Mandement du 19 juin 1370 (Ord. V, 3oi
2. M. A. de Barthélémy remarque (Numismatique moderne, p. 71) que pour tout le règne de Charles V il n*y a qu'un type du franc d'or, un type aussi du denier d'or. Il y a trois variétés seulement de gros, fort peu différentes, et deux de blancs. Celte série de types correspond parfaitement à ce que nous savons de la politique monétaire du règne : les trois variétés de gros sont évidemment les pièces frappées successivement en i36o, i36i et i365, sur les pieds successifs 24". 21® et 24*^. La circulation était par suite on ne peut plus claire.
Il faut observer pourtant qu'il y eut quelques autres remaniements dans les pièces en circulation. Des pièces anciennes disparurent ; d'autres furent créées, qui ne durèrent qu'un certain
Point de mutations in proportions : le rapport établi entre les métaux reste le même, c'est-à-dire fixé à io,66, bien que celui du commerce ait dans l'intervalle assez sensiblement varié. La variation n'était pas considérée comme assez considérable évidemment, pour, aux termes du Traité, justifier une mutation. « Se peu ou gueres estoit ce rapport mue, toutesfois ceste chose n'appartient nullement au prince de faire. »
N'y eut-il point cependant, vers la fin du règne, quelques changements dans le titre des pièces (mutations in materia) ? La plupart des historiens l'ont cru, et M. de Wailly, dans son travail (i), a compté à cet égard huit mutations de i366 à i38i.
temps et qu'on abandonna. Dans le premier genre, il faut citer le royal d'or, qu'on relira de la circulation dès i365 (Ord, 10 avril 1360, III, 485) et le denier à la couronne, qui ne dépassa pas Tannée. i36i. Dans le second, le demi-gros, qui depuis avril i36i doubla assez inutilement le blanc denier ; et le grand franc d'or créé par le même mandement du lo avril i5(>i. C'était^ nous avons dit, un multiple du franc de décembre : il valait i 1. lo s. Mais, à cause sans doute de sa valeur trop considérable (il valait plus de 6o francs, monnaie moderne) à cause de son rapport peu commode au reste du système, la pratique commerciale semble l'avoir peu goûté. On en frappait encore au i4 avril i36i; mais il avait disparu avant i564- La maille, au contraire^ créée semblet-il assez tard, répondait à un objet précis, à cette nécessité de menue monnaie pour les aumônes qu'Oresme rappelle à plusieurs fois. C'était une pièce d'un alliage très inférieur (i d. 6 de loy seulement, soit à peine i/i8 de métal fin) ; on en faisait 36o au marc, et elle valait un demi-tournois. Nous n'en avons rencontré que 3 émissions : Ord. 12 octobre 1373 (V, 641), 10 juillet 1374 (VI. i3), 12 décembre 1374 (VÏ, 83). Cf. Vuitry, op. cit., II, 317. 1. M. de Wailly a noté en effet des variations intermédiaires entre le pied 21^, et le 24®., aux pieds 24 24/3 1, 24 163/281, etc. Cette introduction de décimales dans la notion du pied monétaire est certainement inadmissible. Jamais nos monnayers anciens ne
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Ce ne sonl point là pourtant des mutations.
