Cf. infrà, | 3, p
3. Tr., c. 7, p. 101 =fr. XXIV. 11 s'ensuit immédiatement qu'il est de l'intérêt bien compris de la communauté de ne pas multiplier les émissions, de faire une monnaie durable, et de ne pas se charger sans raison des dépenses de nombreux ateliers monétaires (Tr.: c. 20, p. 123, fr. LX). M. Cunningliam trouve cette observation d'Oresme extrêmement remarquable pour son temps i^T/ie groicUi of english industry, | 107, p. 32o).
LA DOCTRINE d'oRESME 213
dit-il, sur le prix même de la monnaie ; on donnera aux pièces monnayées une valeur nominale suffisante pour couvrir à la fois le prix du métal lui-même et les frais de fabrication.
La valeur de l'argent monnayé sera donc un peu supérieure à la valeur intrinsèque du lingot. Mais^ en réalité, cette augmentation est légitime, l'argent monnayé doit valoir plus que le bloc de métal, puisqu'il a fallu pour le façonner un certain travail, qui s'est incorporé dans sa valeur. C'est bien ainsi du reste qu*Oresme l'entend, et il en donne cetexemple, que si d'un marc de métal (i) on peut faire 62 sous, et que les frais de fabrication s'élèvent à 2 sous, on coui^rira les dépenses très raisonnablement, en frappant dans un marc 64 sous^ au lieu de 62 (2).
Telle était du moins la solution adoptée par Oresme dans le premier texte latin du Traité^ dans celui que donnent, comme nous savons, les éditions de Th. Keet et les succédanés de Voegelin (3). Mais dans le texte révisé et dans la version française, le passage a été entiè-
1. Le texte dit : marca argenti; mais il faut nécessairement traduire par métal au sens général. Si Ton voulait entendre ce mot au sens spécial du métal argent, Texemple proposé deviendrait incompréhensible. A l'époque d*Oresrae, le marc d'argent ne valait pas 60 sous, mais environ 5 livres le marc de fin (V. infrà^ Appendice, tableaux G et H).
2. En réalité, comme le remarque Roscher, Topération revient à diviser le métal en autant de pièces qu'il faut pour couvrir toutes les dépenses, achat du lingot et frais de brassage compris
^(Roscher : Communication y traduite par Wolowski, dans Traictie, Introd., p. xvin).
3. Tractalus, éd. Keet, ch. XII (non paginé) c Verbi gratia, si ex marca argenti fieri possunt LXII solidi, et pro labore et necessariis ad monetandumeam requirantur duo solidi, erunt pro monetationeLXlV ».
remenl remanié, et la solution diffère du tout au tout. Si du marc d'argent, dit le nouveau texte, on peut faire 62 sous, et que les frais de brassage s'élèvent à deux sous (l'hypothèse, comme on voit est restée la même) on ne devra donner du marc non monnayé, aux hôtels des monnaies, que 60 sous : la retenue de deux sous sera pour couvrir des frais de l'opération (i).
Comme on voit, si les termes généraux de Thypothèse sont restés les mêmes, la conséquence tirée est bien différente, puisque le brassage, au lieu d'être calculé en dehors, l'est maintenant en dedans. En réalité, on ne peut plus dire que c'est la communauté qui porte la charge de la fabrication : ce sont les possesseurs de lingots, les détenteurs du métal, qui la supportent seuls, puisque on ne leur paie le métal qu'au-dessous de sa valeur marchande.
La raison de ce remaniement malencontreux ne se laisse pas apercevoir très bien. On peut croire pourtant qu'Oresme a craint, en autorisant le prince à -émettre la monnaie à un cours supérieur à la valeur du métal, d'ouvrir la porte aux exagérations de la valeur nominale. On peut aussi, et nous serions assez portés à le faire, on peut aussi penser que ce remaniement a été un coup droit à rencontre des détenteurs de métal, des gros financiers qui approvisionnaient les hôtels royaux, et avec lesquels Oresme était, nous en donnerons les preuves dans notre seconde partie, en termes d'hostilité ouverte (2). Quoi qu'il soit, le remaniement est certainement malencontreux. Oresme n'a pas vu, ou il n'a pas voulu voir, qu'il faisait supporter aux détenteurs des métaux précieux, injustement en somme, malgré les abus