‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 24 sur 116 · ARSINOÉ, ATT ALE · texte numérisé non relu

ARSINOÉ, ATT ALE

Nous triomphons, Attalc, et ce grand Nicomede Voit quelle digne issue à scs fourbes succédé.

Les deux accusateurs que lui -même a produits , Que pour l’assassiner je dois avoir séduits.

Pour me calomnier subornes par lui-même,

N’ont su bien soutenir un si noir stratagème.

Tous deux m’ont accusée, et tous deux avoué L’infâme et lâche tour qu’un Prince m’a joué. Qu’en présence des Rois les vérités sont fortes î Que pour sortir d’un cœur elles trouvent de portes ! Qu’on en voit le mensonge aisément confondu î Tous deux vouloient me perdre , et tous deux l’ont perdu.

Je suis ravi de voir qu’une telle imposture

Ait laissé votre gloire et plus grande , et plus pure ;

Mais pour l’examiner , cr bien voir ce que c’est.

Si vous pouviez vous mettre un peu hors d’intérêt , Vous ne pourriez jamais , sans un peu de scrupule , Avoir pour deux méchans une ame si crédule.

Ces perfides , tous deux , se sont dits aujourd’hui Et subornés par vous , et subornés par lui ;

Contre tant de vertus , contre tant de victoires

TRAGÉDIE. ff

Doit-on quelque croyance à des aT.es si noires ?

Qui se confesse traître est indigne de foi.

Vous êtes généreux , Attale , et je le voi;

Même de vos rivaux la gloire vous est chere.

Attale,

Si je suis son rival , je suis aussi son frere.

Kous ne sommes qu’un sang, et ce sang dans mon cœur ,

A peine à le passer pour calomniateur.

A R S IN O f

Et vous en avez, moins à me croire assassine ,

Moi dont la perte est sûre , à moins que sa ruine ?

Attale.

Si contre lui j ai peine à croire ces témoins.

Quand ils vous accusoient je les croyois bien moins. Votc vertu , Madame , est au-dessus du crime. Souffrez donc que pour lui je garde un peu d’estime, la sienne , dans la Cour , lui fait mille jaloux ,

Dont quclqu un a voulu le perdre auprès de vous;

Et ce lâche attentat n’est qu’un trait de l’envie Qui s’efforce à noircir une si belle vie.

Pour moi , si par soi-même on peur juger d’autrui.

Ce que je sens en moi , je le présume en lui.

Contt c un si grand rival j’agis a force ouverte ,

Sans blesser son honneur, sans pratiquer sa perte.

J emprunte du secours, et le fais hautement:

Je crois qu il n agit pas moins généreusement ,

Qu’tl n’a que les desseins où sa gloire l’invite.

Et n’oppose à mes vœux que son propre mérite.

Vous êtes peu du monde , et savez mal la Cour.

Est-ce autrement qu’en Prince on doit traiter l’amour ? A r s i n o É.

Vous le traitez , mon fils , et parlez en jeune homme,

Madame , je n’ai vu que des vertus à Rome.

Le tems vous apprendra, par de nouveaux emplois. Quelles vertus il faut à la suite des Rois.

Cependant si le Prince est encor votre frcrc , Souvenez-vous aussi que je suis votre merc;

Et, malgré les soupçons que vous avez conçus. Venez savoir du Roi ce qu’il croit là-dessus.

Fin du troisième Acte ,

VT

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