SCENE Y
CAMILLLE, MARTIAN, ALBIAN!.
Camille.
A ci qu’elle me dit , Martîan , vous l’aimez ?
Malgré scs fiers mépris mes yeux en sont charmés*. Cependant pour l’Empire, il est à vous encore ;
Galba s’est laissé vaincre, et Pison vous adore* Camille.
De votre haut crédit c’est donc un pur effet f Martîan.
Ne désavouez point ce que mon zcle a fait.
Mes soins de l’Empereur ont fléchi la colcre,.
Et renvoyé Plautine obéir chez son pere.
Notre nouveau César la vouloit épouser »
Mais j’ai su le résoudre à s’en désabuser i Et Galba , que le sang presse pour sa famille ,
Permet à Vinius de mettre ailleurs sa fille:
L’un vous rend la couronne , et l’autre tout son cœur* Voyez mieux quelle en est la gloire et la douceur »
Quelle félicité vous vous étiez ôtée Par une aversion un peu précipitée;
Et , pour vos intérêts , daignez considérer.,.
Camille.
Je vois qu’elle est ma faute , et puis la réparer ; liai* je veux , car jamais on ne m’a vue ingrate.
Que ma rcconnoissancc auparavant éclate,
Et n’accorderai rien qu’on ne vous fasse heureux.
Vous aimez , dites-vous , cet objet rigoureux ,
Et Pison dans sa main ne verra point la mienne ,
Qu’il n’ait réduit Plautinc à vous donner la sienne:
Si pourtant le mépris qu’elle fait de vos feux Ne vous a pu contraindre à former d’autres vœux.
: Al A R T I A N.
Ah ! Madame , l’hymen a de si douces chaînes Qu’il lui faut peu de tems pour calmer bien des haines! Et du moins mon bonheur sauroit avec éclat Vous venger de Plautine et punir un ingrat.
Camille.
Je l’avois préféré , cet ingrat , à l’Empire :
Je l’ai dit et trop haut pour m’en pouvoir dédire) Et l’amour, qui m’apprend le foible des amans, Unit vos plus doux vœux à mes ressentimens ,
Pour me faire ébaucher ma vengeance en Plautine ,
Et l’achever bientôt par sa propre ruine.
Ah ! si vous la voulez , je sais des bras tous prêts.
Et j’ai tant de chaleur pour tous vos intérêts....
Ah ! que c’est me donner une sensible joie !
Ces bras que vous m’offrez , faites que je les voie.
Que je leur donne l’ordre et prescrive le tems.
Je veux qu’aux yeux d’Othon vos désirs soient content, Que lui meme il ait vu l’hymen de sa maîtresse Livrer entre vos bras l’objet de sa tendresse.
Qu’il ait ce désespoir avant que de mourir ;
Après, à son trépas vous me verrez courir.
Jusques-là gardez-vous de rien faire entreprendre. Du pouvoir qu’on me rend vous pouvez tout attendre. Allez vous préparer à ces heureux momens ;
Mais n’exécutez rien sans mes commandcmens.
( Martian son. )