Uandement du 19 fà^rier 1305 (Ord. IV
bitude, un cours volontaire se maintint ainsi lonjjteinps, qui transgressait ouvertement les mandements royaux. Le peuple, malgré les défenses du roi, persistait à donner aux pièces des valeurs abusives ; il portait le franc, et plus tard le denier d'or, bien au delà de leurs valeurs réelles (i); il recevait toujours les anciennes espèces étrangères, florins d'or de Florence, ou deniers du comte de Flandre « pour plus haut pris qu'ils ne valent à la value de la nostre bonne (monnaie) (2). » En réalité, malgré l'établissement d'un système monétaire correct, les espèces continuaient à être prises « pour tel prix comme il plesl à chascun » (3). La réforme, plus de dix ans après ses débuts, était encore ouvertement violée chaque jour.
Dans tout cela, il y avait certainement beaucoup d'habitudes invétérées, et de résistance maladroite des populations. Mais au fond il pouvait bien y avoir aussi, de la part de certaines gens, opposition calculée et voulue. Trop d'intérêts plus ou moins avouables avaient été directement atteints par la réforme, pour qu*on n'ait pas essayé, dans certains milieux, de la contrecarrer. Les financiers et les changeurs, dont elle troublait singulièrement les opérations coutumières, dirigèrent, s'ils ne l'inspirèrent pas, le mouvement de résistance ; et ils n y réussirent, comme on voit, que trop bien.
Ils étaient secondés d'ailleurs, senible-t-il, par la complicité plus ou moins cachée des officiers royaux eux-mêmes. Il y eut entre ceux-ci comme une sorte de conspiration sourde pour faire échouer la réforme. Les monnayers, maintenant surveillés de près, privés des
1. Mandements des 15 mai 1305 A 10 et 12 (Ord. IV, 56o) ; ' 8 mai 1379 (Ord. VI, 460) ; Mandement n^ 216 dans L. Delisle, Mandements de Charles V, p. 99.
2. Ord. des 12 juillet 137o\\\ 52o); 5nov. 1313 (V, 645). 5. Ord.5noi\ 1373 (Y, G43). Cf. Vuitrv, op. cit., II, 3i3.
bénéfices scandaleux qu'ils se taillaient dans les mutations, montrèrent, les mandements royaux nous le prouvent, la plus grande négliîjence à frapper les espèces nouvelles. Quand le roi, fort mécontent, les poussait de près, ils menaçaient d^abandonner leur charge, tentaient une sorte de grève. Il fallut leur céder plus d'une fois, faire des pièces d'or « escharses à 3/8 de carat », uniquement « pour le bénéfice du monnayer » (i). De leur côté les baillis et prévôts, chargés de faire appliquer les ordonnances royales, se montraient peu diligents, tardaient à faire publier les nouveaux mandements, laissaient courir les mauvaises espèces, fermaient les yeux sur les infractions. Le roi, mal servi, irrité parce qu'il « avoit ceste chose a cueur » (2), s'emportait quelquefois, gourmandait prévôts et baillis, dont il était, comme il disait, « très mal content comme plus pouvons, et pour cause » (3). Mais les mandements avaient beau se succéder, conçus en termes aigres ou menaçants, l'effet produit paraît avoir été fort peu sensible, les mesures étaient toujours « petitement gardées» (4). Vingt ans après la réforme, on en était encore aux difficultés de début. H fallait encore, en 1879 comme en iSyS, comme en i365, rappeler le orai cours des monnaies, renouveler les prohibitions de l'ordonnance de i36o contre l'ancienne monnaie qui eût dû depuis longtemps avoir disparu de la circulation. Il fallait, après vingt ans de bonne monnaie comme aux temps