Sur i*or d'abord, le seul changement qu*on ait pu relever sur le titre est rapporté à Tannée 1869 (i). Un mandement du 29 septembre de cette année autorise les maîtres particuliers des monnaies, sur leurs réclamations, à faire les deniers d'or et les « boestes escharses jusques à ung quart de carrât de loy et demi et non plus » (2). Mais ce n'est pas là, en réalité, une mutation ; c'est la reconnaissance d'une tolérance toujours plus ou moins admise en faveur des monnayers, d'une tolérance en réalité assez minime^ analogue à celle que pratiquent aujourd'hui encore toutes les monnaies^ et dont le taux se justifie très suffisamment par Timpossi-
se sont exprimés de cette façon, et il est, croyons-nous, tout à fait inopportun d'introduire dans une notion aujourd'hui historiquement arrêtée des complications et des subtilités qui leur ont toujours été étrangères. Au surplus, les historiens de cetie période, et les mandements royaux eux-mêmes se ajont bien gardés de s'exprimer ainsi : ils considèrent toujours les monnaies frappées de i365 à i384, comme frappées au pied 2^*,; les extraits de registres monétaires publiés par M. de Saulcy ne tiennent pas non plus un autre langage. Par cette introduction de fractions dans le calcul du pied, M. de Wailly a voulu évidemment tenir compte des variations du titre de gros toumoiSy qui passait tantôt de la d. à 1 1 d. 3/4 ou 1 1 d. 17. Mais, comme nous l'avons expliqué, cette variation de liire ne peut être considérée vraiment comme un changement du pied : elle ne peut être regardée que comme une tolérance dans le monnayage, nécessitée chaque fois par les conditions pai*ticulières de qualité du billon apporté aux hôtels.
I * Mandement du 29 septembre 1369 (V. 235).
î2. Le titre se trouvait ainsi 'ramené à a3 carats 5/8, soit 973/1000, ce qui donne une différence de 27/1000 seulement. On sait qu'aujourd'hui le titre légal de nos pièces d'or est de 900/1000 seulement. Les pièces de Charles Vêlaient donc vraiment restées très hautes. Cf de Wailly, Mémoire sur les variations de la livre^ dans Mém. Ac. Inscr., XXI, i3, n. 1.
bilité où Ton était alors, avec des procédés de fabricalion 1res imparfaits, d'obtenir des pièces absolument pures.
Pour les pièces d*argent, au contraire, pour le gros denier^ le titre a été maintes fois remanié. La pièce était restée, semble-t-il, de métal pur à 12 d. de loy, jusqu'en i^'jOf pendant plus de 10 ans (i). Mais le i3 juin 1870, nous trouvons pour la première fois une émission de gros à 11 d. 3/4 seulement ; et à partir de cette date^ le titre varie d'une façon très singulière. Après trois émissions au titre de 11 d. 3/4 au cours de Tannée 1370, on revient en effet en 1871 au métal pur à 12 d., pour reprendre la frappe à 1 1 d. 17 gr. au 7 avril 1372. Puis le titre s'abaisse à 11 d. 6 gr., pendant toute cette année ; et jusqu'à la fin du règne dès lors, nous trouvons, alternativement, sans raison apparente, des frappes à II d. 6 gr., à II d. 17 gr. et à 12 d., le titre de 11 d. 6 gr* étant d'ailleurs le plus fréquent, et finissant, semblel-il, par s'établir définitivement dans les dernières années (2).
Quelle peut être la raison de ces changements? Seraitce, comme on Ta cru généralement, que le roi s'était aperçu du danger de frapper des espèces de métal pur ? Ou bien voulait-il, par la baisse du titre, corriger les écarts de la hausse du métal ? L'un et l'autre sont peu
1. Frappes des 10 avril i36i lOrd. III, 483); 5 novembre i36l (III, 529); 3 mars i362 (III, 55i): 28 juillet 1 364 (IV, 4^8)1 22 avril 1367 (IV, 544) ; 5 août 1369 (V, 2i5) ; 6 février 1370 (V, 25o). Nous ne voyons pas pourquoi M. Vuitry (op. cïï.. Il, 3i6) a supposé que la frappe des gros à i2d. avait été suspendue d'avril i365 à 1369; on trouve dans cet intervalle des frappes formellement indiquées dans les mandements.
2. V. le tableau des variations du gros tournois à l'appendice , tableau G.
RÉFORME MONÉTiLlRE DE CHARLES V
probables ; l'abaissement que Ton constate dans le titre du gros denier est trop insignifiant pour correspondre à la hausse du métal; et d'ailleurs si telle eût été la raison, cet abaissement eût dû être progressif et constant, puisque la hausse du métal fut elle-même continue. Or, comme on peut le voir par le tableau que nous avons joint en appendice, rabaissement du titre se produisit au contraire de la façon la plus irrégulière, avec de temps en temps des retours, qui seraient inexplicables, au titre du métal pur.
