Ordonn. 28 décembre J355, A. i*'" (III, p
préalables qui ont inspiré et réglé Fordonnance jusque dans les plus petits détails ? — En vérité, il n*est point possible des y tromper ; avec l'ordonnance de i355, c'est la doctrine du Traité qui passe à la pratique, c'est toute la politique monétaire d'Oresme qui, par la force de la raison, s'est imposée à la majorité éclairée des Etats ; et ce triomphe du raisonnement, le préambule de l'ordonnance l'annonce en de^ termes qu'Oresme, croyons-nous, ne devait pas désavouer :
« Raison enseigne qu'on n'est pas répréhensible de changer selon la diversité des temps les statuts humains.
« Par suite des grands dépenses qu'il nous a fallu faire pour soutenir la guerre... et non par convoitise pour amasser un trésor, mais seulement pour obyier aux plus grands périls que le peuple auroit courus, si autrement avait été fait^ nous avions au temps passé fait plusieurs mutations de monnoies, bien que nous ayons toujours eu grand désir de faire forte monnoie, quand le pourrions ; et maintenant par nouvel et bon avis des Etats pour ce assemblez, nous avons changé nos monnoies de faible à forte, et avons fait une autre ordonnance sur la manière des paiements. Si vous mandons, etc...»(i).
Le triomphe, qui avait été si prompt, ne fut pas de longue durée. Le roi Jean n'était guère homme à se laisser conduire longtemps par des conseils de philosophes. Il appliqua pourtant, semble-t-il, la réforme avec plus de suite qu'on ne l'a généralement dit ; il fit preuve d'une persévérance même qui ne lui était point habituelle. Bien
I . Ibid.^ III, p 46. Pour les espèces de cette frappe, le Ms. Fr, 4533, fol. y6\^, est en contradiclion avec le texte de FOrdonnance (éd. de Saulcy, I, 58).
que dès le mois d'avril il eût révoqué la plupart des autres disposUions que lui avaient imposées les Etats^ bien que les compensations accordées par eux n'eussent point produit ce que Ton attendait (l'aide promise ne rentrait pas, et il fallut qu'en mars les Etats revenus en modiflassent le mode de perception), le roi garda intact le système monétaire de décembre, sur le pied 24° (i), pendant plus de six mois, jusqu*au 26 juillet i356 (2). En juillet seulement le pied est changé, mais'modérément d'abord ; on frappe de nouveaux blancs sur le pied 4o* ; ce n'est que progressivement que Ton retombe en août au pied 48®, en septembre au pied 6o' (3). A cette date, le roi Jean évidemment s'est lassé de la monnaie forte et de la monnaie stable; il est revenue la monnaie de bas aloj (les nouveaux gros blancs ne sont plus qu'à 3d. de loy, et on en frappe 112 1/2 au marc), et surtout il est revenu au système des mutations perpétuelles, puisque de fin de juillet au milieu de septembre il a déjà trouvé moyen de changer trois fois le pied des espèces. Naturellement, le seigneurîage s'est relevé parallèlement; de i5 sous sur l'argent d'après l'ordonnance des