Journal des Etats, A, 20 : « Item Que le fait des
nâonnoyes et le gouvernement dicelles a très grandement appovry le peuple, et par les fonteures et blanchissemens des monnoyes qui souvent ont este faites, grant partie du billon du royaume est consume et gasle, et en double que tout le fait ne se perde dedans brief temps, èo ainsi len continue a fondre les monnoyes» {lac. «7., p. 432).
que mais oncques nécessite el besoin », à la fois « pour la tuicion du royaume et pour la délivrance de noslre chier seigneur et père » (i), devait-on ajourner pour le moment la réforme, qui priverait le trésor d'une de ses sources les plus assurées de revenus, au moment qu'il en avait le plus besoin ? Dans les circonstances politiques où Ton se trouvait, on pouvait légitimement hésiter.
Les Etats ne purent s'entendre. Mais durant leurs hésitations,le dauphin voulut agir. Ses conseillers crurent-ils pouvoir se passer de l'ingérence des Etats en les prévenant et les mettant en présence du fait acquis? Toujours est-il que les 23 et 25 novembre, une double ordonnance fut rédigée, où, après avoir observé que « les prélats, barons et gens de bonnes villes assemblés navaient en rien conclu ne parfait sur ce », le dauphin, après avoir ouï « très bonne deliberacion et avis », ordonnait « par le conseil de plusieurs sages » une frappe nouvelle d^espèces sur le pied 48®, et décriait les espèces en cours (2).
Il n'est certainement pas exact de dire, comme les historiens Tout quelquefois répété, que c'étaient là de basses espèces, et que la révolte de Marcel fut ainsi amenée par une dépréciation nouvelle du numéraire. En réalité, la monnaie en cours était alors plus basse. Avant de partir pour Poitiers, le roi Jean avait mis sur le pied 60*^ les espèces de la Langue d'Oïl ; le dauphin, à son retour, n'avait pris que des mesures de détail, pour éviter la raréfaction du métal et le chômage des ateliers (3).
1 . Expressions du Mandement du 22 octobre 1356 (OrJ. 111, 88) .
2. Ordonn. des 22-23 novembre 1356 (Ord. III, 86, 87) ; Grandes Chroniques de France^ c. 26, éd. P. Paris, VI, 4^)-
,1. Mandement du 22 octobre 1356 (Ord. 111, 8G). Cf. Vuilry, /oc. cit., p. 283.
La monnaie nouvelle, sur le pied 48*> était donc une monnaie plus forte que les espèces courantes, et le dauphin avait essayé par là, sans doute, de désarmer Topposition des Etats.
Mais la monnaie nouvelle était loin de répondre pourtantàcequ^ils voulaient exiger. Ce n'était plus, àbeaucoup près, les bonnes espèces émises en décembre précédent. Le pied (48°) était beaucoup plus élevé que celui des Etats (28^). La plus haute pièce, le gros blanc de 80 au marc, était à 4 deniers d'aloi seulement. Le seigneuriage, fait qu'on n'a pas assez observé peut-être, mais qui n'avait certainement pas échappé aux hommes du temps, était conservé fort élevé, presque aussi haut que dans les basses monnaies du roi Jean, à4 L 12 s. par marc de fin (i). L'émission projetée était donc une sorte de compromis, qui ne devait contenter personne. Le dauphin renonçait à la basse monnaie 60^ du roi Jean qui courait depuis septembre et qui lui laissait un bénéfice très élevé. Mais il mécontentait les partisans des réformes, en restant beaucoup au-dessous du pied de décembre 1 355, et en conservant un seigneuriage jugé par eux abusif; il mécontentait encore plus les bourgeois et les marchands, en troublant la circulation par la démonétisation des espèces anciennes, par la réduction brutale à 3. deniers tournois du blanc aux fleurs de lys qui courait pour 8d. depuis juillet. C'était évidemment uneopération de politique monétaire fort mal conduite; le dauphin, semble-l-il, n'avait pas eu le courage de prendre parti pour ou contre la réforme. Il sentait si bien qu'il allait mécontenter les esprits, que ce ne fut que lorsqu'il se fut éloigné de Paris, comme on sait, que fut criée, le 10 décembre, la nouvelle monnaie de l'Ordonnance.
ï V. infrà^ Appendice, tableau H.
LA LUTTK POUR LA MOfiXAIK DROITE 487
On sait ce qu'il advint; et comment le peuple u moult esmeu », conduit par la bourgeoisie et par le prévôt des marchands, refusa de laisser circuler les nouvelles pièces (i), et obligea le duc d'Anjou à arrêter la frappe, quitte à laisser mettre en circulation, pour vivre en attendant, des espèces de rebut. Le dauphin, de retour le îl\ janvier, essaya, semble-t-il, encore de temporiser ; mais devant l'altitude menaçante des bourgeois et après les scènes violentes du 20 janvier (2), il dut reculer, et, tout en protestant en chambre du parlement que « de tout temps le droit de faire monoie et de la muer appar-^ tenoit au roy pour cause de Iheritage de la couronne de France » (3), il dut en fin de compte, « puisque icelle bonne et forte monnoye nayt pas esté ne encores soit agréable au peuple » renoncer à faire une nouvelle émission, et laisser courir les anciens blancs du roi Jean, ordonner même, qu'en attendant la décision des Etats on continuerait, par provision, à frapper deniers sur le pied 60^, « autels et semblables come ceulx que len faisoit auparavant » (4).
1 . Il est manifestement impossible, comme Ta fort bien montré ici M. de Saiilcy (art. cit. y p. 292), qu'il y ait eu à ce moment une frappe de monnaie 64^. C'est bien la monnaie 48® qui causa la révolte de Marcel. Mais, d'autre part, la monnaie 28®, que M. de Saulcy intercale ici, doit être manifestement, comme nous ayons dit, reportée au mois de mars : c'est la monnaie des Etals de 1357. Le Ms. Fr. 4^35, la meilleure, semble-t-il, des sources éditées par M. de Saulcy, dit très nettement que le pied 28® a été pratiqué du 26 mars i356 (A. S.) au i3 janvier i55y (A. S.). Cela concorde parfaitement, en tenant compte de la. différence de date du mandement el de l'ordonnance, avec ce que nous savons par les Chroniques de la monnaie des Etats de cette année.