‹ Nicole OresmeChapitre 114 sur 321 · Tract, c. 12, p. 109 ?= fr. XXXIX. 5. Tract., Ibidem · texte numérisé non relu

Tract, c. 12, p. 109 ?= fr. XXXIX. 5. Tract., Ibidem

c) Mutation îh appellations (ï)

Celle-ci est déjà plus délicate : ce n'est pas seulement le changeipent de dénomination, comme on pourrait le croire, c'est en réalité le changement du cours des espèces, par rapport à la monnaie de compte. Elle ne suppose pas nécessairement un changement d'espèces, mais elle s'y allie fréquemment. Elle est extrêmement dangereuse, puisque d*un trait de plume, du jour au lendemain, la fantaisie du prince peut par là bouleverser le système monétaire, sans procéder à l'opération toujours difficile, et qui demande un certain temps, d'une refonte générale. Elle est dangereuse surtout en ce sens qu'elle altère toutes les transactions anciennement conclues, et désorganise les paiements en sommes d'argent. Pourtant, elle offre inversement cet avantage, lorsque la valeur légale seule est touchée, qu'elle n'altère pas directement la circulation. Comme la modification reste nominale en somme, le public, Oresme l'a parfaitement observé, arrive à se mettre en garde contre des surprises de ce genre; les monnaies, non altérées en elles-mêmes, peuvent toujours se vendre au poids; les contrats peuvent se faire en espèces d'un certain nom ; et TelTet définitif se traduit uniquement le plus souvent par une hausseou une diminution proportionnelle des prix (2). II s'établit même quelquefois, à côté du cours légal, un cours volontaire, qui en corrige les excès.

1. Tract., c. 11^ De mutatione appellationis monetarum, p. 107 = fr. XXXIV. Cf. Les Ethiques, l. 5. c. 5, Glose, Cest assez pltis, f<> L, r*;La Politique d'Ârislote, 1. L, c. 12, Glose, Item change, fo XXII, ro .

2. « Si autem nonfieret alia mutatio, oporteret mercimonia ad majusprecium comparare proportionaliter seu appellare » (Tract., c. II, p. 108 =fr. XXXV).

Oresme a été particulièrement préoccupé de ce genre de mutation, auquel les embarras financiers du roi Jean et de la régence venaient de donner un intérêt d'actualité tout particulier : c'est le seul mode de mutation, il convient peut-être de le remarquer, auquel il fasse expressément allusion dans les traductions, dans celle des Ethiques comme dans celle des Politiques ; dans une glose de ce dernier ouvrage, il croit y reconnaître Vobolostatique d'Aristote (i).

d) Mutation proportionis monetae (2)

La mutation m appellatione, quand elle porte sur le cours de quelques-unes des espèces seulement, modifie • la proportion courante entre ces espèces et le reste du système monétaire. Quand, en particulier, ce sont toutes les pièces faites de Tun des métaux précieux dont le cours nominal est ainsi changé, le résultat final est de modifier le rapport des métaux précieux eux-mêmes, la proportion légale de Tor à l'argent, et c'est là ce qu'Oresme appelle précisément la mutation in proportione (3).

Quoique, nous le savons^ le rapport des métaux précieux doive pour lui rester aussi stable que possible {in propos ito monetœ aureœ ad monetam argenteam débet esse certa habitudo in valore et pretio) (4), Oresme admet

1 . c Doncques, qui pour gaing institue à monnoye autre prix que devant pour gaing, cest obolostatique » (La Politique d'Aristote, 1. 1, c. 12, Glose Item change, (• XXIl, r«).

2. Tract., c, 10 De mutatiane propoi^tianis morUarumf p. io5 = fr. XXX.

3. Peut-être Oresme a-t il relevé ^lui-même le lien qui unit ces doux sortes de mutations ; il dît en effet dans un passage du Traité : c Si ergo appellatio uni us îmmutetur, et non alterius, jam variabitur proportio » (Tract., c. 11, p. 108 = fr. XXXV).

Page 1