Tract. , c. 14, p. 1 14 = fr. XLIII
esse in cursu et pretio quasi quaedam lex et qusedam ordinalio firma) (i). Ce ne sont là en effet que les faces diverses, que les applications particulières du même principe général qui domine toute la doctrine : la condamnation du droit de muer.
Le principe est posé avec tant d'énergie, il est dans ta forme affirmé d'une façon si tranchée, qu'on n'est pas peu surpris de voir par la suite qu'Oresme ne le considère point comme absolu, dès qu'il ne sagit plus expressément du droit du prince, et qu'en somme il admet à la prohibition générale d'abord posée d'assez nombreuses exceptions.
En réalité d'ailleurs, certaines de ces restrictions sont légitimes, et dans son ardeur combative contre le droit du prince Oresme s'était tout d'abord laissé emporter trop loin. Venant de la cupidité ou de l'arbitraire du prince, toutes les mutations sont à prohiber en bloc ; mais il est aussi des cas où elles simposent, pour des raisons naturelles et économiques^ avec lesquelles le droit domanial n'a rien à voir.
C'est ce qu'Oresme a parfaitement reconnu plus tard, spécialement dans les gloses de ses traductions. La variation desmoiinaies est une conséquence naturelle, remarque-t-il, de la nature de chose qu'on lui doit reconnaître. La valeur des choses est essentiellement mobile, suivant leur abondance, leur rareté, la faveur dont elles sont momentanément l'objet (2), La monnaie, chose comme les autres, n'échappe point à la commune loi. La valeur du métal dont elle est faite varie, Oresme l'a
1. Tract., c. 8, p. io3 = fr. XXVI. Cf. Ethiques 1. V, c. 11, Glose Cest assez plus, f^L, v®.
2. Ethiques, 1. V, c. 11, Glose : « Et les autres choses varient et muent leurs prix en divers temps » f» L, v<>.
parfaitement noté, avec les circonstances naturelles delà production, avec aussi les caprices du désir humain (i). La monnaie, qui n'a que la valeur du métal dont elle est faite, peut donc et doit même varier, peut et doit suivre en leurs variations naturelles les différences de valeur du métal précieux. Variations assez rares, observe-t-il, variations généralement lentes et de peu d'amplitude, ce qui fait que la monnaie ne devra être muée « fors peu souvent » (2); mais malgré tout elle devra l'être nécessairement de temps en temps, quand les causes naturelles l'exigeront.
Quelles sont ces causes naturelles, reaies et naturales causœ {Z), qui justifient la mutation ? Oresme nous en donne d'assez nombreux exemples.
Il peut se faire, dit-il, que le métal dont on fait les espèces vienne à manquer. Sans manquer absolument, il peut devenir si rare qu'on craigne de n'en avoir pas assez pour remplir la circulation (4). En sens inverse, le métal peut devenir trop abondant ; une production plus active, des procédés nouveaux d'extraction, l'alchimie même, peuvent en jeter subitement sur le marché des quantités considérables. L'impossibilité de satisfaire aux exigences de lacirculation dans le premier cas, la dépréciation qui résulte fatalement dans le second, rendront nécessaire l'abandon d'un métal subitement enchéri ou avili. Ainsi a-t-on vu autrefois disparaître la monnaie de cuivre, (5), ainsi voit-on encore quelquefois la frappe de l'or suspendue à cause de la raréfaction du métaL