Kaulla, toc. cit., p
4. « Paulo post etiam Johannes Buridanus, celeberriini nominis sopliista,suos in libros Politicorura Quaestiones evulgavit, sed
s'élever contre son jugement sommaire. Ce sont deux ouvrages où la barbarie de la forme seule peut le disputer à la pauvreté du fond. En réalité, si les deux Questions sur les monnaies se trouvent par exception si franches d'allure, c'est qu'elles y sont venues d'emprunt. Buridan a pris au Traité toute la matière de ses développements, et rexceptionnelle clarté de ces deux passages provient justement de ce qu'il y a reproduit l'ouvrage d'Oresme sans y presque rien changer.
Malgré tout, les idées si claires du Traité xi oui point gagné à être versées dans la forme syllogistique des Questions. Buridan a construit ses Questions comme des syllogismes enchaînés, où la suite du raisonnement est découpée en article numérotés, en notables, en premier, deuxième, troisième doutes, première, deuxième, troisième conclusion, resubdivisés à leur tour, pour la symétrie, en articles, notables, etc. (i). La forme est certainement la plus déplaisante qu'on puisse souhaiter. Si nos deux Questions sur la monnaie ont conservé malgré tout parmi les autres quelque clarté et quelque allure, ce n'est véritablement pas la faute de Buridan, qui a fait tout ce qui était en lui pour rendre incompréhensible la clarté de son modèle.
Il y a, comme on voit, beaucoup à rabattre des critiques formulées jusqu'ici sur Toriginalité d'Oresme ; de ces critiques, les unes nous sont apparues vagues et imprécises, les autres, comme celle qui attribue à Buridan la paternité de la doctrine, sont définitivement à écarter. La question des sources pourtant reste posée.
nugaces, ineptas, ut ejusmodi scholasticorum fere omnia » {Bibl, polit., p. 37).
i. V. tout particulièrement la Q. 11 sur le livre h^ des Politiques {ed, cit., fo« XV et XVI).
Il est incontestable que Oresrae a eu des précurseurs, et que parmi les antécédents invoqués, Aristote, les canonistes, les commentateurs d'Arislole, ont pu avoir sur la formation de sa doctrine une certaine influence. Mais la portée de celte influence reste encore à déterminer.
Pour arriver à une solution sûre, le problème doit être repris, croyons-nous, sur des bases tout autres que celles où il a jusqu'ici été posé. Il ne suffit point d'avoir constaté l'existence d'une littérature monétaire avant Oresme, d'avoir retrouvé même, dans des œuvres de provenance différente, des notions plus ou moins éparses, pour qu'on en doive conclure nécessairement à la nonoriginalité de la doctrine d'Oresme. Car en réalité le problème est double, la question a deux faces, qu'il n'eût point fallu confondre. Y a-t-il avant Oresme, et autour de lui une littérature et une doctrine monétaire ? Oresme procède-t-il directement, pour ses idées et sa construction théorique, de cette littérature et de cette doctrine? Ce sont là en somme deux questions bien distinctes, et dont les réponses ne sont pas nécessairement liées. Il peut y avoir eu à l'époque d'Oresme une littérature monétaire déjà considérable, sans qu'il y ait eu pour cela construction définitive d'une doctrine systématique ; il se peut qu'il y ait eu déjà des notions théoriques bien dégagées, sans que la doctrine d'Oresme nécessairement en procède, sans qu'on doive lui refuser pour cela toute originalité.
C'est à distinguer ces deux faces du problème que nous nous sommes^ dans la discussion qui suit, particulièrement appliqué. Nous avons partagé par suite ce chapitre en deux sections. Dans la première, nous établissons, d'abord l'état de la littérature monétaire au milieu duxive siècle, en contrôlant tout particulièrement les dates, de façon à pouvoir écarter du débat les auteurs
elles œuvres de date postérieure à Tapparition d\i Traité ; en second lieu Tétat de la doctrine elle-même, en recherchant s'il y a véritablement alors une doctrine dégag'ée, ou s'il n'y a point plutôt, avec quelques notions seulement encore mal liées, des « opinions flottantes » et discutées entre des écoles rivales, en précisant en tout cas quelles notions peuvent être considérées dès lors comme définitivement acquises.
Ces deux points une fois établis, nous pouvons, dans une seconde section, aborder directement la question des sources, en recherchant, parla confrontation directe des œuvres et des doctrines, la part d'emprunt réel et la part d'originalité dans le Traité; nous nous attachons alors tout particulièrement à saisir les raisons qui font Toriginalité et la valeur propre de la doctrine d'Oresme.
SECTION I