‹ Nicole OresmeChapitre 58 sur 321 · III · texte numérisé non relu

III

164 CONCEPTION FÉODALK DE LA MONiNAIE

trop au noir (i). Inconvénients de l'altération des espèces: par le fait que les monnaies étrangères, que le métal non monnayé, viennent désormais en concurrence avec la monnaie locale, le cours arbitrairement fixé par le prince ne peut se maintenir ; et dans le royaume, le phénomène si bien décrit par Th. Gresham se produit automatiquement : la monnaie inférieure expulse la bonne de la circulation. Inconvénients de la mutation des espèces : avec un commerce déjà actif, toutes les transactions sont journellement faussées (2), les paiements devien-

1. Sur les etfets des mutations au xiV siècle, on consultera, de préférence aux tableaux tracés par les modernes, quelquefois avec trop d'imagination, les anciens historiens qui en ont pu recueillir encore Téclio : du Haillan, Etat et-svccez des affaires de France, éd. Paris 1570, II, 95 : Paul /Erail. Veronens. De rébus gestis Francorum, éd. i543, f* 565 r® ; Papire-Masson, Annales, lib. III, éd. 1577, p. 426. Ils ne sont nulle part mieux exprimés que dans un mémoire de P. Dubois, mis au jour par M. Langlois « Gravamen per mutationem pecuniae proveniens sensibillter potest videri, judicari, presumi per hoc quod redditus riobilium et aliorum quorumlibet in pecunia facti non sunt augmentât!, cum unum solum habeant denariura^ ubi duos habere consueverunt et omnes res ad victum et vestitum necessarie sunt in duplo fere solito cariores... Praetereaqui habet Irecentas libras reditus extra regnum portandas amittit terciam partem^ quia plus ante pecunie mutationem habebatur de auro vel argento pro ducentis libris quam modo pro trecentis... Et sic omnes subditi per mutationem pecuniarum dampnificantur, exceptis solum principe, firmariis^ et factoribus monetarum elc... (P.Dubois, De abreviatione litium, (0 52 v«, édité par M. Langlois, en noie sur le De recuperatione tetTe sancte, p. 124).

2. f A grant peine, reconnaît le roi Jean lui-raérifc, esloilhome qui en juste payement de monnoies, de jour en jour se pust connoître » (Lettre du 17 sept. i36i, Ord. 111, p. 52o). L'interpolateur du prologue du Traité français, dit de même « aujourdhuy y a plus de faire entre les marchands destre d'accord du pris de la monnoie et evaluacion, qu'il n'y a de la marchandise dont ils traictent {Traictie, éd. Wol., p. 3).

CONCl'PTION FÉODALE DE LA MONNAIE 165

lient iiicerlaiiis, les opérations commerciales à long terme impossibles (i); la gêne et la ruine sont portées dans les fortunes privées.

Les maux sont si évidents, maintenant que nul ne songe à les nier. Le ton des historiens a changé ; ils blâment énergiquement maintenant les mutations, et se font Técho des « clameurs et murmures » du populaire : ils se répandent en lamentations sur les maux qu'elles ont entraînés (2). De tous côtés, les princes n'osent plus nier le mal; ils reconnaissent que le peuple est « grandement grevez et damagiez » (3) ; que « par le cours de tels mauvaises monnoies, ceulx qui souloient habunder ert richesses sont cheuz en grant pouvreté » (4). Et le peuple, « qui aies espèces affebloyees en indignacion et moult contrecueur » (5), le peuple commence à chercher

'I. Cf. sur les difficultés des paiements : Nat. de Wailly Mémoires sur les variations de la lii>re tournois, dans Mena. Ac. Iriser., XVIIl, 1" part., p. Sa ; Secousse, préface du tome III des Ordonnances, p. cv-cVi ; L. Delisle, Essai sur la condition des classes rurales, c. 20, p. 672-575 ; Glasson, Hist. du droit et des institutions de la France^ VI, p. i35-i38.

1, « Karolus rex novus, contra bonum commune^ patris sui, sequens vestigia, qui suc tempore monetas mutaverat, hoc anno, quorumdam seductus perversorum consilio, debilera monetam poni instituit, unde in populo, postea, damna innumerabîlia sunt secuta » (Contin, Guill de Nangis, éd. Giraud, p. 45) ; Cf. Villani, Istorie Fiorentine, a'" i3i2, i34o, Ub. XI (dans Muratori, éd. cit.); Chronique dns premiers Valois^ a® i337, éd. Siméon Luce, p. 8; Grandes chroniq. de Saint Denis, a° i344» éd. P. Paris, t. VI.

3. Ordonn. 21 mars iSaS (II, 27); Ordonn. 25 mars i532 (II 84).

Page 1