‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 35 sur 116 · F L A M I NI V S · texte numérisé non relu

F L A M I NI V S

Seigneur , quand ce dessein auroit quelque justice , Est-ce à vous d’ordonner que ce Prince périsse ?

Quel pouvoir sur scs jours vous demeure permis ? C’est l’ôtage de Rorfte , et non plus votre fils.

Je dois m’en souvenir, quand son pere l’oublie: C’est attenter sur nous qu’ordonner de sa vie ;

J’en dois compte au Sénat , et n’y puis consentir. Ma galère es: au port toute prête à partir ;

Le Palais y répond par la porte secrete :

51 vous le voulez perdre , agréez ma retraite.

Souffrez que mon départ fasse connoître à tous

Que Rome a des conseils plus justes et plus doux»

Et ne l’exposez pas à ce honteux outrage

De voir à scs yciix même immoler son ôtage.

Me croirez-vous , Seigneur , et puis-je m’expliquer ?

Ah 1 rien de votre part ne sauroit me choquer.

Parlez.

TRAGÉDIE. *i

Le Ciel m’inspire un dessein dont j'espere Et satisfaire Rome , et ne vous pas déplaire.

S’il est prêt à partir , il peut en ce moment Enlever avec lui son ôtage aisément.

Cette porte secrctc ici nous favorise ;

Mais, pour faciliter d’autant mieux l’entreprise , Montrez-vousàcc peuple , et flattant son courroux# Amusez-le du moins à débattre avec vous :

Faites-lui perdre tems, tandis qu’en assurance La galere s’éloigne avec son espérance.

S’il force le Palais , et ne l’y trouve plus ,

Vous ferez comme lui le surpris, lccorrfus;

Vous accuserez Rome , et promettrez vengeance Sur quiconque sera de son intelligence.

Vous enverrez après , sitôt qu’il sera jour ,

Et vous lui donnerez l’espoir d’un prompt retour,

Où mille empêchemens , que vous ferez vous-même , Pourront de toutes parts aider au stratagème. Quclqu’avcugle transport qu’il témoigne aujourd’hui * Il n’attentera rien tant qu’il craindra pour lui ,

Tant qu’il présumera son effort inutile.

Ici la délivrance en paroît trop facile;

Et s’il l’obtient. Seigneur , il faut fuir vous et moi;

S’il le voit à sa tête , il en fera son Roi ;

Vous le jugez vous-même.

Ah i j’avoûrai , Madame* Que le Ciel a versé ce conseil dans votre amc.

Si N1COMED!,

( A Flaminius. )

Seigneur, se peut-il voir rien de mieux concerté ? Flaminius.

Il vous assure et vie , et gloire , et liberté ;

Et vous avez d’ailleurs Laodice en étage....

Mais qui perd tems ici perd tout son avantage.

Il n’en faut donc plus perdre ; allons-y de ce pas. ArsinoI

Ne prenez avec vous qu’ Araspc et trois soldats ; Peut-être un plus grand nombre auroit quelque infidèle. J’irai chez Laodice , et m’assurerai d’elle.

( Prusias , Flaminius-et Araspe sortent . )

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