‹ Nicole OresmeChapitre 35 sur 321 · livre V, en entier qui a pour rubrique : i^ Comment la · texte numérisé non relu

livre V, en entier qui a pour rubrique : i^ Comment la

forme de proportionalité dessus dicte est gardée, et dont

vint monnoie » (i) ;

2® Dans la traduction des Politiques, le chapitre X du livre I®"", sous la rubrique : « Au X^ chapitre^ il détermine de pecuniativey et monstre comment elle fut introduite et trouvée », — et au chapitre XII, une close assez impor- ■ tante, sous la rubrique : « Au XII^ chapitre il respond a une question devant exposée et traicte de plusieurs peccuniatives » (a).

Cette détermination du texte par rubriques demande un mot d'explication. Elle pourrait donner à croire qu'Âristote avait eiTectivement, dans chacun de ses deux ouvrages, consacré à la question monétaire des chapi* très spéciaux. Il n'en est rien : la division en cbapitresv n'existe pas, comme on sait, dans Aristote, et elle a été

laquelle la question monétaire le préoccupait, puisque, aux derniers temps de sa vie, et éloigné de la politique active (les Sermons sont une œuvre du temps de son épiscopat), il trouvait moyen, par des transitions quelquefois bien curieuses, d'en entretenir encore ses ouailles de Lisieux, probablement un peu surprises.

I. Les BiJkiques d' Aristote, 1. Y, c. lo (éd^ Vérard, fo XLIX ro, sq.).

â. Les Politiques d* Aristote, L 1, c. lo, et 1. I, c* 32. Glose, Item Change (éd. Vérard, O* XVII ro àXIX ro et XXIl r*).

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introduite, assez arbitrairement, d'ailleurs^ par les commentateurs du moyen âge, qui ont découpé le texte au gréde leurs fantaisies individuelles. Le soin qu'Oresme a pris, dans àes deux traductions, de metlre expressément en relief par des rubriques (i) les passages assez courts où Aristole traitait de la monnaie, et de les développer chaque fois en une division spéciale, montre donc seulement, une fois de plus s'il en était encore besoin, toute Timportance qu'il attachait Iui*méme au problème monétaire.

Son chapitre XI du livre V des Ethiques correspond au livre V, T nSS*, h 5 à 25 du texte grec de l'édition Teubner, paragraphes souvent classés chez les modernes dans un chapitre V, ou VIII selon les éditions (2). Dans le livre V des Ethiques, Aristote, comme on sait, développe la théorie de la justice. Il se demande en particulier si la réciprocité ou le talion peut être la règle de la justice. Elle est, dit-il, en général, la loi des rapports sociaux; la réciprocité proportionnelle des services est même l'unique fondement de l'échange, et c'est pour assurer celte réciprocité que les hommes ont inventé la monnaie, instrument spécialement destiné à égaliser les valeurs des choses. Et ainsi amené sur ce sujet, Aristote, en quelques lignes, précise le rôle numéraire dans les contrats.

1. Ces rubriques n*existeot point chez les commentateurs antérieurs. C'est ainsi, par exemple, que le XI® chapitre du livre V des Ethiques de la traduction d*Oresme, correspond, mais non absolument, au chapitre X d'Albert, à la 9*» leçon de saint Thomas ; Buridan, plus tard, en a tiré la 17® leçon de ce même livre. Toutes ces divisions sont donc absolument arbitraires.

2. Aristotelis Ethica, l.V, c. 5, || 1 à 16, éd* Didot(= ëd.Teub* ner, f» ii33*, l. 5 à 26, p. 106 109; = Barthélemy-St-Hilaire, La morale S Aristote, trad., t. II, p. i54).

80 LES TEXTES MONETAIRES d'oRESME

Au premier livre des Politiques^ le chapitre X d'Oresme correspond aux f«* 1257* à 1207'' de l'édition Teubner, paragraphes qui appartiennent dans la plupart des éditions anciennes et dans la traduction de M. Barthélemy- Saint-Hilaire, au chapitre III de ce même livre (i). Ici, la question de la monnaie est plus directement abordée par le philosophe. Il traite en effet au livre V^ de l'acquisition des richesses, et il vient d'établir précisément la distinction des deux modes d'acquisition, l'un primitif et naturel, par lequel l'objet est directement saisi ou produit, Tautre, le mode commercial ou chrématistiqne^ comme il Tappelle, qui ne nous procure l'objet désiré que par la voie de l'échange. Or l'échange, remarquet-il, mène forcément, et par un progrès nécessaire, à l'idée d'un instrument commun, qui servirait d^évaluation pour toutes les choses à échanger. Cet instrument, c'est la monnaie^ dont Aristole expose alors en quelques paragraphes l'origine et la fonction sociale.

Dans l'un et l'autre ouvrage, comme on voit, dans le premier surtout, ce n'est guère qu'accessoirement, et amené en quelque sorte par une comparaison étrangère à la suite du raisonnement, qu'Aristote a été conduit à dire quelques mots sur la monnaie; il ne s'est jamais proposé d'en traitera fond, etOresme certainement a de beaucoup dépassé sa pensée, en attribuant aux quelques lignes rapides du maître l'importance d'une exposition de principes, et en en faisant chaque fois une tête de chapitre spéciale.

Le texte des traductions ne soulève point les difficultés

considérables que nous avons eu à résoudre pour le •

I. Arislotelis Politicay 1. I, c. 3, §| 11-17 et % 83, éd. Didot; = éd. Teubner, fo i257«, 1. 7, à 1257**, *• 5» P* ï^**^ J = Barthélémy St-Hilaire, La politique d' Aristole y trad., t. I, p. 3o, sq.

