Albert., in Ethic, V, c. 2, litt. c
conception féodale que Albert réintroduit ainsi, avec cette modification que la reconnaissance paï* Arîstote du caractère artificiel et conventionnel du numéraire lui permet de donner maintenant une solide base doctrinale. La résurrection d'ailleurs ne paraît pas avoir été goûtée; saint Thomas n'a reproduit un instant ce développement d'Albert qu'en en atténuant considérablement les termes (i); Burleigh n'a pa§ cru même devoir y faire allusion.
Saint Thomas d'ailleurs avait tiré lui-même d'Aristote une autre conception, autrement féconde pour l'avenir : le principe même delà monnaie-marchandise.
Le texte d'Aristote permettait encore cette construction. Aristote au fond est bien loin de reconnaître une valeur réelle de la monnaie, ses explications sur la valeur artificielle du numéraire, qu'une convention a créé, qu'une convention peut défaire, ne laissent à cet égard aucun doute Mais il s'était aussi, comme nous savons, aux Politiques^ laissé aller à dire en passant, que la monnaie fut choisie parmi les objets utiles en soi, Ttov ypYiTijjLwv à'jTO(Àv.La lecture de ce passage est contestée par les modernes; mais le vieux traducteur n'y avait point vu de difficulté : il avait traduit littéralement « utilium perse ens », c'est-à-dire qu'il affirmait très nettement la préexistence d'une valeur dans l'objet même choisi pour monnaie. Saint Thomas est, de tous les commentateurs^ celui qui a su le mieux tirer parti de ce passage pour atténuer, avec une extrême réserve d'ailleurs, les conséquences, qui visiblement l'inquiètent,de la doctrine
I . (c Imposuerunt aliquera characterem, quod ponitur in signum quod metalltim sit tanlse quantitatis, sicut etiam in aliquibus locis imponuntur quaedain signa publica, ad raensuram vini vel fnimenti » (D. Thomas, m lihr. Polit. ^ I, 7, litt. f.).
du Maître. Après avoir exposé, aux Politiques^ la pure doctrine aristotélicienne sur le caractère artificiel de la monnaie (i), il revient immédiatement sur Tidée, et dans une addition dont la forme plus ample contraste avec sa sobriété habituelle, il remarque que « la monnaie est pourtant par soi, par son origine, une chose naturelle » (2), qu'elle est « par soi une chose utile, propre à d'autres usages », et il développe plus clairement encore sa pensée en expliquant qu'avec le métal on peut faire des vases, des instruments quelconques, qui auront leur valeur intrinsèque de choses (3).
Cette idée, que la convention ne fait pas le tout delà monnaie, qu'au-dessous de la valeur imposée il doit y avoir une certaine valeur intrinsèque^ c'est dans la doctrine asistotélicienne une innovation considérable, c'est pour mieux dire une trahison manifeste à la pensée du Maître. Ni Euslrate, ni Albert, n'avaient osé rien de tel. Albert avait glosé vaguement le « utilium per se ens » en disant que la monnaie doit être « de numéro necessariorum » (4). Eustrate avait essayé d'atténuer l'affirmation d'Aristote sur l'inutilité foncière du numéraire en
1. € Quia variatâ hominum dispositîone, nullam dignitatem, neque utililatero habet ad necessitatem vitae, sed Iransrautata dispositione hominum, qui utuntur divitiis, denarii nullius sunt pretii, nec aliquid afferunt ad necessitatem vitae, puta si placeat régi vel communitati,ut non valeant > (D. Thomas, in lihr. Polit,, I, 7,litt. f.).
2. « Quia est de rébus quas iriinistrat natura » (D. Thomas, in lihr. Polit,, l, 7, litt. e.).
5. a Haec enim sunt secundum se utilia, in quantum ex eis fiunt vasa, vel aliqua instrumenta, et tamen de facili portari poterant ad remotum locum, quia modicum de istis propter eorum raritatem valebat multum de aliis rébus » (D. Thomas, in Polit. , I, 7, litt. f.).