‹ Nicole OresmeChapitre 31 sur 321 · Blancard, Notice, p. 5 et · texte numérisé non relu

Blancard, Notice, p. 5 et

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On nous permettra de nous déclarer médiocrement touchés par ce premier ordre d'arguments. Les erreurs de lecture, les leçons « inintelligibles » que M. Blancard a relevées dans la version française, ne sont pas d'un grand poids pour l'attribution de la traduction ellemême. Ce peuvent être en effet, soit des fautes de copiste dans le manuscrit, soit des fautes de lecturechez le premier éditeur. C'est peu connaître d'ailleurs, croyons-nous, la singulière liberté d'allures des a translateurs » du moyen âge que de leur demander la fidélité du mot à mot auquel nous ont accoutumé des versions plus modernes. L'exactitude dans la traduction est une qualité toute particulière, qui n'est pas du tout, dans les habitudes de cette époque ; 'le translateur, quel qu'il soit, fait œuvre personnelle bien plutôt qu'il n'a souci de rendre avec précision les termes mêmes de son modèle ; l'exemple d'Oresme lui-même dans ses traductions de V Ethique et de la Politique seraft là au besoin pour nous le prouver.

Mais justement, si Oresme se permet pareilles libertés d'interprétation avec Aristote, avec le Maître dont on révère la pensée à l'égal d'un article de dogme, ne conçoit-on pas bien qu'il en prenne encore plus à son aise avec son œuvre propre, qu'il ne se croie pas obligé, en rendant sa propre pensée, à en reproduire servilement et sans modification la forme primitive? Ne peut-on pas même, en retournant légitimement l'argument, dire que ces assez nombreuses modifications, par addition, retranchement, remaniement, qui ont frappé M Blancard, s'expliquent plus naturellement encore de la part d'un auteur revoyant lui-même son œuvre, corrigeant luimême après réflexion sa rédaction primitive, lui donnant après coup, au besoin, des développements nouveaux, dans le sens où s'est arrêtée définitivement depuis sa

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pensée économique ? Oresme, nous le savons, revoyait et remaniait continuellement ses ouvrages.. La première preuve de M. Blancard ne serait donc point déterminante pour dénier à Oresme la paternité du texte français.

Il n'en est pas de même, semble-t-il, du second argument, beaucoup plus direct, que M. Blancard tire d'une addition du l^x te français lui-même (i). Le texte français, nous venons de le dire, et M. Wolowski l'avait déjà remarqué, renferme un assez grand nombre d'additions au texte latin primitif, et quelques-unes sont considérables. L'une d'entre elles, celle qui termine le prologue français du translateur, renferme une allusion que M. Blancard juge décisive. Le traducteur du Traité y parle en effet d'une série de mauvaises pièces, « mixtes et de bas aloy dont les étrangers emplissent le pays », et dont le prince devrait bien se garder, et il ajoute pour donner un exemple : « Si comme des pôstulatz nouuellement forgiez au pays de Liège, auxquels on donne cours en ce royaume pour demy escu d'or, et cependant ilz sont de si bas aloy que meindre ne se puet trouver ))^(2).

Cette mention, dans le texte français, d'un fait numismatique de date précise doit permettre, dit M. Blancard, de dater très sûrement la traduction française, et démontre péremptoirement qu'elle ne peut être d'Oresme. Le postulat, en effet, nommé aussi maille an chat, est une monnaie liégeoise bien connue, dont on peut donner aisément la date d'apparition. Il en est question dit M. Blancard, s'appuyant sur des données numismaliques précises, pour la première fois en France dans une

1. Blancard, Notice, || 3 à 5, p. 5 à 8. s 2. Traicite, éd. Wol., Prologue du translateur y p. 3.

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ordonnance de Charles VII, du 28 décembre il^l^^(j), qui en proscrit le cours dans le royaume, et il était encore tarifé officiellement en i465 pour « environ demy escu d'or », comme le dit le Traité ; mais il ne fut pas « forgé à Liège » avant le commencement de Tannée i453 (2).

1. Ordonnance du aS décembre i446t à Montil-lez -Tours : f Gomme depuis na^ueres avons été duement informé par les Generaulx raeslres de nos monnoyes. . . que les dictes monnoyes dor estranges, ou partie dicelles, ont esté et sont grandement et plus que du quart diminuées, tant en pois que en loy, de leur dicte première bonté et valeur ; en especial les Mailles postulat, que len appelle Mailles-au-chat ; et toutes fois elles sont quotidiennement prises et mises comme devant et pour lesdits prix, par quoy le billon dor étant en nostre dit royaulme estchascun jour transporté hors diceluy. . . au très grant préjudice de Nous et de tout nostre peuple. . . pour ce avons voulu et ordonne, voulons et ordonnons, etc.. (Ord., XIII, 4^4) ^"^ ordonnance datée de Saumur, du 19 novembre r445 {Ord.^ Xïlï, 386) s'était d'ailleurs déjà occupée des postulats.

