Traiciie, c. XXV. p. LXXVIIl= lat. p. i
2. Les Ethiques, V, 10, GI. Et les autres choses muent. Cf. Albert., in Et hic., V, c. 5, litt. g.
3. Les Ethiques, V, 1 1, Gl. Et pour ce convient il (fo L, vo). Cf. D. Thomas, in Ethic , I, 9, litt. c.
4. Les Ethiques, V, 11, Gi. El les autres cfioses muent, (^ L, v*. Cf. Albert., m Ethic, V, 5, c. 10 litt. c.
leigh lui a fourni au moins cette idée que la valeur des choses suit Tindigence et nécessité humaines et non leur propre dignité et leur perfection, avec l'exemple si caractéristique que cet auteur a tiré de la comparaison en valeur d'une pierre précieuse et de la souris « qui a vie sensilive » (i). Mais surtout, il a repris et développé ridée féconde, déposée par saint Thomas, de l'utilité intrinsèque de la monnaie ; il a repris le commentaire des mots fidejussor futarae nécessitai is, et élargissant et amplifiant singulièrement l'idée^ il en a fait non plus une remarque isolée et sans portée, mais le pivot de son système monétaire nouveau, et son grand argument contre les mutations (2).
Ici d'ailleurs, il fait plus que dépasser à la fois Aristote et les commentateurs, il lescontredit formellement. Mais il n'en a point souci. Car, en s'inspirant du Maître il n'ajamais eu ni la superstition du texte, ni celle des docteurs ; il est restélibre, et il a pris en définitive ce qui lui convenait seulement. Son indépendance apparaît jusque dans les traductions, où il est pourtant obligé de suivre le texte. Nous savons que plus d'une fois il n'a pas craint d'élargir dans ses explications la doctrine du Maître, et de la corriger au besoin.
L'exemple le plus net est dans sa conception dernière de la nature de la monnaie, sur laquelle nous avons insisté en son lieu. II a évidemment pris point d'appui sur la traduction erronée de G. de Moerbeka ; il a profité de l'appoint des commentateurs. Mais, ensuite, se débarrassant de leurs hésitations, il a su aller franchement
i . Les Ethiques, V, 1 1, Gl. Et les autres clioses miient. Cf. Burlaîus, in Ethic, V, 5, litt. c.
2. Les Politiq., I, 10, Gl. La nature de quoy monnaye. Cf. D. Thomas, in Poli tic. y I, 7, litt. i.
plus loin qu'eux, jusqu'au but, jusqu'à la notion delà monnaie-marchandise, de la monnaie ayant une valeur intrinsèque, qu'aucun n'avait pensé atteindre. Que Ton compare ici la glose si franche des Politiques aux explications fuyantes et embarrassées d'Albert et de saint Thomas lui-même, la différence éclatera immédiatement (i).
D'une manière générale d'ailleurs, il est bien certain qu'à l'égard des commentateurs, il en prend encore plus librement qu'avec le texte. Ce qu'il leur demande, c'est la pensée même d'Aristote,lorsquelle lui paraît obscure, et s'ils ne paraissent pas la donner, s'ils lui paraissent trahir le texte, il sait admirablement se débarrasser de leurs explications malheureuses (2). Où il ne les suit jamais par exemple, c'est lorsque, comme Burleigh, comme saint Thomas lui-même, ils veulent, en dénaturant quelques termes d'Aristote, restaurer les principes féodaux, argumenter par exemple du décri possible des espèces, pour en déduire que la monnaie n'a point de valeur propre. La monnaie, déclare-t-il ici trèsénergiquement contre Burleigh, contre saint Thomas, et un peu contre Aristote lui-même, la monnaie conservera toujours, même si on la décrie, sa valeur propre de métal, sa valeur de chose (3). Une telle notion, même après les commentateurs, était bien vraiment originale, et on peut la lui compter en toute justice. •
1. LesEthiq.,V, II, f0XLlX,vO; LesPolitiq.,1, 10, foXIX,ro. Pour l'analyse de ces textes, v. swprà chap. 1, § nature de la monnaie, p. 201-207.
2. II rejette ainsi la lecture singulière de nomos par mesure en grec, qu'Albert avait donnée (Albert, m Politic, I, 7, litt. t = Les Poliliq., I, 10. Gl, Item chaque f. XVIIL v«>).
3. Burlaeus, in Ethic. V, 5, litt. c. Cf. Les Ethiques, V, 1 1, Gl, Cesl assavoir, f. XLIX, v".
L'autre partie de sa doctrine, sa critique de la conception féodale, est d'ailleurs encore plus incontestablement sienne.
Ni les canonistes ni les romanistes, nous le savons, n'avaient osé heurter de front la conception féodale ; ils avaient biaisé, et après eux, les disciples d'Aristote eux-mêmes étaient, malgré la force que leur donnait la doctrine du Maître, restés en fin de compte attachés à la pratique féodale. Oresme d'ailleurs prétend bien ici rien ne devoir à personne. Aristote, dit-il, n'a point traité des mutations, « car de son temps n'étaient telles malices trouvées » (i). Et les auteurs anciens n'en ont
point parlé non plus. « Oncques en cité ne royaume
ne fut fait ne oncques trouve histoires qui deceste chose feist mencion, excepte en une chapitre escript par Cassiodore de Théodoric, une petite. mutacion faite au poix de la monnoie » (2). Sa critique serait donc entièrement originale.
Oresme, ici, exagère un peu. Sans doute les écoles antérieures n'étaient point, comme il dit, arrivées à battre directement en brèche la conception féodale : pourtant Oresme eût pu trouver déjà dans leurs écrits, s'ils les eût connus, des arguments utiles, ne serait-ce, chez les canonistes, que ces arguments moraux qu'il développe si complaisamment au Traité. Lui-même d'ailleurs ne rappelle-t-il pas que Cassiodore, « en ung chapitre » (3), a fait mention d'une petite mutation faite de son temps? En réalité ce passage de Cissiodore lui a été des plus utiles : il Ta découpé et reproduit par fragments au Traité ; il y a trouvé, plus nette que dans Aris-