‹ Nicole OresmeChapitre 225 sur 321 · Ordonn. 5 décembre 1360 (III · texte numérisé non relu

Ordonn. 5 décembre 1360 (III

2. 11 y a eu, ce semble, ici, chez les historiens, une confusion. M. de Wailly, qui félicite Charles V de la stabilité de sa réforme, croit cependant que 8 matations eurent lieu sous son règne, qui auraient « fait varier la livre tournois de 10 fr. 81 à 9 fr. 81, et la proportion de l'or à l'argent de 10.79 ^ 9»^'-^ ** {Mém. sur les m riat ions, dans Mém. Ac. Inscr., XXI, 225). Cf. Glamageran,

comme nous verrons, le souci que Ton eut de garder et de maintenir loyal le système monétaire. La réforme monétaire fut vraiment patiemment et constamment poursuivie «sans rien muer ni changier», comme le pro* clamait fièrement le roi dans ses mandements (i), le commerce put jouir d'un état de stabilité qu'il n'avait pas connu depuis saint Louis.

Ce ne fut point si aisé pourtant qu'on avait à Torigine paru le croire, et le roi eut quelque mérite à cette persévérance, car il se présenta dans l'application des difficultés que les inspirateurs de la réforme n'avaient pu prévoir. Des phénomènes économiques déconcertants vinrent contrarier la marche des projets du roi, et plus d'une fois compromirent sérieusement la réforme. Il fallut, nous le répétons, à Charles V une grande persévérance pour maintenir la stabilité monétaire ; il lui fallut une grande foi dans les principes de la doctrine pour ne pas s'être découragé avant l'heure ; et malgré qu'il en eût, une fois au moins, il dut remanier tout le système monétaire.

Gomment cela put-il se faire ? Le système établi en i36o avait pourtant été mûrement étudié (2) ; après les

Hist. de l'impôt en France, I, 4^- — Lavisse, //. générale, Ilf, 297. C'est certainement compter beaucoup trop de mutations. L'erreur vient de ce que M. de Wailly a compté comme mutations les variations de titre du gros denier, ou quelques dispositions sur les pièces d'or escharses. Nous nous expliquons plus loin sur cette difficulté.

i. Ordonnances^ des 15 mai 1305 (IV, 56o), 0 février 1369 (V, i5o\ 12 juillet 1369 (V, Sao), 20 juillet 1378 (VI, 333), etc.

îi. Ordonn. 5 décembre 1360, préambule : c Affîn que cesle présente nostre Ordonnance puisse avoir son plein effect,.et longuement tenir en sa vertu, savoir faisons que Nous, eiie très qrani délibération avec les gens de nostre conseil et plusieurs autres » \Ord, 111,459).

Ord. 16 janvier 1360-1361 : « Desquelles ordonnances, par

remaniements nécessaires d^avril i36i,le système paraissait assi^ sur une solide base d'expérience, et sur le rapport juste des métaux ; on pouvait espérer qu'un régime si bien « équipoUé » pourrait durer de longues années.

Cela est parfaitement exact ; tout ce que les réformateurs de i36o avaient pu voir, ils lavaient consciencieusement traduit. Mais ce qu'ils ne pouvaient prévoir, ce sont les pertubations économiques qui justement à partir de cette date vinrent se faire sentir dans le cours des métaux. Pour des raisons obscures, il se produisit de i36o à i38o un phénomène inattendu, une hausse lente, sans brusques éclats, mais continue et permanente du prix du métal. Nous verrons plus loin d'ailleurs si cette hausse singulière fut toujours bien naturelle, et si certaines influences n'y ont pas un peu aidé ; pour le moment, ce qui nous importe, c'est le fait; et le fait palpable est que de i36o à i38o le prix des métaux précieux a haussé généralement et continuellement, et que d'autre part, comme cette hausse n'a pas été égale pour tous les deux, le rapport des métaux entre eux s'est déplacé dans une proportion sensible.

Cesl l'or qui paraît avoir monté le plus vite. En décembre i36o, au moment de la réforme, nous avons vu que l'on donnait 60 livres du marc de fin (i), et ce

double que aucuns ne puissent dire et eulx plaindre qu*ilz neussent este bien faiz et ordonez selon la matière d*or et d'argent qui est en nostre dit royaume, Nous depuis ce avons eu 1res

grants et bons collacions avec plusieurs autres saiges et bien

expers et congnoissans au fait et gouvernement des monnoyes, par lesquels Nous avons trouvé ceste ordonnance estre bien faicte, et l'or et Targent bien ordoné et équipollé Tun à Tautre » [Or'd, Ml, 455). Cf. aussi Ord.2ô février 1300-1 361 (OrdlU, 469). I. Mandement du 12 décembre 1300 {Ord. III, 44t)- Cf. Ms. Fr. 4'>35, dans de Saulcy, op. cit., I, p 4'-

prix s'était maintenu lors des ordonnances complémentaires d'avril (i). Mais deux ans plus tard, le changement était fort sensible; dès i363 nous trouvons qu'on donnait une <( creûe » d'une livre, qui porta le prix du marc à 6i livres le 4 i^ai pour Tournay d'abord (2), et au mois de juillet pour toutes les monnaies (3). Le mouvement ascensionnel ne fit dès lors que se précipiter. En laissant de côté les monnaies de Tournay et de Saint-Quentin, où, pour des raisons locales que nous expliquerons (4), le prix était encore plus élevé, nous trouvons qu'on devait donner dans toutes les monnaies, dès juillet i364, 62 livres du marc d'or (5); au commencement

1. Ordonn. 10 avril 1361 (IH, 483). Le Ms. Fr. 4533 dit. expressément: « Du 12* jour de janvier jusques au 17® jour de avril i363. .. donnoit on du marc d'or fin 60 Ib. t. » (de Saulcy, ibidem),

2. Mandement du 4 mai 1303, cité aux tables de Secousse, non reproduit.

3. Ordonn. 26 juillet 1363 (Ord. IH, 483). Le Ms. Fr. 4553 est ici en contradiction avec les textes : • Du i8« jour de avril i365 au 5^ jour de aoust i364) donnoit Ion du marc d'or un 60 Ib. t. » (de Saulcy, ibidem).

Page 1