2. M. Blancard s'appuie sur l'autorité de M. de Chestret de Haneffe, qui a décrit et étudié le postulat, sous le n** 3o6 de sa Numismatique de la pt'incipautê de Liège et de ses dépendances, Bruxelles, 1888, in-4'*. La pièce, suivant M. de Chestret, était ainsi appelée parce qu'elle avait été copiée des florins d'Utrecht, émis par Rodolphe de Diepholdt, alors qu'il n'était encoi*equ'évêque postulé de cette ville (1426-1431 \ d'où en la légende le mot posTVLATVs, qui a fait donney le nom de postulat à la pièce d'Utrecht et à ses imitations C'était, toujours d'après cet auteur, un florin d'or, de 78 de taille au marc liégeois, à^i2 karats de titre. Il ne contenait que i gr. 5o d'or fin, alors qu'à la fin du XV* siècle le derai-écu d'or français ne contenait pas moins de 1 gr. 63. On comprend parfaitement, dans ces conditions, les plaintes du traducteur, sur ce qu'on laissait courir en France pour demi-écu d'or cette monnaie inférieure fSur le poslulat, on peut consulter : La Curne de Ste-Palaye, Glossaire de Vancienne langue française, v* Postulat ; Bourdot de Richebourg, Nouveau Coutumier général, 11,973 ; Fréd. Rénaux, Essai sur V histoire monétaire du pays de Liège ; Petit de Rosen, Reclierches sur T histoire monétaire du pays de Liège, Bruxelles, 1847, 8°, p. 37 sq.j.

La démonstration du numismate autorisé qu'est M. Blancard.doit être considérée à cet égard comme absolument probante (i) : un texte qui fait mention du postulat de Liège ne peut être antérieur au milieu du xvo siècle (2).

Mais dt5 ce que le texte français communément pratiqué du Traité des monnaies^ celui qu'a édité M. Wolowski, est dans ce cas, et fait expressé a^ent mention des postulats liégeois, c'est-à-dire d'un fait postérieur à Oresme, s'ensuit-il,que la traduction française elle-même ne puisse être d'Oresme, et qu'elle soit nécessairement de Tépoque de ce manuscrit ?

Nullement, évidemment ; et c'est là que l'argumentation de M. Blancard se trouve en défaut. M. Wolov ski a publié le texte français du Traité d'après un Ms. du XV® siècle qui porte bien le passsagè déterminant en question ; mais on conçoit qu'il pourrait exister d'autres rédactions antérieures, où justement ce passage ne se trouverait point.

Il en existe. Les manuscrits du texte français sont rares (3), mais moins cependant que les éditeurs de

1. La démonstration de M Blancard a évidemment semblé décisive à tous ceux qui en ont eu connaissance. C'est ainsi que M. P. idjï%i\Histoire de la Politique, 2 vol 8°, 1887, t. I°^ p. 462) parle seulement d' t une liaductton française du moyen âge » de notre Traité. Les historiens des doctrines ne paraissent pas avoir connu les objections de M. Blancard : aucun du moins n'y a fait allusion.

2. Une mention expresse du Ms. de TArsenal nous permet de confirmer à nouveau la supposition de M. Blancard. Le texte porte en effet, au passage précité du prologue : t Si comme- des postulatz de Liège, qui furent faits. . . lan MCCCGLXI » (Jds, Arsenal, 4694, f»25, v«).

3. Ils semblent Tavoir toujours été. On ne sait ce qu'est devenu le « Livret des monnoyes bien escript » porté au Catalogue de G. Mallet, et où quelques biographes ont cru voir l'ouvrage

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1864 n'ont pu le croire. M. Wolowski, comme M. Meunier (i), paraissent n'en avoir connu qu'un seul (2), que M. Wolowski a coUationné pour son édition avec Tunique texte imprimé de Colard-Mansion (3), dont -— fait assez singulier — un unique exemplaire semble avoir également survécu (4). Mais pour les manuscrits la liste doit aujourd'hui être sensiblement augmentée.

d'Oresme (Barrois, Bibliothèque protypographique, n^ 107, p. 64). La Bibliothèque de Fontelte signale un Ms. français, « d'après le Codicille d'or ». La Croix du Maine, avait, en i584, t par devers lui, un exemplaire en français, escript à la main, de fort belle escripture » {Btbl. française, éd. Rigoley de Juvisy, V, i44).

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