Ms. 5915, c. 21, fo 34= rratcitV, éd. Wol., c. 21, p
5, Ms. 5915,0. 26, f^ 48 v<^ = Traictie, éd. Wol., c.26, p. 85.
LES TEXTES MONÉTAIRES d'oRESME 73
dre, l'auteur le sent merveilleusement, de la politique financière que va maintenant adopter le prince.
A notre avis, par toutes ces allusions, le texte français se trouve nettement daté. S'il est antérieur," comme nous disions, à la réforme de décembre i36o qui ramène la monnaie droite, il Test de fort peu certainement. Il a dû être, ce nous semble, comme le manifeste des sages conseillers du nouveau gouvernement, qui allaient entreprendre cette fois la réforme monétaire définitive. Il a été aussi, comme nous l'établirons en son^ lieu, le plan et le guide officiellement suivi, jusque dans les moindres détails, pour l'application de la réforme. Le prince s'était souvenu, en i36o, au moment où il allait entrer résolument dans la voie des réformes qui lui ont valu dans Thistoire son surnom de Sage, des plans du réfor-mateur qui en i355 était parmi les opposants, mais qui depuis certainement s'était rapproché du parti delphinal, qui était entré depuis, comme nous le montrerons, dans son conseil même et dans son entourage intime (i). Ne peut-on pas supposer qu'il lui aura demandé alors, puisqu'il était décidé à entreprendre, avec persévérance cette fois et avec méthode, la réforme monétaire si longtemps attendue, de mettre lui-même en langue vulgaire, à la portée de tous le^ membres du conseil, des gens des finances dont plusieurs peut-être « n'entendoient pas le latin », l'opuscule devenu certainement célèbre, qu'il avait par deux fois déjà présenté au public? Ainsi ce qui avait été tout d'abord œuvre de polémique, pamphlet politique de l'opposition sera devenu, par la marche du temps et le concours des circonstances, projet officiel de réformes et sorte de programme de gouvernement. Ainsi la version française, reproduction d'ailleurs inté-
ï. C. infrà, 2« partie, p. ,
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grale du texte latin de i358, se sera trouvée, seule parmi les textes successifs, présentée et dédiée directement par ûresme tfu prince a son très chier et honoré seigneur. »
Seulement, ce texte français primitif a été par la suite, à plusieurs fois, remanié et retouché. L'histoire des remaniements du texte, qui semble obscure à première vue, se dégage pourtant assez bien des maauscrits.
Le premier text^ que nous rencontrons est d'origine flamande ; mais il n'est point, comme nous savons, primitif. La première version rédigée en France aura été, de fort bonne heure évidemment, portée dans les possessions flamandes de la maison de Bourgogne, de même que le texte latin était porté à Bruges et à Bruxelles dans la bibliothèque de Bourgogne. Le premier copiste flamand, celui du manuscrit Français 5.gi3, en le reproduisant, aura intercalé la petite incidente que nous avons relevée sur les désordres que les mutations amènent aussi « maintenant et de présent, dans ce pays de Flan^ dre », où il écrit. Un second copiste, celui du Français 23.926, en recevant le texte du premier, aura conservé dans la rédaction cette addition, et même amplifié de quelques mots la fin du prologue. Puis le texte sera repassé en France : il y aura été de nouveau remanié et augmenté par les copistes, car les additions du grand prologue sont de marque éminemment française (i).
1. Dans les additions nouvelles, il est en «Qet coatinuellement parié du royaume en des termes qui supposent nécessairement que Tauteur écrit en France. Cf. par exemple : Au prologue : I SI comme des postulatz nouvellement forgiez au pays de Liège, auxquels on donne couri en ce royaume » (éd. Wol., p. 4)- """ Ch. VI. III fine : « Depuis aucun tems ença, ung chascun offre et présume, oultre et par dessus le commandement du roy, vendre ou allouer son denier dor ou dargent à sa volunte, et oultre le prix y mis et constitue de par luy et les Eslats de son royaume (éd. Wol., p. 22), etc.. \
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L'époque de cette nouvelle retouche se marque même aisément, par les nombreuses allusions que fait l'auteur du prologue au haut prix auxquels sont venus « de ce moment » l'or et l'argent, à la difficulté qu'il y a « entre les marchans destre daccord du prix des marchandises» à la fixation du prix des espèces « par les Ëstats de ce royaume », aux «postuktz» enfin «nouvellement forgiez au pays de Liège » (i). Cette daté, comme M. Blancard l'avait très bien vu, doit être placée aux environs de 1453, époque de l'interdiction des postulats. Enfin les tribulations du texte ne sont pas alors encore finies, puisque dans le manuscrit de l'Arsenal, de date plus basse encore (il mentionne une émission de postulats de Tannée i493) (2), le prologue s'enfle à nouveau de longues et diffuses considérations sur le cours et la valeur réelle des espèces, et sur le change des métaux* Toule cette succession de remaniements du texte (3)
I. Cf. à l'appendice les remaniements successifs du prologue français .
, 2. Ms. Arsenal 4%4» ^'* 24 sq.
