‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 27 sur 116 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

•PRUSIAS , NICOMEDE , ARASPE , Çardes.

icoMEOï , en deux mots , ce désordre me fâche: Quoi qu’on t’ose imputer , je ne te crois point lâche » Mais donnons quelque chose à Rome qui se plaint ,

Xt tâchôlis d’assurer la Reine qui te craint.

l’ai tendresse pour toi , j’ai passion pour elle ; •

Et je ne veux pas voir cette haine éternelle ,

Ni que des sentimens que j’aime à voit durer Ne régnent dans mon coeur que pour le déchirer. J’y veux mottre d’accord l’amour et la nature , Être pere et mari dans cette conjoncture.

Seigneur, voulez-vous bien vous en fier à moi ? Ne soyez l’un , ni l’autre.

Et que dois-jfls^être ?

Roi.

Reprenez hautement ce noble caractère.

Un véritable Roi n’est ni mari, ni pere;

Il regarde son trône , et rien de plus. Régnez $ Rome vous craindra plus que vous ne la craignez. Malgré cette puissance , et si vaste et si grande , Vous pouvez déjà voir comme elle m’appréhende , Combien en me perdant elle espere gagner ,

Parce qu’elle prévoit que je saurai régner.

Je régné donc , ingrat 1 puisque tu me l’ordonnes. Choisis , ou Laodicc , ou mes quatre couronnes ; Ton Roi fait ce partage entre ton frcrc *t toi.

Je ne suis plus ton pere; obéis à ton Roi.

Si vous étiez aussi le Roi de Laodicc ,

Pour l’offrir à mon choix avec quelque justice ,

Je vous demanderois le loisir d.’y penser ;

E iij

trs NICOMEDE,

Mais enfin , pour vous plaire et ne pas l'offenser , J’obéirai, Seigneur, sans répliques frivoles,

A vos intentions , et non à vos paroles.

A ce frere si cher transporte! tous mes droits»

Et laissez l.aodice en liberté du choix.

Voilà quel est le mien.

• Quelle bassesse d’ame !

Quelle fureur t’aveugle en faveur d’une femme?

Tu la préfères , lâche J à ces prix glorieux ,

Que ta valeur, unit au bien de tes ayeux 1 Apres cetre Infamie , es-tu digne de vivre ?

Je crois que votre exemple est glorieux à suivre.

Ne préférez-vous pas une femme à ce fils.

Par qui tous ces États aux vôtres sont unis ?

Me vois-tu renoncer pour elle au diadème ?

Me voyez-vous pour l’autre y renoncer moi-même ? Que cédé-jc à mon frere en cédant vos États ?

Ai-je droit d’y prétendre avant votre trépas ? Pardonnez-moi ce mot , il est fâcheux à dire ;

Mais un Monarque enfin comme un autre homme expire ;

Et vos peuples alors ayant besoin d’un Roî, Voudront choisir peut-être entre ce Prince et moi.

Seigneur , nous n’avons pas si grande ressemblance , Qu’il faille de bons yeux pour y voir différence ;

Et ce vieux droit d’aînesse est souvent si puissant

» Que , pour remplir un trône, ih'appelle un absent. Que si leurs sentimens se règlent sur les vôtres ,

Sous le joug de vos loix j’en ai bien rangé d’autres ;

Et dussent vos Romains en ctre encor jaloux ,

Je ferai bien pour moi ce que j’ai fait pour vous.

J’y donnerai bon ordre.

N 1COMÏS1.

Oui , si leur artifice

De votre sang par vous se fait un sacrifice ; Autrement vos États à ce Prince livrés ,

Ne seront en ses mains qu’autant que vous vivre*.

Ce n’est point çn secret que je vous le déclare» je le dis à Iui-mcme, afin qu’il s’y prépare:

Le voilà qui m’entend.

Va , sans verser mon sang.

Je saurai bien, ingrat ! l'assurer en ce rang}

Et demain..,»

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