‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 14 sur 116 · I.a raison et le tems m’ouvrent assez les yeux · texte numérisé non relu

I.a raison et le tems m’ouvrent assez les yeux

Et l’âge ne fera que me les ouvrir mieux.

Si j’avois jusqu’ici vécu comme ce frere ,

Avec une vertu qui fût imaginaire ,

( Car je l’appelle ainsi , quand elle est sans effets i F.t l’admiration de tant d’hommes parfaits ,

Dont il a vu dans Rome éclater le mérite ,

N’est pas grande vertu , si l’on ne les imite : )

Si j’avois donc vécu dans ce même repos Qu’il a Vécu dans Rome auprès de ses Héros ,

Elle me laisseroit la Bithynic entière ,

Telle que de tout tems l’aîné la tient d’un pere»

tt s’cmpresseroit moins à le faire régner ,

Si vos armes sous moi n’avoient su rien gagner.

Mais parce qu’elle voit avec la Bithynic ,

Par trois sceptres conquis trop de puissance unie *

11 faut la diviser; et, dans ce beau projet,

Ce Prince est trop bien né pour vivre mon sujet: Puisqu’il peut la servir à me faire descendre ,

Il a plus de vertu que n’en eut Alexandre;

Et je lui dois quitter , pour le mettre en mon rang ,

Le bien de mes aveux , ou le prix de mon sang. Cïraccs aux Immortels , l’effort de mon courage ,

Et ma grandeur future ont mis Rome en ombrage : Vous pouvez l’en guérir , Seigneur , et promptement} Mais n’exigez d’un fils aucun consentement.

Le maître qui prit soin d’instruire ma jeunesse ,

Ne m’a jamais appris à faire une bassesse.

FLA MINIUS.

A ce que je puis voir, vous avez combattu*

Prince, par intérêt, plutôt que par vertu.

Les plus rares exploits que vous avez pn faire N’ont jetté qu’un dépôt sur la tête d’un pcrc ;

Il n’est que gardien de leur illustre prix ,

Et ce n’est que pour vous que vous avez conquis * Puisque cette grandeur, à son trône attachée ,

Sur nul autre que vous£c peut être épanchée.

Certes , je vous croyois un peu plus généreux.

Quand les Romains le sorit , ils ne font rien pour eux. Scipion , dont tantôt vous vantiez le courage ,

Ne vouloit point r'égner sur les murs de Carthage 1 Et de tout ce qu’il fit pour l’Empire Romain ,

Il n’en eut que la gloire et le nom d’Africain.

Mais on ne voit qu’à Rome une vertu si pure ;

Le reste de la terre est d’une autre nature.

Quant aux raisons d’État qui vous font concevoir Que nous craignons en vous l’union du pouvoir.

Si vous en consultiez des têtes bien sensées ,

Elles vous déferoient de ccs belles pensées.

Par respect pour le Roi , je ne dis rien de plus. . Prenez que'que loisir de rêver là-dessus ;

Laissez moins de fumée à vos feux militaires ,

Et vous pourrez avoir des visions plus claires.

NlCOMtDI.

Le tems pourra donner quelque décision ,

Si la pensée est belle , ou si c’est vision.

Cependant....

Flaminius.

Cependant , si vous trouvez des charmes A pousser plus avant la gloire de vos armes ,

Nous ne la bornons point ; mais comme il est permis Contre qui que ce soit de servir ses amis ,

Si vous ne !c savez, je veux bien vous l’apprendre ,

Et vous en donne avis , pour ne vous pas surprendre.

Au feste, soyez sûr que vous posséderez Tout ce qu’en votre coeur déjà vous dévorez ;

Le Pont sera pour vous avec la Galatic ,

Avec la Cappadocc , avec * Bithynie.

Ce bien de vos ayeux , ccs psix de votre sang ,

Ne mettront point Attale en votre illustre rang ;

Et, puisque leur partage est pour vous un supplice, Rome n’a pas dessein de vous faire injustice.

Ce Prince régnera sans rien prendre sur vous.

( A Prusias. )

la Reine d'Arménie a besoin d’un époux.

Seigneur ; l’occasion ne peut être plus belle :

Elle vit sous vos loix , et vous disposez d’elle.

Voi’à le vrai secret de faire Attalc Roi ,

Comme vous l’avez dit, sans rien prendre sur mol. la pièce est délicate, et ceux qui l’ont tissue A de si longs détours font une digne issue.

Je n’v réponds qu’un mot, étant sans intérêt.

Traitez cette Princesse en Reine comme elle est s Ne touchez point en elle aux droits du diadème , Ou pour les maintenir je périrai moi-meme.

Je vous en donne avis, et que jamais les Rois,

Pour vivre en nos lirais , ne vivent sous nos loir. Qu’elle seule en ces lieux d’elle-mcme dispose. Prusias.

N’avez-vous , Nicomcdc , à lui dire autre chose ?

Non , Seigneur ; si ce n’est que la Reine , après tout , Sachant ce que je puis , nie pousse trop à bout. Prusias.

Contre elle , dans ma Cour , que peut votre insolence ?

Rien du tout , que garder ou rompre le silence.

Une seconde fois avisez , s’il vous plaît,

A traiter Laodice en Reine comme elle est ;

C’est moi qui vous en prie.

( Il sort. )

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