‹ Nicole OresmeChapitre 117 sur 321 · Tract., c. 16, p. 114 r^ fr. XLIV · texte numérisé non relu

Tract., c. 16, p. 114 r^ fr. XLIV

LA CRITIQUE DE LA iîONCEPtlON FÉODALE 25*?

des conséquences des mutations est dans le Traité très soignée et très intéressante. On voit immédiatement qu'Oresme a étudié de très près son sujet, qu'il a eu sous les yeux tous les phénomènes dont il parle, qu'il a vu souffrir autour de lui des abus qu'il condamne. Et cela même donne à son exposé une allure particulièrement vive, à sa parole une autorité particulièrement énergiq^ue, et fait de ces quelques chapitres du T'rat'/e, autant et plus qu'un sec exposé doctrinal, un réquisitoire historique des plus vivants.

Les inconvénients des mutations sont les uns d'ordre économique, les autres d'ordre plus particulièrement moral et politique, et ils atteignent directement, suivant Oresme, les bases de l'organisation sociale (i).

A. — Effets économiques des mutations

i» La conséquence première et inévitable de toute opération de ce genre sur la monnaie, c'est comme Oresme Ta fort bien noté, de lui faire perdre en réalité son caractère de monnaie. Le but pour lequel on l'a créée, c'était d'avoir une commune mesure des échanges aussi stable que possible. Mais dès qu'on la fait varier arbitrairement et sans nécessité, elle perd naturellement cette qualité essentielle, elle doit retomber au rang d'une marchandise ordinaire. Et c'est ainsi en effet, observe

I . Oresme distingue, dans le Traité, les inconvénients qui touchent le prince (chap. XIX) de ceux qui regardent la communauté (chap. XX) ou une partie seulement de la communauté (chap. XXI), et sous ces rubriques il mêle un peu au hasard les conséquences d'ordre politique, économique et moral des mutations. Ce plan entraîne à des redites que nous avons cru préférable d'éviter dans Tanalyse de la doctrine.

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Oresme, que les choses se passent. Les contractants ne pouvant plus s'en rapporter à l'affirmation de Tempreinte, qui est mensongère, retournent à l'emploi de la balance et à Tessai du titre. La monnaie se vend de nouveau comme métal, au poids et à Tessai, c'est-à-dire qu'il n'y a plus véritablement de monnaie : Item saepissime ignotatur his duranlibus temporibus, quantum valeat hoc numisma vel illud, et oportet mercari seu emere seu venderé monetam, seu altercari de precio, quod es t contra ejus naturam » (i).

a' Incertitude des paiements ; gêne du commerce, — Tout cela n'a pas lieu^ comme bien on pense, sans que le commerce en souffre considérablement. La chose qui doit le plus demourer, la monnaie, étant maintenant sans fixité (rei quae débet esse certissima nulla est certitudo) (2), la mesure de toutes choses étant irrémédiablement faussée, le commerce s'en trouve comme affolé {incerta et inordinata con/usio..,, in vituperium principantis) (3).

Insécurité perpétuelle des transactions, incertitude des paiements, bouleversement de toutes les situations économiques, voilà le cortège le plus ordinaire de maux que les mutations traînent après elles. Qu'on songe, observe Oresme, que les rentes, les traitements des foi\ctionnaires, les louages, les censives, toutes les redevances pério* diques, sont évalués en monnaies! (4) Quels troubles^

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