’opinion que le nickel devait être considéré comme un métal particulier; les expériences suivantes au contraire m'ont porté à croire que cette substance était un véritable surcomposé, qui, traité uniquement par la voie sèche, se comporte à la manière d’un métal particulier; mais, par l’action simultanée de cette voie et de la voie humide, il cède aux réactifs, et l’on peut en séparer les différents corps qui entrent dans la composition de cette espèce d’alliage.

J'ai fait dissoudre dans l’acide sulfurique le régule du nickel tel qu’on le connaît ordinairement; il était très attirable à laimant et contenait beaucoup d’arsenic. En même temps et séparément, j'ai fait dissoudre celui qui avait été purifié par des fontes et des calcinations répétées. J’appellerai celui-ci régule du citoyen Darcet; soumis à des fontes nouvelles, ce dernier régule était toujours insensible à l’action de l’aimant. Les deux dissolutions ont fourni, dès la . première cristallisation, de l’arsenic en abondance ;

. ilse sépare du nickel dans cette opération, sous une forme cristalline, et avec les propriétés de l’arsenic blanc, le sulfate de nickel, produit du régule ordinaire, paraît dans la liqueur sous la forme de prismes droits à quatre pans terminés par des pyramides à quatre faces; ces cristaux sont du plus beau vert d’émeraude , et ils contiennent encore beaucoup

d’arsenie : après quelques mois, ils perdent leur transparence; mais des dissolutions et des cristalli- sations réitérées séparent chaque fois une nouvelle portion d’arsenic; alors la couleur et la transparence sont plus durables. Je crois qu’il n’est pas inutile d'observer ici que les cristaux d’arsenic, que je crois être un vrai sulfate, sont très brillants; ils donnent des reflets de lumière irisés.

Le sulfate de nickel obtenu du régule du citoyen Darcet a fourni en beaucoup plus grande proportion le décaèdre aluminiforme : ce qui me fait présumer que le prisme droit quadrangulaire résulte de la présence de l’arsenic dans une proportion donnée, et qui alors forme un surcomposé qui produit des phénomènes particuliers ; au reste, les dernières portions de liqueur de l’une et de l’autre dissolution ne fournissent plus de cristaux; elles présentent des caractères dont nous parlerons dans la suite.

Cette séparation de l’arsenic prouve déjà en faveur du nouveau procédé, puisque ce moyen en enlève au nickel une grande quantité qui avait résisté aux fontes et aux torréfactions, et nous aurons occasion de faire voir que les expériences qui ont été faites jusqu'ici n’avaient enlevé qu’une partie de l’arsenic ordinairement contenu dans le nickel. J’observerai en même temps que l’efflorescence du nickel à l'air libre avait fourni la matière des cristaux quadrangulaires oblongs dont a parlé Cronstedt comme vitriol : ce qui a été copié par plusieurs naturalistes; mais on sait qu'avant la découverte des gaz on attribuait à l'acide sulfurique toutes les combinaisons salines qui

avaient lieu de cette manière. Bergmann, en traitant l’oxyde de nickel par cet acide, en a obtenu le décaèdre aluminiforme, et l’on vient de voir quels étaient les produits du régule ordinaire et ceux du régule du citoyen Darcet, traités immédiatement par ce même acide. J’ai fait voir, en parlant du sulfate de cobalt, que l’on pouvait obtenir dans la même opération des cristaux de différentes formes, et j’observerai, à l'égard du nickel, que j'ai obtenu, dans la même cristallisation, le prisme droit, le décaèdre et le rhomboïde en même temps; mais il faut faire attention qu'indépendamment des variations qui peuvent appartenir aux seules lois de la cristallisation, on trouve, en traitant des surcomposés, d’autres variations qui sont l’ouvrage d’un départ commencé, et les variations dont nous rendons compte ici sont de cette espèce. Le nickel, dans les deux dissolutions

dont je viens de parler, est également précipité par

le fer, sans laisser aucune marque bien sensible de la présence du cuivre; mais j'ai remarqué que les prussiates y produisaient un précipité pourpré ou lilas foncé, semblable au précipité que l’on obtient du sulfate de cuivre par le même réactif ; prévenu, par d’autres opérations, que l’on pouvait quelquefois, en variant de plusieurs manières Les proportions du dissolvant, parvenir à séparer quelques-uns des principes surcomposants d’un corps dans l’état de sel, je fis les expériences suivantes : J'ai fait dissoudre séparément dans l’eau distillée une portion des cristaux obtenus des dissolutions précédentes, ensuite j'ai fait précipiter par les alcalis une partie de l’une

