‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 16 sur 116 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

rRUSIAS, FLA MINIUS , LAODICE.

Ï^-Eine , puisque ce titre a pour vous tant de charmes. Sa perte vous dcvroit donner quelques alarmes.

Qui tranche trop du Roi ne regne pas long-tems.

Laodice.

J’observerai , Seigneur , ces avis importans ;

Et si jamais je règne , on verra la pratique D’une si salutaire et noble politique.

Vous vous mettez fort mal au chemin de re'gner. Laodice.

Seigneur , si je m’égare , on peut me l’enseigner.

Vous méprisez trop Rome , et vous devriez faire Plus d’estime d’un Roi qui vous tient lieu de pere.

L a o D ICE.

Vous verriez qu’à tous deux je rends ce que je doi ,

Si vous vouliez mieux voir ce qjuc c’est qu’être Roi. Recevoir ambassade en qualité de Reine ,

Ce seroit à vos yeux faire la Souveraine , Entreprendre sur vous , et dedans votre État ,

Sur votre autorité commettre un attentat.

Je la refuse donc, Seigneur , et me dénie L’honneur qui ne m’est dû que dans mon Arménie. C’est-là que sur mon trône, avec plus de splendeur Je puis honorer Rome en son Ambassadeur,

Vairc réponse en Reine , et comme le mérite Et de qui l’on me parle , et qui m’en sollicite.

Ici c’est un métier que je n’entends pas bien ,

Car hors de l’Arménie enfin je ne suis rien;

Et ce grand nom de Reine ailleurs ne m’autorise Qu’à n’y voir point de trône à qui je sois soumise A vivre indépendante, et n’avoir , en tous lieux. Pour Souverains que moi, la raison, et les Dieux.

Ces Dieux , vos Souverains , et le Roi votre pere ,

De leur pouvoir sur vous m’ont fait dépositaire;

Et vous pourrez peut-être apprendre une autre fois Ce que c’est, en tous lieux , que la raison des Rois. Pour en faire l’épreuve allons en Arménie :

Je vais vous y remettre en bonne compagnie; Partons , et des demain , puisque vous le voulez , Préparez-vous à voir vos pays désolés ;

Préparcz.vous à voir par toute votre terre ,

Ce qu’ont de plus affreux les fureurs de la guerre ) Des montagnes de morts , des rivières de sang.

Laodici.

Je perdrai mes États, et garderai mon rang;

Et ces vastes malheurs où mon orgueil me jette

D ij

4 o NICOMEDE,

Mc feront votre esclave , et non votre sujette.

Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.

Nous ferons bien changer ce courage indompté ;

Et quand vos yeux, frappés de toutes ces misères , Verront Attalc assis au trône de vos peres ,

Alors, peut-être, alors vous le prierez en vain Que , pour y remonter , il vous donne la main.

Si jamais jusques-là votre guerre m’engage ,

Je serai bien changée et d’ame et de courage.

Mais peut-être , Seigneur , vous n’irez pas si loin:

Les Dieux de ma fortune auront un peu de soin :

Us vous inspireront , ou trouveront un homme Contre tant de Héros que vous prêtera Rome.

Sur un présomptueux vous fondez votre appui*

Mais il court à sa perte, et vous traîne avec lui. Penscz-y bien. Madame, et faites-vous justice : Choisissez d’être Reine, ou d’être Laodice;

Et, pour dernier avis que vous aurez de moi, > Si vous voulez régner, faites Attale Roi.

Adieu.

( Il sort. )

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