‹ Nicole OresmeChapitre 113 sur 321 · Tract., ibidem · texte numérisé non relu

Tract., ibidem

quent, et aussi, Oresme Ta bien vu, le plus dangereux, parce que la mutation par rafFaiblissement du titre, en même temps qu'elle est « moins appercevable » (i), peut procurer rapidement au prince un bénéfice plus considérable.

Quelles sont en effet les causes qui peuvent faire recourir le prince à ce genre de mutation? Ce peuvent être, en principe, des raisons très licite^ : par exemple, en cas de raréfaction de la matière monnayable, le prince peut, et doit sûrement, remplacer un métal dont la quantité menace de devenir insuffisante pour la circulation (2) ; il peut, en sens inverse, abandonner la frappe d'un métal avili propter abnndnntinm excessivam ; il doit enfin, dans le cas d'un alliage, proportionner en tout temps la quotité du métal précieux des pièces aux variations de sa valeur réelle (3). Mais en pratique, les raisons de cette mutation seront le plus souvent beaucoup moins honorables ; ce sera trop fréquemment le désir de frauder sur l'alliage, de diminuer la quotité de métal précieux pour en retirer un profit coupable. Aussi ce genre de mutation est-il particulièrement à craindre, et Oresme

1. Tract., c. i3, p. l\*ï. Le texte lalin dit: < quia magis est sophistica, et magis perceptibilis, et magis potestnocere, et plus lœdere'communitalera. .» (p. ii5).

2. « Ut si nihil aut modicum auri possit inveniri, oportet ipsum desinere monetari, et si de novo reperiretur sufficiens abundantia ejus, inoipiendura esset facere roonetam ex ipso, sicut aliquotiens fuit factum » (Tract., ihidem).

3. Le texte semble prévoir à la fois une variation venant soit du métal lui-même soit des objets, c Et isla proportio potest mutari propter aliquam proportionem seu variationem realeni in natura maieriae vel aequivalentis, et dupliciter : aut propter defeclum materiaî, sicut qui non haberet argentum, nisi mullum notabiliter minus quam ante, tune plus de eo deberet poni in ista mixtione ». (Tract., ibidem).

le prohibe-t-il absolument de la pari du prince. La communauté, comme nous verrons, peut seule l'autoriser, et cela, ad deceptionis maliiiam evitandam (i).

b) Mutation in pondère (2)

Elle s'explique d'elle-même : c'est le changement, en réalité presque toujours la diminution du poids des espèces, auxquelles on conserve pourtant le même nom et le même cours [appellatione et pretio non mutatis) (3). C'est donc l'altération la plus simple, mais aussi la moins dangereuse peut-être, et à laquelle le prince recourra rarement sans la déguiser avec d'autres, parce qu'elle s'aperçoit de suite.

Il est à peine besoin de dire, que, hormis encore le cas de raréfaction naturelle ou d'abondance nouvelle du métal monnayable, le motif en sera presque toujours la seule cupidité du prince, qui rogne sur le poids pour augmenter son bénéfice. Trop facilement les gouvernants, nous dit Oresme (4), sont tentés de se livrer à cette malhonnête opération, faisant rentrer les espèces de poids droit « et d'iceulx forgeant deniers de petit ou moindre poix » (5), chose que le prince ne saurait faire, comme dit expressément la traduction « se ce nest fort laidement et injustement, a son très grant vitupère.

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