et de l’autre; après avoir édulcoré les précipités, je

les ai ajoutés chacun dans la dissolution à laquelle

il se rapportait; à la manière de plusieurs sulfates

‘et de beaucoup d’autres sels, le sulfate de nickel se surcharge de sa base jusqu'au point de saturation et présente dans la cristallisation, suivant les diverses proportions, des phénomènes particuliers. La quantité de précipité que j'avais employée était plus que suffisante pour saturer l'acide; mais, ayant opéré sans le secours du feu et sans agiter par de grands mouvements, les liqueurs sont restées l’une et l’autre avec un peu d’excès d'acide. Il est important de remarquer que la portion de précipité restée sur le philtre, et qui appartenait au régule du nickel à l’état ordinaire, avait une couleur martiale ; sa dissolution dans l’acide sulfurique a fourni par les prussiates un vrai bleu de Prusse, tandis que la portion qui appartenait au régule du citoyen Darcet n’en manifesta aucunement. Par une évaporation douce, les deux dissolutions, surchargées, ont également fourni de l’arsenic et deux espèces de cristaux, savoir le prisme droit quadrangulaire et le rhomboïde, ces derniers dans plusieurs cas différant encore des premiers par une couleur bleue, qui indique la présence du cuivre; et souvent la matière

de ces rhomboïdes décèle sans équivoque ce dernier

métal; tels étaient les rhomboïdes qui se sont trouvés dans la capsule des cristaux du sulfate fourni par le régule du nickel à l’état ordinaire; une lame de fer plongée dans la dissolution de ces cristaux fut en très peu de temps recouverte de cuivre. Je

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ferai connaître un procédé au moyen duquel il m'a paru que, dans tous les cas, on pourrait empêcher l’'exfoliation de la couche cuivreuse et lui donner, sans aucune addition, toute l’adhérence et l’éclat que. présentent les lames de fer plongées dans une dissolution de cuivre ordinaire; il n’en fallait pas davantage pour prouver la différence de composition entre les cristaux spathiques, bleuâtres, et ceux du sulfate de nickel proprement dit. Le départ qui a lieu dans beaucoup de cas par le procédé était une raison forte de regarder le cuivre comme le principal générateur du nickel. La forme de ces cristaux spa-

thiques n’est nullement changée par l’addition de

nouvelles quantités d'acide, quelle que soit celle que l’on y ajoute.

Ces effets du jeu des affinités relativement à la séparation de l’arsenic, du cuivre et du fer, m’engagèrent à répéter ces opérations et à les varier de plusieurs manières, mais il me fut impossible de déterminer à volonté toutes les circonstances nécessaires pour compléter le départ par cette seule voie.

Cependant ces expériences ne laissaient aucun doute sur la présence du cuivre; et la recherche des agents, qui donnent à ce métal de nouvelles apparences et le constituent nickel, devait essentiellement fixer mon attention.

L’extrême difficulté de pouvoir séparer en entier l’arsenic me porta d’abord à faire de nouvelles expériences; j'ai done encore soumis, et pendant plus de cent vingt heures, à des torréfactions et réductions alternatives, les deux régules; ils ont toujours donné

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de l’arsenic. Je ne parlerai pas des phénomènes que présente la vaporisation de ce dernier ; ils sont connus; je ferai seulement remarquer que mes expériences ont confirmé l’observation du docteur Brandt à cet égard.

Soumis ensuite à la dissolution et à la cristallisation, ces régules donnèrent encore beaucoup d’arsenic, ce qui m'engagea à les torréfier de nouveau, après les avoir précipités de leurs dissolvants.

Le précipité du régule attirable qui n’avait point été édulcoré, poussé à une chaleur un peu forte, prit feu et brüla à la manière des pyrophores; après cette espèce d'incinération, il fut traité avec la poudre de charbon et donna de nouveau beaucoup de vapeurs arsenicales.

Je fis la réduction, et le régule présenta à sa surface une couleur jaune; plusieurs endroits de la cassure avaient une couleur gris de fer; le régule était un peu malléable et très attiré par l’aimant; il avait d’ailleurs les autres propriétés du nickel. Je fis encore des opérations par la voie des précipitations fractionnées avec les alcalis; elles présentèrent des phénomènes très curieux, et j'obtins des résultats qui m'ont paru confirmer mon opinion sur la nature du nickel.

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