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Traité : ni Tattribution ni la date de ces ouvrages n'ont jamais fait de difficulté. Il n'est pas inutile pourtant, pour rintelligence de ce qui va suivre, de dire ici quelques mots de l'occasion et de la date de leur composition, ainsi que de la forme particulière qu'Oresme leur a donnée.

Les traductions ont été flites pour le roi Charles V. Oresme nous le dit lui-même expressément dans ses dédicaces (i), et nous avpns conservé sur ce point, avec le témoignage formel de ses contemporains, les originaux de plusieurs des mandements royaux qui ordonnent de lui verser la juste rém-unération du travail que le roi lui avait commandé.

Cette considération est, pour notre étude, des plus intéressantes. Sans doute les traductions d'Oresme. ne sont pas, à cet égard, isolées; elles doivent être rattachées au contraire au vaste ensemble de traductions que Charles V faisait au même moment entreprendre pour sa bibliothèque du Louvre, traduction du livre des Problèmes par Evrard de Conty, du Polycratique par Denis Foulechat, de V Information des princes par Jean

I. Le livre de politiques d*Aristote, — Prologue du translateur : tt A très souverain ot très excellent princes Charles^ par la grâce de Dieu roj de France, Nicole Oresme, doien de voste église de

Rouen, vostre humble chappelain Et doncques benoist soit

Dieu, car il a le vostre noble cueur encline a faire mettre en langaige François la science de politiques, etc. § (éd. Vérard, folv»).

Le livre des Ethique d'Aristote, — Prologue du translateur : « A la confidence de laide de nostre seigneur jhesuchrist, du commandement de très noble et très excellent prince Charles quint de ce nom, par la grâce de Dieu roy de france, je 'Nicole Oresme doyen de leglise nostre dame de Rouen, propose translater de latin en françois aucuns livres lesquelz fist Aristote le souverain philosophe, etc. » (éd. Vérard, fo L

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Galaine, de Végèce, de Tite-Live^ de la Cité de Dieu par d'autres de ses familiers. Mais, entre toutes les autres, elles doivent retenir particulièrement l'attention, par ce fait qu'elles sont des œuvres de science politique et économique pures, et parce que manifestement, si Ton envisage l'ensemble des œuvres dues à l'initiative du roi, elles sont le centre d^une vaste tentative, qui visait en somme à la coordination officielle, puis à la mise en application dans le royaume des principes de la science du gou\%rnement, telle qu'on pouvait alors la trouver dans les livres.

L'entreprise était nouvelle, et quelque peu hardie sans doute, au xiv** siècle, pour un homme d'étude, de prétendre traiter scientifiquement et rationnellement de la politique ; de prétendre apporter les principes théoriques auxquels devaient se subordonner les gouvernements féodaux. Il serait erronné pourtant de croire que le moyen âge fût resté jusque-là absolument étranger aux spéculations de la science sociale. Ses théoriciens étaient au contraire très préoccupés, et beaucoup plus qu'on ne le croit communément, des plus audacieuses questions de la politique. Seulement, ces discussions n'avaient guère jusque-là dépassé les murs de l'Ecole.

Il y avait bientôt deux siècles que la première partie de l'œuvre politique d'Aristote avait pénétré dans l'enseignement de la scolastique. Dès le début du xiii<^ siècle, la Morale était étudiée à Paris, dans les cours extraordinaires de la Faculté des arts, \9l Logique restant d'ailleurs l'objet exclusif des leçons ordinaires (i). A l'époque

I. Dès I2i5, Robert de Courçon réservait à cette explication ■ certains des jours de congé (Bulaeus, £f. V, P., III, 82). En 1254, la Faculté employait six semaines entières à l'explication

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même d'Oresme, un mattre allemand, Albert de Saxe^ avait demandé à la Faculté l'autonsation de lire « chez lui, les jours de fête, après le sermon », tel livre des Morales qu'il voudrait La réforme de i366 prescrivit aux aspirants à la maîtrise Tétude des Ethiques (i) ; et il y eut dès lors un lecteur spécial de morale (lector ethicus) dont le poste était fort recherché.

Pour les Politiques^ elles tenaient une place moindre. Pourtant, les traités sur l'Institution des princes, sur le Régime des princes, qui, plus ou moins modelés sur les livres d^Aristote, prétendaient guider les souverains dans Tartdu gouvernement, étaient nombreux dès la première moitié du xiv^ siècle. Dès le commencement du même siècle, on avait vu à Paris Nicolas d'Outrecourt annoncer des lectures publiques sur les Politiques^ et les commenter en des leçons qui furent fort suivies (2). Au temps même où Oresme dirigeait le collège de Navarre, Albert de Saxe faisait, après ses leçons sur la Morale^ un cours public sur les Politiques (3).

Dans tout ceci pourtant, il faut le redire, il n y avait rien eu qui dépassât les limites d'un enseignement

des six premiers livres de la morale (Id., ibid,^ III, 280). Au collège de Carabray, en 1 348, les boursiers devaient soutenir tour à tour, chaque samedi, une argumentation sur une question de morale. (Statuta collegii Cambrac., dans Félibien, Ri$t, de Paris, Preuves, 43 1, art. ao).

i.Bulœus, H, U. P., IV, 390.

a. a Item, anno trecentesimo, qui fecit istum Tractatum fecit proclamari quod legeret librum Politicae Aristotelis, sub hac forma, quod quicumque voluerit audire librum Politîcorura Aristotelis, una cum quibusdam Queeslionibus in quibus disputatur de justo et injusto, per quas poterit novas leges condere, conditas, si quae sunt corrigendae, corrigere, veniat ad talem locum, et inveniet M. Nicolaum de Ullricuria, qui docebit omnia ista in tali lectura... » (Bulanus, H. U. P., IV, 3ii).

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