‹ Nicolas PoussinChapitre 15 sur 20 · DAC CE ASE POUSSIN · texte numérisé non relu

DAC CE ASE POUSSIN

dont il ne reste que des dessins, eût suffi à occuper un homme actif. De plus, Poussin, ne voulant rien perdre de la faveur de son protecteur romain del Pozzo, continue à travailler pour lui : c'est un Baptême et des copies de Raphaël : la Sasnte Famille, la Belle Jardinière. Cette dernière copie, que les historiens considèrent comme perdue, se trouve aujourd’hui à l'Escurial.

Le grand artiste travaille héroïquement, ne se reposant même pas durant les chaleurs de l'été. Pour le remercier, il est cyniquement critiqué. Vouet, Lemercier et le pseudo-baron Fouquières se liguent contre lui avec toute cette horde de pauvres esprits jaloux et cruels que les hommes de génie rencontrent toujours sur leur route. De Noyers se laisse influencer ; il écrit au Poussin une lettre stupide où ressort cette phrase : « Le génie du Poussin veut agir si librement que je ne veux pas seulement lui indiquer ce que celui du roi désire du sien. » Selon sa coutume, notre Normand médite avant de répondre. Puis il écrase de Noyers par une lettre précise, éloquente où il déclare, avec un bon sens parfait, que ceux qui ne sont pas contents n’ont qu'à prendre sa place; pour son compte, il est persuadé que son talent est bien supérieur à. celui de ses ennemis ; au reste, on peut lui confisquer ses biens. matériels, il n’en a point, donc il ne s’en soucie guère. Le fait est qu'il ne possédait rien à Paris, son patrimoine était à Rome, c’est-à-dire hors d'atteinte. Poussin ne demandait qu'à retourner en Italie ; ce désir explique l’audace de sa réponse qui était un pion fort subtilement placé dans son jeu. Devant une lettre aussi décisive, de Noyers redevient aimable.

: Peu après, Nicolas obtenait, sur sa demande, la permission

de repartir pour l'Italie quérir son épouse ; il reviendrait au printemps prochain : un prétexte aussi simple qu’excellent. En novembre 1642, Poussin était de nouveau à Rome. Jamais la France ne le reverra.

De ses œuvres exécutées à Paris, la meilleure est le Temps

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soustrait la Vérité à la Discorde et à l'Envie. La Cène demeure médiocre, mais très intéressante pour l'étude de son sentiment religieux. Les attitudes sont indécises, ni en courbes ni en droites, méticuleusement alignées, convenant à des philosophes d’esprit académique et montrant bien le peu d’élan du peintre. Au milieu, le Christ, d’une forme également sans vibration, mais son manteau rouge violent souligne comme d’un défi quelque peu matamore l’audace d’avoir fait du visage de Jésus une tête de Jupiter olympien. Le Rawssement de saint Paul est une peinture ennuyeuse et ennuyée, inspirée de la Vision d’Ézéchiel de Raphaël. Comme chez ce peintre, les personnages sont en marbre, ce qui ne convient guère à un ravissement céleste. La Cène de la seconde série des Sepi Sacrements montre surtout des mangeurs gloutons ; le Jupiter olympien s’y trouve encore, de même que dans le Miracle de saint François Xavier (Louvre), également inspiré de Raphaël, comme l’a fort bien vu M. Louis Hourticq. Ce Jupiter y trône plus que jamais. Il semble difficile de découvrir ailleurs dans l’œuvre du Poussin un élan vers Dieu : on y trouverait plutôt un scepticisme profond ou de l'indifférence et, comme l’a remarqué M. Desjardins, un adepte du stoïcisme. Sa Correspondance corrobore cet aspect. Quand il eut terminé ses Sepé Sacrements, il écrit : « Je souhaiterais s’il était possible que ces Sept Sacrements fussent convertis en sept autres histoires ou fussent représentés vivement les plus étranges tours que la Fortune aye jamais joués aux hommes et particulièrement à ceux qui se sont moqués de ses efforts. Ces exemples ne seraient pas de petit fruit à l'aventure, rappelant l’homme par leur vue à la considération de la vertu et de la sagesse qu’il faut acquérir pour demeurer ferme et immobile aux efforts de cette folle aveugle. » D'autre part, 1l déclare avoir peint « gaillardement » l’Extrême-Onction, ajoutant, avec un certain cynisme, que c’est un sujet qui eût fait plaisir à Appelle, lequel aimait fort « représenter des transis ». On voudrait croire que :

ces violences contre la religion chrétienne, que ces déplaisantes railleries à l'égard des institutions les plus sublimes ne sont qu'attitudes. Ses puissants corps glébeux offrent, également, une bonne caractéristique de ce peu de tendances vers le ciel. Jamais leur substance ne devient légère ou ne s’élève vers l’azur ; blocs pesants, ils sont bien des fragments de la terre. Une religion d’abnégation et de pardon n’émeut point Poussin ; il est, à cet égard, le contraire du tendre Rembrandt. Ceci fait corps avec son aridité sentimentale que nous avons cru deviner à l'égard des hommes. Elle a bien süuvent nui à son œuvre. Heureusement, nous avons vu et nous verrons de quel mysticisme 1l était capable dans d’autres domaines. Retenons cette ardeur à ne pas croire, elle renforce le caractère éruptif qui décidément est fort dans sa nature. Pourtant, quand Poussin fut sur le point de mourir, «les prêtres, touchés de ses sentiments pieux, lui ont donné un regret inusité et ont pleuré, eux aussi, la mort d’un si illustre génie ». Giovanni Dughet, auteur de cette relation, a-t-il exagéré; Poussin, mourant, s'est-il senti éclairé par la foi; cette illumination était - elle d'intérêt immédiat, comme ïl arrive à tant d'hommes ?

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