Tableau résumé de la décroissance du bénéfice sur
l'argent
Prix du marc iiionnay<5
Prix
du marc
aux hùtels
Bénéfice
par marc
de lin
Bénéfice par marc monnayé
Ord.IH
Ord.IH
Ord.lII
Ord.V
Ord.V
Ord. III
Ord.lII
5 déc.
14 avril
1365, 20 aviil
5 nov.
19 fcvr.
7 avril
12oct.
àl d.
àl2d.
al2d à4d.
àl2d
Kl. 8 s.
Ils. 4d.
3s.9d.l/3 Is lOd.2/3
fA partir de 1374, les variations du pri.r du métal se tiennent à peu près entre 5 l. 7 s. et 5 l, iO s., et le bénéfice reste celui des années i372 et 1373).
La raison des oscillations du titre du gros denier est, croyons-nous, beaucoup plus simple. Le roi n'a point abandonné, en principe, le titre de métal pur qu'il avait adopté pour cette pièce ; s'il Ta frappée quelquefois à un titre légèrement inférieur, c'est seulement à cause des difficultés de la frappe, et parce qu'il ne pouvait alors faire autrement. Rappelons-nous que le métal était fourni aux monnaies par les changeurs à peu près exclusivement. A partir de 1870 ceux-ci se coalisèrent, nous en donnerons tout à Theure la preuve, pour n'apporter aux hôtels royaux que du métal légèrement allayé, sous le prétexte qu'ils ne pouvaient eux-mêmes se procurer que de la vaisselle et de l'argent cendré qui n'étaient pas absolument purs. Il fallut en passer par leurs exigences; et comme, au surplus, la différence de titre était fort minime, et que les frais d'affinage du métal eussent notablement dépassé le bénéfice que pouvait offrir celle opération, on se résolut, par nécessilé, à ouvrer les gros au titre même du billon fourni, tilre qui variait suivant les cas de 11 d. 3 gr. à 11 d. 6 gr. et 11 d. 17 gr. Cette explication, qui ressort des mandements eux-mêmes (i), paraîtra au surplus évidente si Ton veut prendre garde qu'à partir de 1371 les gros sont toujours frappés au titre même du métal apporté aux monnaies.
Les variations du denier ne sauraient donc nullement être assimilées à des mutations. Le pied des espèces n'est pas changé, la valeur légale et la taille demeurent, et la variation du titre, qui reste, malgré tout, extrêmement élevé, ne va guère chaque fois au delà d'une assez large tolérance, nécessitée par les difficultés matérielles de se procurer le métal pur. Le gouvernement royal n'a jamais
I. Mandements2aoùtîS69{\\ 2i5), 7 avril 1372 (V. 469). Cf, en ce sens, Vuitry. op. cit., II, ."lô.
5S8 RÉFOBMK MO!«ÉTAIRË DE CHARLES V
cru muer d^ns ce cas, et il n'en a jamais eu l'intention. Ce qui le prouve tout à fait, c'est que pour les espèces inférieures, allayées à une moindre loi, le titre n'a nullement changée. Après que les blancs à 4 d. 12 et 2 d. 12, d*abord maintenus, eurent peu à peu disparu de la circulation, que les tournois anciens à i d. 18 eurent cédé la place aux nouveaux, le litre uniforme de 2 d. établi pour les parisis et tournois nouveaux ('i), celui de 2 d. 12 délerminé par les doubles tournois, celui de 4 d. pour les blancs (2), furent définitivement et constamment gardés jusqu'à la fin du règne Malgré leur bas titre, d'ailleurs, ces espèces, comme on sait, n'étaient point en réalité un billon ; elles valaient, sauf le droit de seigneuriage, leur valeur intrinsèque de métal fin (3).
En somme,-r~ c'est à cette conséquence que notre élude conduit naturellement, — plus on suit dans ses détails intimes la politique monétaire de Charles V, de i36o à la fin du règne, plus il apparaît évident que le double but pour-