3. La collation des Mss, du texte français mène à celte conclusion que tous procèdent plus ou moins directement, du type représenté par les Mss. Fr. SgiS et Fr. 25.927. De ces deux exemplaires, le prototype est SgiS; le second, d'écriture manifestement plus récente, en est une copie certainement directe, car toutes les fautes de lecture, assez nombreuses, elles blancs du SgiS, s'y trouvent fidèlement reproduits. Le seul changement que se permet le copisle du Fr. 23.927 est la correction en français de rile-de France, des formes dialectales du premier nâanuscrit. A la fin du prologue français, pourtant, il a ajouté une petite addition de deux lignes environ. Ces lignes ont été .l'amorce du développement plus considérable que Ton trouve dans les Mss. Fr. 23.926 et 23.955, et où a été glissée la mention des postulats de Liège. Enfin, le Mss. Arsenal 4^94 est la dernière étape de ces remaniements, où le prologue se développe en une forme de plus en plus abondante . Le texte coUationné des pro-
ib LKS TKXTKS MONETAIRES D ORESHE
ne doil'pas surprendre évidemment, si Ton veut se rappeler avec quelle facilité les copistes ajoutaient alors de leur cru aux originaux qu'ils reproduisaient. Mais pour nous, qui recherchons dans les textes la doctrine d'Oresme lui-même, ces retouches continuelles rendent notre tâche assez difficile. Il nous faut dégag^er de l'apport postérieur ce qui est vraiment sa propre pensée, et, comme par un hasard malencontreux, ce sont justement deux leçons déjà considérablement remaniées, deux leçons a revues et augmentées » par des copistes de la fin du xv<) siècle qui sont venues aux mains des deux éditeurs du texte français, de Colard Mansion et de M. Wolowski, la conclusion la plus sûre, c'est que, en attendant qu'une édition nouvelle qui serait bien à désirer, ait pu mettre eptre les mains des économistes un texte qui soit vraiment le pur texte d'Oresme, il conviendra d'user avec la plus grande circonspection de la version française, dès qu'elle paraît s'écarter sensiblement du texte latin. De façon à ne pas attribuer, comme on Ta trop souvent fait, faute de cette critique préalable,
logiies français, que nous donnons à F Appendice de ce travail, permettra de saisir immédiatement la filiation de ces leçons successives . Après collation faite tant du prologue que de beaucoup de passages du texte de l'ouvrage sur lesquels nous ne pouvons insister ici. la filiation des textes doit, croyons-nous, s'établir ainsi qu'il suit :
Mss. d'Oresme (perdu)
Mss. I?r..5pi5 Mss. Fr. 23.927
Mss. Fr. 23.926
Mss. Fr. 25.i53
Ed. Wolowski
Ed. C, Mansion Mss, Arsenal 4^94
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à Nicole Oresme des opinions ou des remarques qui sont seulement le fait de copistes postérieurs, ne seraitce pas cet exemple que la fausse « règle de douze marcs d'argent pour ung dor » qui avait si justement ému M. Blancard. A cet égard, et pour rendre à Oresme ce qui véritablement appartient à Oresme, Tétude un peu longue que nous venons de faire^ de la composition du ' Traité^ n'aura pas, nous l'espérons, été par la suite inutile.
b) Les traductions d'Aristote.
Oresme, avons-nous dit, a, en d'autres ouvrages que le Traité, abordé également la question monétaire (i).
I . Oresme était si préoccupé, semble-t-îl, de la question rnonétatre, qu'il a trouvé moyen d'introduire d'assez longs développements sur cette question dans des œuvres où Ton ne s'attendait guère à les rencontrer, jusque dans ses Sermons, Un recueil manuscrit de ses Sermons est conservé à la Bibliothèque Nationale (F. Latin, 16.893). Nous avons pu y retrouver, non sans quelque surprise, l'histoire de Torigine du numéraire d*après Aristote (Sermon sur le texte : Infer digitum tuum hue et vide manus nieas^ pour le dimanche dans l'Octave de Pâques, f<> 48 v<>) ; ailleurs d'assez longs développements sur les conditions et les qualités intrinsèques d'une bonne monnaie (Sermon sur le texte : Jn his duobus mandalis, pour le 17* dimanche après la Pentecôte, £<• 111 r®, — et' Sermon sur le texte : Conventione facta cum opéra" riis ex denario^ pour le dimanche de la Septuagésime, fo 25 ro) ; m4me une dissertation complète sur la signification de l'image empreinte sur les deniers du tribut payé à César (Sermon sur le texte : Regnabit rex et sapiens erit, pour le 22' dimanche après la Pentecôte). Tous ces passages, où les questions économiques sont amenées de là façon quelquefois la plus singulière, n'ajoutent guère, il est vrai, à la doctrine telle que nous la connaissons dans les œuvres d'Oresme ; nous ne voulons en retenir, pour le moment, qu'une preuve nouvelle de la persistance avec
C'est avant tout des traductions des ouvrag'es politiques d'Aristote, les Ethiques et les Politiques, que nous voulons parler; dans ces deux traités, qu'il a traduits et «flosés, Oresme a eu Toccasion de reprendre, sous une autre forme, le problème monétaire et d'ajouter quelques idées nouvelles à la doctrine déjà exposée du Traité.
Les passages où Oresme a traité de la monnaie sont :
I® dans la traduction des Ethiques^ le chapitre XI du